ACEUM : les journées de solidarité nord-américaines 

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Gabriel Watson, correspondant

Alors que les négociations entourant la révision de l’Accord Canada États-Unis Mexique (ACEUM) approchent en début de juillet, plusieurs organisations syndicales et groupes de la société civile du Mexique, des États-Unis et du Canada craignent que les inquiétudes du monde du travail et les enjeux environnementaux soient mis de côté au profit des intérêts des entreprises multinationales. Des journées de solidarité nord-américaines se sont tenues dans plusieurs villes des trois pays, et Montréal ne faisait pas exception.

Entré en vigueur en 2020, l’Accord Canada États-Unis Mexique (ACEUM) est un traité commercial visant à faciliter les échanges entre les trois pays nord-américains. Il a remplacé en 2018 l’ALÉNA (Accord de libre-échange nord américain), en vigueur depuis 1994.  

Réunies le samedi 20 juin dernier au square Victoria, à Montréal, dans le cadre de ces Journées de solidarité transfrontalière, plusieurs organisations syndicales et groupes de la société civile ont manifesté sous la bannière du mouvement trinational «Days of Solidarity». Ils réclament que la future entente de libre échange inclue des garanties en matière de conditions de travail, de protection de l’environnement et de transparence démocratique. 

La Chorale du peuple au rassemblement des journées de solidarité le 20 juin dernier à Montréal @ crédit photo Gabriel Watson

 

Le mouvement transnational «Days of Solidarity», à l’origine de l’événement, regroupe des organisations canadiennes, américaines et mexicaines. Parmi les organisations participantes au Québec figurent l’Action citoyenne pour la justice fiscale, sociale et écologique (ATTAC), le comité pour les droits humains en Amérique latine (CDHAL), le Carrefour international de solidarité ouvrière (CISO) ainsi que l’Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI). Le Journal d’Alter a soutenu l’événement depuis le début. 

Le rassemblement fut organisé avec l’aide d’organisations partenaires, un événement qui s’est tenu simultanément avec d’autres événements à travers toute l’Amérique du Nord, incluant dans les villes de Brooklyn, Detroit, San Francisco, El Paso et Buffalo. D’autres événements sont à venir dans les villes de San Diego et Mexico.  

Repenser les impacts sociaux des accords de libre-échange

Pour ces groupes, l’objectif n’est pas uniquement de protéger les échanges commerciaux contre l’imprévisibilité politique de Donald Trump, mais aussi de repenser les impacts sociaux des accords de libre-échange. Ils affirment que les accords commerciaux passés, notamment l’ALÉNA et l’ACEUM, ont favorisé les grandes multinationales tout en accentuant les inégalités économiques et les pressions sur les travailleuses et travailleurs. 

Claude Vaillancourt, membre impliqué dans la coordination des Journés de solidarité (Days of Solidarity), explique 

«Les tendances économiques actuelles sont extrêmement inquiétantes, les politiques environnementales reculent et les conséquences sont absolument catastrophiques. De plus, vivre dans un monde inégal entraîne, d’année en année, une augmentation des inégalités, des crises, des tensions sociales, de la misère, et des risques d’avoir une vie moins bonne.» 

Magasinage de vitrines à Mexico.
Un homme sans-abri devant la vitrine d’un magasin, le
October 13, 2014 @ crédit photo Tomas Castelazo

 

Dans une lettre ouverte au public, le mouvement Days of Solidarity souligne des enjeux économiques et environnementaux causés par l’ACEUM, comme la destruction de la culture historique du maïs mexicain au profit du maïs étatsunien génétiquement modifié, produit par l’agro-industrie subventionnée. En outre, les usines étatsuniennes se délocalisent au Mexique et ailleurs, laissant à l’abandon de vastes zones industrielles dans leurs territoires d’origine. 

Le mouvement soutient toutefois que l’idée grandissante dans la population canadienne et américaine selon laquelle la population mexicaine «vole des emplois» sert directement les intérêts des milliardaires qui contrôlent l’économie. Selon l’organisation, la solidarité au-delà des frontières, comme le suggère son nom, est essentielle pour lutter collectivement et obtenir de meilleures conditions de travail.  

La nécessaire solidarité au-delà des frontières  

Alix Ruhlmann coordinatrice pour ATTAC explique comment : 

«les compagnies riches sont multinationales, donc, si nous, en tant que population, ne sommes pas capables de rester solidaires et que nous devenons plutôt racistes en pensant que les Mexicains ou les Américains volent nos emplois, nous jouons leur jeu. Les vrais ennemis, ce ne sont pas les travailleurs et travailleuses du Mexique qui se font exploiter dans des usines. Les vrais ennemis, ce sont ceux qui détiennent le pouvoir politique et économique et qui se fichent de nous comme eux.» 

Travailleurs de la construction mexicains, Guasave, Sinaloa. @ crédit photo Tomas Castelazo

 

Au-delà des leurs critiques des accords de libre-échange passés, les organisations réunies à Montréal réclament que la renégociation de l’ACEUM se déroule de manière plus transparente et qu’elle accorde une place centrale aux droits des travailleuses et travailleurs ainsi qu’à la protection de l’environnement. De plus, il dénonce un sévère manque d’information et de compréhension à travers la société au sujet des accords de libre-échange.  

«Les accords de libre-échange sont des textes très compliqués, et c’est un sujet dont les gens ne parlent pas souvent, même s’ils ont des effets très concrets sur leur vie quotidienne. Pas besoin d’être un travailleur à Chicago ou New York pour ressentir les impacts de l’ACEUM : ces accords influencent, par exemple, l’agriculture québécoise ou encore le prix des médicaments. Il y a beaucoup d’aspects auxquels on ne pense pas, mais qui sont directement touchés par les accords de libre-échange. C’est pourquoi il est important que les gens prennent le temps de s’informer», explique Ruhlmann.  

Au cœur de leurs demandes se trouve une idée centrale : le bien-être de la population laborieuse et la protection de l’environnement sont fondamentaux. Ils doivent être considérés avant les intérêts des compagnies multimillionnaires. Les regroupements comme celui tenu samedi dernier à Montréal visent à rappeler aux gouvernements du Canada, des États-Unis et du Mexique que la croissance économique ne doit pas se faire au détriment du bien-être collectif.