Géopolitique chinoise : continuités, inflexions, incertitudes

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Pierre Rousset, extraits d’un texte publié. par ESSF le 1er juillet 2018

 

Le conflit entre les Etats-Unis, puissance établie, et la Chine, puissance montante, structure aujourd’hui dans une large mesure la géopolitique mondiale. Le déploiement de la puissance chinoise opère dans trois espaces historiques et géostratégiques à la fois distincts et interdépendants :

  • L’Extrême-Orient/Pacifique Nord. Une zone privilégiée pour les ambitions impérialistes des Etats-Unis au XIXesiècle, face au Japon. L’actuel conflit coréen s’inscrit notamment dans cet espace historique avec, en particulier, deux modifications majeures : l’effacement des puissances européennes ; le rôle propre de la Chine.
  • La « marche à l’Ouest ». Initiée par Xi Jinping et incarnée par les nouvelles « routes de la soie », elle pour horizon l’entièreté de l’Eurasie, du Moyen- et du Proche-Orient, de l’Afrique du Nord-Est et du Nord. Symboliquement, le nouvel impérialisme chinois prend à rebours les voies de l’expansion initiale, au sein du « Vieux Monde », des impérialismes européens traditionnels.
  • L’espace mondial. La Chine capitaliste est devenu ces dernières années un acteur majeur sur tous les continents et en (presque) tous domaines, diplomatiques ou économiques. L’ambition s’affirme globale, incluant l’influence du modèle politique et culturel dont la Chine serait, aux yeux de Xi Jinping, porteuse.

Vue de Chine, l’époque durant laquelle les puissances européennes ont façonné la planète n’a représenté qu’une courte parenthèse avant que l’histoire ne retrouve son cours « normal » – à savoir la centralité chinoise. Cette vision sinocentrée qui prévaut en Chine offre un socle culturel solide à l’expansionnisme du nouvel impérialisme chinois – à l’instar de la vision européocentrée pour les impérialismes conquérants il y a deux siècles. Il s’agit de « projeter » la « civilisation chinoise », comme hier la « civilisation européenne ».

Pour Xi Jingping, le XXIe siècle deviendra le « Siècle chinois ».

 I. La géopolitique de l’Asie orientale

Dès son accession au pouvoir, Xi Jinping s’est donné pour objectif essentiel d’affirmer l’hégémonie chinoise en Asie orientale, sur tous les plans : économique et financier, diplomatique et politique, militaire. Pas d’expansion internationale sans consolidation de son pouvoir régional.

L’influence chinoise peut s’affirmer à ses frontières nord (la Mongolie), mais elle bornée par la puissance russe (Sibérie), alors qu’elle est contestée, à l’ouest, par l’Inde, la concurrence dans le sous-continent étant rude (au Sri Lanka notamment).

Xi Jinping a abandonné les conceptions stratégiques défensives qui prévalaient durant l’ère maoïste : tout envahisseur se verrait confronté à une guerre du peuple dans l’immensité chinoise ; l’armée de terre et la capacité de mobilisation populaire étaient alors clés. Elles sont dorénavant offensives : pour assurer l’expansion du nouvel impérialisme, l’armée de mer, la navale, devient clé – tant pour des raisons générales (toute grande puissance doit assurer sa présence maritime dans le monde) que spécifiques : la Chine possède une immense façade maritime et doit s’assurer un accès sécurisé aux océans Pacifique et Indien. Or, ce n’est pas aujourd’hui le cas. De la péninsule coréenne à la péninsule malaisienne, un ensemble d’archipels (japonais, philippin, indonésien) font écran. Les détroits ouverts sur le large sont sous étroite surveillance US.

L’espace maritime appelé la mer de Chine (un terme que récusent les autres pays riverains) est de ce point de vue vital pour Pékin. L’une des premières décisions stratégiques de Xi Xinping fut de prendre le contrôle militaire de sa partie méridionale, décrétant qu’il s’agissait d’une « mer intérieure » sous autorité chinoise.

On peut distinguer trois phases dans la bataille pour le contrôle de la mer de Chine.

La phase conquérante. Pékin a bénéficié de la paralysie temporaire de Washington. Obama voulait certes recentrer la puissance US en faisant de l’Asie-Pacifique son « pilier », mais il est resté prisonnier du bourbier moyen-oriental. Peu après l’élection de Trump, Washington s’est retiré du Partenariat transpacifique (TPP), un accord multilatéral en formation, laissant le champ encore plus libre aux ambitions chinoises.

