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Hassan El-Khansa
En novembre 2024, un accord de cessez-le-feu est conclu entre Israël et le Hezbollah à la suite de la guerre ayant débuté l’année précédente, dans le contexte de celle de Gaza. Cet accord, qui prévoit la fin des hostilités, comporte aussi le désarmement du Hezbollah et le retrait complet de l’armée israélienne du Liban. Plus d’un an à la suite de cet accord, Israël occupe toujours le territoire libanais et commet des violations quotidiennes du cessez-le-feu, citant des prétextes sécuritaires.
Le Hezbollah, ou le «Parti de Dieu» en arabe, a émergé en tant que groupe paramilitaire libanais chiite directement soutenu par l’Iran, dans le contexte de la guerre civile libanaise. À la suite de cette guerre, il devient également un parti politique et continue une guérilla contre l’occupation israélienne qui avait sévi au sud du Liban jusqu’en 2000. Le Hezbollah parvient à s’imposer en tant que première force de dissuasion arabe contre Israël.
Le Hezbollah ouvre un «front de soutien» au Hamas
À la suite de l’attaque du 7 octobre par le Hamas, le Hezbollah ouvre un «front de soutien» à partir du Liban et promet de ne pas accepter un cessez-le-feu au Liban avant que la même chose n’arrive à Gaza. Le conflit demeure de basse intensité pendant plusieurs mois au Liban, mais prendra une autre tournure à partir de septembre 2024.
En l’espace d’un mois, Israël parvient à mener une campagne aérienne agressive, une opération d’explosion de milliers de bipeurs piégés à la bombe, puis à l’assassinat de Hassan Nasrallah, secrétaire général de l’organisation, le 27 septembre 2024. Il aura été le leader charismatique de l’organisation politico-militaire pendant plus de trente ans, devenant une véritable figure de martyr. Israël poursuit sa guerre par une invasion terrestre au sud du Liban le 1er octobre 2024, démontrant encore davantage sa domination militaire.
Naïm Qassem, membre sénior du groupe islamistedevient secrétaire général et rompt avec la promesse de son prédécesseur. Le 27 novembre 2024, un cessez-le-feu est accepté par le Hezbollah, le gouvernement libanais et Israël, sous la médiation de cinq pays, dont les États-Unis et la France, chargés de la veille de son application.
Le début de l’année 2025 voit la formation d’un nouveau gouvernement pour le pays du Cèdre. Après plus de deux ans de vacance présidentielle, le général Joseph Aoun, commandant de l’armée libanaise, est élu à la présidence, et Nawaf Salam, juge à la Cour Internationale de Justice, est nommé en tant que premier ministre. Ce gouvernement nouvellement formé dans un contexte d’un pays en crise économique, sociale, politique et sécuritaire, se confronte immédiatement aux difficultés de l’application de l’accord de paix.
Des violations quotidiennes du cessez-le-feu de la part d’Israël
L’accord prévoyant de nombreuses obligations pour le Hezbollah et Israël, dont le désarmement du Hezbollah, a permis de constater en peu de temps le manque d’engagement de l’État hébreu, du fait de ses violations quotidiennes du cessez-le-feu. Depuis le cessez-le-feu officiel, Israël a désormais commis plus de 10 000 violations de ce dernier, gardant de fait le Liban dans un état de guerre continue. Ces violations sont particulièrement agressives; bombardements, assassinats de membres du Hezbollah, démolition de maisons, occupation permanente, construction d’un mur en territoire libanais, utilisation d’armes incendiaires, et plus encore.
Outre les violations quotidiennes de l’accord par Israël, le Liban subit des contraintes records pour désarmer le Hezbollah. Les États-Unis considérant l’organisation comme terroriste, les visites de la diplomatie américaine au gouvernement libanais sont devenues régulières, mettant une pression maximale sur le gouvernement libanais en ce sens.
Le positionnement de la société civile et de la classe politique
Israël défend son non-respect total de l’accord, dont l’occupation continue et les bombardements quotidiens, pour des raisons dites sécuritaires. Benjamin Nétanyahou, premier ministre israélien, assure qu’Israël «ne permettra pas au Hezbollah de reconstruire son pouvoir», et a appelé le gouvernement libanais à «respecter son engagement à désarmer le Hezbollah».
