Ouagadougou acte une rupture avec la France

Ibrahim Traoré, chef de la junte militaire au Burkina Faso, accueilli à l'aéroport de Ouagadougou après le sommet Russie-Afrique 2023 @EKokou, CC BY-SA 4.0 via wikicommons

Sérigne Saar, correspondant à Dakar

Par un communiqué officiel de la Primature le 26 juin, le gouvernement du Burkina Faso annonce la fin des relations diplomatiques avec la République française avec effet immédiat. Selon le journal Le Monde, la décision fait suite à une proposition critique de la junte adoptée au parlement européen initié par un parlementaire français, Christophe Gomart, ancien responsable du renseignement militaire français.

Les raisons officielles de la rupture

Le communiqué met en avant l’absence de quatre piliers jugés indispensables : respect mutuel, confiance réciproque, non-ingérence, souveraineté nationale.

Pour la junte du capitaine Ibrahim Traoré, ces conditions ne sont plus réunies. Le texte accuse la France d’activisme incessant contre les intérêts du Burkina, d’ambitions néocolonialistes, et de partialité dans les discours internationaux sur le pays. Il est aussi fait mention d’un soutien à des réseaux subversifs et terroristes qui endeuillent le Sahel.

Le cadre de la décision : souveraineté vs lien entre les peuples

Le gouvernement burkinabé insiste : cette décision vise exclusivement le cadre institutionnel des relations entre les deux États. Elle ne remet pas en cause, dit-il, les liens historiques, humains, culturels et sociaux entre la population burkinabé et française.

Dans la foulée, Ouagadougou rassure : engagement à protéger les ressortissant.es français, appel au civisme, et respect de leurs intérêts. La porte du dialogue n’est pas fermée, mais elle est conditionnée au « respect mutuel, à la réciprocité et à l’égalité souveraine ».

La nouvelle orientation affichée

Au-delà de la rupture, le communiqué trace une nouvelle ligne diplomatique : politique étrangère indépendante fondée sur la diversification des partenariats, renforcement de la coopération Sud-Sud et relations équilibrées avec tous les États. L’objectif affiché : paix, sécurité et développement durable.

Les enjeux derrière l’annonce

Cette décision intervient dans un contexte sahélien tendu, marqué par une redéfinition des alliances. Trois effets sont à surveiller.

  • Sur le plan diplomatique : fermeture d’ambassades, gel de coopérations bilatérales, fin des échanges officiels au plus haut niveau. Le gouvernement burkinabé donne à la France un délai de sept jours pour fermer son ambassade.
  • Sur le plan économique : renégociation possible des accords, réorientation des marchés vers d’autres partenaires.
  • Sur le plan sociétal : maintien des liens entre populations malgré la rupture entre États. Le communiqué cherche justement à éviter tout amalgame.

Le Burkina Faso choisit une rupture institutionnelle nette avec la France, tout en cherchant à limiter les impacts sur les citoyen.nes et à se repositionner sur une scène internationale multipolaire.