Dans ces conditions, Pékin a pu utiliser tous les leviers à sa disposition pour s’attacher et/ou neutraliser les pays riverains de la mer de Chine du Sud : puissance militaire écrasante, dépendance économique objective, incitations financières, influence politique (le modèle de développement capitaliste dirigiste et autoritaire convient à divers régimes de la région)…

Pékin a construit de toutes pièces sept îles artificielles qui abritent aujourd’hui d’importantes installations (pistes d’aviation, batteries de missiles sol-air et antinavires, hangars fortifiés, radars, systèmes de brouillages des communications…). Elles constituent ensemble un complexe cohérent, contrôlant l’approche de tous les points cardinaux. Des bombardiers stratégiques H-6K (à capacité nucléaire) se sont déjà posés là, un geste politique pour faire pièce aux B-52 des Etats-Unis.

La militarisation de la mer de Chine du Sud est effective, au profit de la Chine. Certes, Pékin ne peut interdire le passage de la VIIe Flotte US et bloquer le transit international, mais Washington ne peut « refouler » la présence chinoise sans engager un conflit de très haut niveau.

Pékin n’en est pas resté là. Le régime a revendiqué des possessions « historiques » plus au nord, contestant de façon très active le contrôle exercé par le Japon sur le micro archipel inhabité des Senkaku/Diaoyu (envoi sur zone de navires et d’aviation, création de zones d’exclusion aérienne..), testant à la fois les moyens de Tokyo et la détermination US.

La contre-offensive des Etats-Unis. Trump a finalement relevé le gang sur le terrain militaire, utilisant à cette fin la question nord-coréenne : menace d’intervention (y compris nucléaire), implantation de batteries de missiles antimissiles THAAD en Corée du Sud (qui neutralise l’essentiel du dispositif nucléaire déployé en Chine continentale), renforcement de la VIIe Flotte et utilisation de la base de Jeju au sud de la péninsule… La Chine a été effectivement militairement refoulée de cette partie du Pacifique nord. Elle est longtemps restée politiquement et diplomatiquement marginalisée par rapport à la crise coréenne qui s’est jouée entre Washington, Pyongyang et Séoul.

La nouvelle configuration du conflit régional. Washington veut aujourd’hui poursuivre sur son avantage. Pour Jim Mattis, secrétaire d’Etat à la Défense, le conflit se cristallise autour de trois questions : Taïwan, la mer de Chine du Sud et le commerce. En évoquant le commerce, il adresse un message aux pays de la région (des Philippines à la Thaïlande) : Washington ne va pas laisser sans réponse la volonté d’hégémonie régionale, économique et financière de Pékin ; mais avec quels moyens peut-il « refouler » cette hégémonie-là ? Les Etats-Unis n’ont eu de cesse de répéter que la mer de Chine du Sud était une voie de navigation internationale, envoyant le VIIe Flotte naviguer au plus près de zones considérées par Pékin particulièrement sensibles ; mais que peuvent-ils faire de plus, dans le contexte présent ?

L’ambassadeur de Pékin au Royaume-Uni, Liu Xiaoming, vient de rappeler la position de son gouvernement [1]. Pénétrer en mer de Chine du Sud, c’est, sauf à la marge, pénétrer dans des eaux territoriales chinoises. Les navires qui le font doivent suivre les Lois de la Mer (convention de l’ONU) et les lois chinoises correspondantes – à savoir annoncer à l’avance son passage « innocent » ou obtenir une permission. Sur le plan international cependant, la mer de Chine du Sud n’est pas considérée telle. Le passage est libre et ne dépend pas de la bonne volonté de Xi Jinping. (…)

 II. La marche à l’Ouest

Le projet de « nouvelles routes de la soie » a été dévoilé en 2005, mais il n’a commencé à être mis en œuvre que récemment – il est encore trop tôt pour évaluer jusqu’à quel point il va être effectivement réalisé. L’ambition est gigantesque. La voie terrestre (la Route) doit relier la Chine à l’Europe en traversant l’Asie continentale. La voie maritime (la Ceinture) part de l’Asie du Sud-Est pour aller jusqu’en Afrique de l’Est et au Maghreb. Six « corridors régionaux » doivent permettre de greffer un plus grand nombre de pays sur les deux axes principaux [6].

