Mémoire des luttes : la révolte des esclaves brésiliens

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Alain Saint-Victor et le FUIQP

Il y a 325 ans, le 20 novembre 1695, Zumbi (littéralement « le spécialiste du maquis »), chef d’une des plus importantes insurrections anti-esclavagistes au Brésil, était décapité par les Portugais.

Il vit le jour en 1655 dans le territoire libre de Quilombo dos Palmares, une communauté formée d’esclaves marrons.

Institué en royaume, le territoire (dont la dimension était aussi grande que celle du Portugal, selon certains historiens) avait à son apogée une population de plus de 30 000 personnes réparties en 11 villages confédérés. Autosuffisant, le royaume institua des coutumes politiques, religieuses et culturelles de l’Afrique ancestrale et développa l’agriculture, la pêche et le commerce.

Zumbi est capturé en 1662, à l’âge de 7 ans et mis en esclavage. Il est alors baptisé du nom de Francisco par le prêtre Antonio Melo, chargé de son éducation. On lui apprend les sacrements, le portugais et le latin. Mais, malgré toutes les tentatives pour l’assujettir et l’assimiler, Zumbi s’échappe à l’âge de 15 ans et rejoint son village natal, le Quilombo dos Palmares.

Élu souverain du Quilombo, après le renversement du roi Ganga Zumba qui voulut pactiser avec les Portugais,  Zumbi exige la libération des Noirs encore en esclavage dans la colonie, en soulignant que la liberté dans le Quilombo est imparfaite tant que d’autres Noirs restent esclaves.

Devenu le principal dirigeant de la lutte contre les esclavagistes, il mènera 25 offensives victorieuses contre les troupes coloniales entre 1671 et 1695.

En 1695, le Quilombo est encerclé. La communauté libre résiste pendant 22 jours à l’assaut de la plus grande armée portugaise réunie contre des esclaves (2000 hommes). Blessé pendant cette bataille, Zumbi continue la lutte en appelant à choisir la mort plutôt que la servitude.

Capturé vivant, il est décapité par les Portugais et sa tête est exposée dans la ville de Recife afin de dissuader toute volonté de révolte.

Sa résistance héroïque et son exécution font de Zumbi un symbole de la dignité et de la lutte contre l’esclavagisme en Amérique du Sud. Son épopée est racontée aux enfants dans des contes et des chansons.

Encore aujourd’hui, Zumbi est considéré par les Noirs du Brésil comme le père des idées révolutionnaires afro-brésiliennes et le symbole de la résistance noire.

Un aéroport dans le nord-est du Brésil porte aujourd’hui son nom. Le 20 novembre, anniversaire de sa mort, est commémorée comme « jour de la conscience noire » (consciência negra).

Sans ces résistances, jamais l’esclavage n’aurait été aboli.

Repose en paix, frère et camarade. Honneur et gloire à ta mémoire!