Youssef Rajji, ministre libanais des Affaires étrangères, affilié aux Forces libanaises, un parti hostile au Hezbollah, est également l’un des acteurs centraux du désarmement prévu de l’organisation. Ayant récemment dit que «les armes du Hezbollah sont un fardeau sur le Liban et la communauté chiite», ce dernier a également affirmé qu’Israël a le droit de continuer à mener ses attaques, tant que le Hezbollah ne complète pas son processus de désarmement.
Les diverses déclarations de ce ministre suscitent de vives réactions au sein de la société civile et de la classe politique libanaise. Le cheikh chiite Ahmad Qabalan a déclaré que «le rôle du ministère des Affaires étrangères est de protéger les intérêts du Liban, pas de protéger les intérêts d’Israël». Le député du Hezbollah, Ihab Hamadeh, a réagi en affirmant que le gouvernement devrait mettre fin à ses déclarations, les qualifiant de «moquerie». Ce dernier a réitéré que le ministre des Affaires étrangères est honteux et ne représente pas le Liban ou sa population.
Une paix impossible
Les appels au désarmement de l’organisation ne datant pas d’hier, la guerre récente de 2023 est parvenue à porter les appels au désarmement du Hezbollah à leur plus haut niveau. La droite libanaise accuse le Hezbollah de violer la souveraineté du Liban au compte de l’Iran depuis plusieurs années. Outre le cessez-le-feu actuel, ce camp appelle de manière assidue à l’application de la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations Unies, ayant prévu le désarmement de l’organisation suite à la guerre de 2006.
Le renversement du régime de Bashar Al Assad en Syrie et la récente guerre ont vu la logistique de l’arsenal militaire du Hezbollah plus affaiblie que jamais auparavant. Les capacités de manœuvre du Hezbollah et de l’armée libanaise face aux agressions israéliennes étant minimes, le Liban se retrouve coincé entre le marteau et l’enclume. C’est dans ce contexte qu’Israël mène une campagne de harcèlement, sous prétexte que le côté libanais ne s’engage pas à ses obligations de l’accord de cessez-le-feu.
Le pays du Cèdre pourrait être coincé dans une situation où Israël continue ses agressions, même après un désarmement complet du Hezbollah. Considérant l’historique d’Israël pour le respect des cessez-le-feu, son avantage militaire considérable, et ses alliés occidentaux, un scénario similaire à la colonisation de la Cisjordanie, du Golan, et du Sinaï auparavant, ne s’avère pas tout à fait impossible. Le prolongement de la présente situation s’avère inquiétant pour le Liban, mettant le pays au risque d’un renouvellement de la guerre ouverte qui a précédé celle de septembre 2024.
La paix impossible arrivera-t-elle?
Les attaques de l’entité sioniste à Gaza, en Syrie et au Liban, démontrent le manque de moyens considérables, tant militaire que diplomatique, pour stopper les agissements d’un État voyou. La paix totale n’étant pas possible, à moins qu’Israël cesse complètement les hostilités, cette situation explique la vigilance du gouvernement libanais et du Hezbollah quant au désarmement de l’organisation, gardant de fait un dernier moyen de pression, pour qu’Israël complète ses obligations du cessez-le-feu également.
Pour en savoir plus
- Al Mayadeen English. (16 décembre 2025). Resistance weapons will neither be removed nor frozen: Hezbollah MP.
- Al Mayadeen English. (28 novembre 2025). Hezbollah details year of Israeli violations of ceasefire.
- Lebanese Broadcast Corporation International. (8 février 2026). Israel says Lebanon arm’s efforts to disarm Hezbollah far from sufficient.
- Nashed, M., Salhani, J., (13 février 2025). Israel refuses to fully withdraw from Lebanon: Here’s what to know.
- The New Arab Staff. (16 janvier 2026). Lebanon FM sparks outrage saying Israel has ‘right’ to attack.