Il s’agit en premier lieu de développer de façon cohérente un ensemble d’infrastructures, de multiplier les investissements, d’offrir des débouchés à des secteurs industriels souffrant sur le plan national de surproduction (ciment, acier) et d’employer une main-d’œuvre en « surplus » (utilisée sur les chantiers du monde entier), d’ouvrir et améliorer des voies de communication, mais aussi de renforcer l’influence politique et culturelle du pouvoir chinois (y compris en faisant dans le social : construction d’hôpitaux ou d’écoles). Au bout du compte, l’ambition est de contribuer à faire de la Chine un pôle de référence « civilisationnel » mondial alternatif aux Etats-Unis.

Les considérations géoéconomiques et géostratégiques sont au cœur de cette politique d’expansion multidimensionnelle. Il s’agit pour Pékin de sécuriser ses approvisionnements en matières premières et de réduire les coûts des transports, comme l’illustre pour les produits pétroliers moyen-orientaux la construction du port sino-pakistanais géant de Gwadar ; de mieux pénétrer des marchés dominés suivant les lieux par le Japon ou la Corée du Sud, par la Russie ou les Etats-Unis ; de multiplier les passerelles permettant de contourner le détroit de Malacca, susceptible d’être bloqué en situation de crise aiguë avec Washington, en passant par le Bangladesh, la Birmanie ou le Pakistan…

Les investissements concernent tous les secteurs (du tourisme aux mines, de l’électronique au solaire), la création de sites industriels et de zones portuaires, les grands travaux (voies ferroviaires, ponts, tunnels, barrages) ou l’énergie (oléoducs et gazoducs, centrales électriques, champs éoliens…).

Financièrement, le projet exigerait 800 milliards d’euros réunis grâce à la création de la Nouvelle Banque de développement, du Fonds de la route de la soie et de la Banque asiatique d’investissement dans l’infrastructure (BAII). La Chine met la main à la poche pour contribuer au projet, mais d’autres pays sont invités à investir dans le projet. Malgré l’opposition déclarée des Etats-Unis, l’Allemagne, l’Australie, la France et le Royaume-Uni ont notamment répondu à l’appel. Les pays riches ne veulent pas se retrouver hors d’un tel coup – et les pays pauvres ne le peuvent, y voyant une occasion unique d’initier leur développement (fusse au risque de subordination).

Les « corridors » aidant, quelque 70 pays en tout sont concernés par ce projet ! Après avoir investi tous azimuts, vu notamment la montée des tensions avec les Etats-Unis, Pékin cherche aujourd’hui à consolider en priorité son emprise dans sa périphérie asiatique, y consacrant la moitié de ses prêts octroyés dans le cadre des nouvelles routes de la soie. La Chine est le premier partenaire commercial de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Asean). Son influence est dominante au Laos et au Cambodge, considérable dans le bassin du Mékong, dont la Thaïlande, renforcée par la construction du chemin de fer reliant Kunming (au Yunan) à Singapour. Elle contrôle effectivement un nombre croissant de ports en Birmanie, Bangladesh, Sri Lanka, Pakistan, Maldives, Oman…

Au-delà, les nouvelles routes de la soie doivent atteindre en Europe occidentale Venise et Rotterdam ; les acquisitions et implantations opèrent jusqu’à la France, la Grande-Bretagne, la Suisse, l’Italie, le Portugal ou la Grèce (le port du Pirée !)… Un train de fret, au départ d’Yiwu, située au sud de Shanghai, court sur plus de 12.000 kilomètres pour relier directement la Chine à 32 villes européennes, dont Londres, Madrid, Kouvola (Finlande), Duisbourg (Allemagne), Lyon (France). Il est moins cher que l’avion et plus rapide que le bateau…

De gros investissements sont déjà réalisés ou en négociation dans la plupart des pays d’Europe de l’Est. En Asie centrale, la route terrestre passe par le Kazakhstan, le Turkménistan, l’Ouzbékistan et l’Azerbaïdjan. Un « partenariat », initié en 2012, ne cesse de se renforcer, le Format « 16 + 1 » entre la Chine et 16 pays d’Europe centrale et orientale : Estonie, Lettonie, Lituanie, Pologne, République tchèque, Slovaquie, Hongrie, Roumanie, Bulgarie, Slovénie, Croatie, Serbie, Bosnie et Herzégovine, Monténégro, Albanie et Macédoine.

Au Moyen-Orient et Afrique du Nord, la Ceinture débouche sur Djibouti, l’Ethiopie, l’Egypte, l’Algérie ou le Maroc ; des accords renforcés sont actuellement négociés avec l’Iran confronté à l’embargo US.

En novembre 2017, un accord a été signé entre la Chine et le Panama, ce dernier adhérant au projet des Routes de la soie, devenant formellement la troisième branche maritime de cette initiative.

Un tel effort d’expansion mondial concentré sur une période de temps aussi limitée est sans précédent. Son coût social, culturel et écologique sera, on peut le craindre, considérable – de même que les risques économiques et financiers, renforcés par les aléas politiques : possibles renversements d’alliances de gouvernements nationaux, opérations engagées dans des zones de conflits tels la bordure himalayenne (du Cachemire à l’Arunachal Pradesh) ou le Moyen-Orient, contre-offensive de puissances concurrentes (comme en Birmanie). Le cas du port de Gwadar est emblématique. Il est situé sur la côte du Baloutchistan, au sud-ouest du Pakistan, où se poursuit une lutte indépendantiste et où nombre d’Etats interfèrent (Inde, Afghanistan…). L’armée pakistanaise est incapable de protéger efficacement ses propres casernes des attaques talibanes ; même si son influence devient prépondérante au Pakistan, Pékin ne peut s’en remettre à un Etat failli pour garantir la sécurité de ses investissements stratégiques…

 III. La puissance mondiale

L’armée chinoise est considérée comme la deuxième au monde, même si ce jugement est largement quantitatif. L’expérience au feu de son personnel et de son matériel reste très limitée. Des impérialismes mineurs, comme la France, peuvent posséder un savoir-faire (opérations d’infiltration et de commandos) ou des technologies de pointe (comme le bâtiment de projection et de commandement – BPC – de classe Mistral) qu’elle n’a pas. Elle est largement supplantée par la Russie en matière de flotte océanique de sous-marins stratégique (qu’il n’est pas aisé de constituer)…

 Le déploiement militaire

Néanmoins, parti de rien, le dispositif militaire international de la Chine progresse rapidement. Sa capacité navale se renforce de façon continue. Pékin multiplie les accords autorisant ses navires de guerre à mouiller dans des ports étrangers (pour ravitaillement, réparation…). Elle participe de façon majeure aux opérations de « maintien de la paix » de l’ONU à hauteur de 35 000 soldats (chiffre de 2015), une façon soft de se déployer. Elle mène ses propres manœuvres d’extraction de ses nationaux en zone de crise (comme au Yémen).

Flotte de haute mer 2011 2018
Porte avion 0 1 + (1) + [1]
Destroyers avancé 0 (4)
Destroyers 0 6
Frégate furtive 7 25
Sousmarin stratégique 2 4
Sousmarin tactique 0 9
Pétrolier ravitailleur 2 8
Corvette 0 37
Amphibie 1 4

Entre parenthèses : mis à l’eau mais pas encore opérationnel.
Entre crochets : en construction.

Source : Le Monde.

Le fleuron de cette expansion militaire est évidemment la base de Djibouti, conçue pour accueillir 10.000 soldats. Pékin a obtenu ce contrat en finançant la construction d’une zone franche industrielle et d’une ligne ferroviaire reliant le port international de Doraleh à Addis-Adeba, la capitale éthiopienne.

L’importance stratégique de Djibouti est considérable (c’est bien pour cela que ce territoire abrite aussi des bases états-unienne ou française). Elle borde l’une des routes maritimes les plus fréquentées au monde. Elle constitue un hub commercial pour favoriser la pénétration par les produits chinois en Afrique subsahélienne, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

L’implantation sur le plan international de dix-huit bases militaires serait planifiée.

 Conflits d’influence

L’expansion mondiale de la Chine la place en concurrence directe, dans leurs zones d’influence traditionnelles, avec toutes les puissances existantes : la Russie en Asie centrale et en Bélarussie, l’Inde en Asie du Sud, les Etats-Unis en Amérique latine, les Européens chez eux, tout le monde en Afrique.

Arctique. La Chine cherche les moyens de participer à l’ouverture des voies polaires, rendue possible par le réchauffement climatique, et à l’exploitation de ressources jusque-là inaccessible.

Afrique. La Chine a pris la tête de la compétition générale engagée pour le contrôle des richesses africaines (notamment au Congo) au point que l’on parle aujourd’hui de la Chinafrique comme de la Françafrique – mais avec une différence de taille : son influence n’est pas limitée à une zone d’influence traditionnelle, comme c’est le cas pour la France.

Asie centrale. Moscou et Pékin peuvent faire front commun face aux Etats-Unis ou à l’Union européenne. L’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), fondée en 2001, offre un cadre permanent d’alliance en matière de sécurité, influent en Asie centrale, en Afghanistan, au Moyen-Orient. Un sommet s’est ainsi récemment réuni, le 8 juin, entre Moscou, Pékin et Téhéran. Cependant, plus la pénétration chinoise se développera à la périphérie russe, et plus le conflit latent deviendra structurel. Il se cristallise notamment aujourd’hui sur la construction d’oléoducs et de gazoducs – et donc sur le contrôle des richesses pétrolières de la région.

Région indo-pacifique. De nouvelles alliances se font jour pour contrer la montée en puissance de la Chine, tel le Quad (pour Quadrilateral Security Dialogue) initié en novembre 2017 par les Etats-Unis, l’Australie, le Japon et l’Inde sur un théâtre d’opération indo-pacifique (en sus du théâtre d’opérations Pacifique nord).

Amérique latine. La Chine ne vise probablement pas à gagner en Amérique latine une hégémonie similaire à celle qu’elle ambitionne en Afrique ou dans une grande partie de l’Asie. Elle poursuit néanmoins, depuis le milieu des années 2000, des objectifs très importants d’ordre :

  • Politiques: consolider son influence globale, être une voie de recours (offre de financements) face à l’hégémonisme US, isoler diplomatiquement Taïwan, s’intégrer aux organismes multilatéraux – la Chine a (comme beaucoup d’autres pays) un statut d’observateur à l’Organisation des Etats américains (OEA) et elle est membre de Banque interaméricaine de développement (BID)…
  • Géoéconomiques: étendre mondialement son contrôle des ressources minérales, énergétiques ou agricoles, trouver de nouveaux débouchés pour ses produits manufacturés, investir dans les infrastructures… Le cas de la Bolivie est à ce titre illustratif : la Chine a récemment installé une centrale hydroélectrique dans la province de Cochabamba. Elle participe à la construction d’usines de sucre, de potassium, d’acier, de routes, ainsi qu’à une mise à niveau du système de sécurité publique et des télécommunications. Elle lorgne sur l’une des plus grandes réserves de lithium au monde.
  • Géostratégiques: Quand l’occasion s’en présente, la Chine « montre le drapeau » dans ce continent aussi, comme en envoyant un contingent en Haïti dans le cadre des opérations onusiennes. Elle a acquis une base extraterritorialisée en Patagonie (Argentine) qui a pour but officiel (et réel) de préparer l’envoi d’un engin se poser sur la face cachée de la lune – gérée par l’armée, elle permet surtout à Pékin de surveiller l’hémisphère sud, une précieuse première.

La Chine est maintenant le principal partenaire commercial des plus grandes économies d’Amérique du Sud : Argentine, Brésil, Chili, Pérou, et du Venezuela. Ces pays exportent principalement des matières premières vers la Chine telles que cuivre, minerai fer, huile et soja, pétrole. Elle leur accorde souvent un crédit quasi illimité pour l’importation de marchandises chinoises.

L’un des plus gros projet en cours (50 milliards de dollars US) concerne la construction au Nicaragua, par une entreprise chinoise, d’un nouveau canal interocéanique qui entre en concurrence directe avec celui du Panama – autour duquel bien des compagnies US ont investi (infrastructures portuaires etc.).

Signe des temps, le secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson a conseillé en février 2018 aux pays d’Amérique latine de ne pas trop dépendre des relations commerciales avec la Chine, affirmant que la région n’avait pas besoin de se jeter dans les bras d’un nouvel empire (comme si l’empire US était en revanche un « allant de soi » !).

 

Notes

[1https://www.theguardian.com/commentisfree/2018/jun/27/china-not-tolerate-trump-military-muscle-south-china-sea

[2] 48 navires, 76 avions et plus de 10 000 soldats

[3] ESSF (article 41487), Vingt ans après la rétrocession, Xi Jinping met en garde les démocrates de Hongkong.

[4https://www.lesechos.fr/03/07/2017/LesEchos/22478-056-ECH_pekin-met-en-garde-les-jeunes-de-hong-kong.htm#t8TTsIu7aMeJhXFj.99

[5] ESSF (article 44871), Péninsule coréenne : Un fragile espoir de paix après la rencontre Kim-Trump.

[6] Laure Siegel, ESSF (article 44781), Un réseau connecté sur trois continents : avec la route de la soie, la Chine veut conquérir l’économie monde.