
par Isabel Cortés
Une fuite d’enregistrements audio compromet notamment Trump, Netanyahu et Milei provenant d’une opération transnationale visant à déstabiliser des gouvernements progressistes en Amérique centrale. Juan Orlando Hernández, ex-président du Honduras, a commencé à parler. Il révèle que des plans étaient élaborés pour renverser des gouvernements, financer des campagnes de désinformation et construire des bases militaires en échange de sa grâce. Ces informations sont une véritable crise de gouvernance continentale.
Les enregistrements audio connus sous le nom de Hondurasgate contiennent des affirmations : « S’il faut tuer des gens pour que nous puissions être tranquilles, cela sera fait ». Il s’agit d’une fuite qui, au cours des dernières semaines, a mis en état d’alerte les gouvernements du Mexique, de la Colombie et du Honduras.
L’épicentre : un ex-président narco, libre et avec un agenda
Juan Orlando Hernández a gouverné le Honduras entre 2014 et 2022. En juin 2024, il a été reconnu coupable par un tribunal fédéral de New York de complot en vue de trafiquer des stupéfiants et des armes, et condamné à 45 ans de prison. Les chefs d’accusation comprenaient des liens avec le Cartel de Sinaloa et la réception de pots-de-vin de plusieurs millions de dollars, alors que son gouvernement agissait — selon le parquet américain — comme un narco-État à part entière.
Or, en décembre 2025, Donald Trump — qui est censé mener une lutte contre le trafic de stupéfiants — lui a accordé la grâce présidentielle. Ce que les enregistrements audio révèlent désormais, c’est que cette liberté n’est pas un geste isolé. D’après les informations de la plateforme Hondurasgate publiées par Diario Red América Latina, un média fondé par Pablo Iglesias, ex-vice-premier ministre espagnol et fondateur de Podemos, Hernández aurait reconnu que l’argent de la grâce « est sorti d’une réunion de rabbins » et que le premier ministre israélien Benyamin Netanyahu « a tout eu à voir » avec sa libération. En contrepartie, le Honduras aurait consenti à des concessions territoriales, souveraines et stratégiques d’une portée considérable.
La désinformation comme arme géopolitique
Les 37 enregistrements audio filtrés datés de janvier à avril 2026 dressent la carte d’opérations qui vont bien au-delà du Honduras. On y entend la planification d’une « cellule d’information » montée en territoire américain pour, selon les propos attribués à Hernández lui-même, lancer des « dossiers » contre les gouvernements de Claudia Sheinbaum au Mexique et de Gustavo Petro en Colombie.
L’opération ne serait ni bon marché ni improvisée. Selon l’enquête, le financement comprendrait 150 000 dollars provenant des fonds publics honduriens — plus précisément du ministère des Travaux publics. Ça comprendrait aussi une contribution supplémentaire de 350 000 dollars promise par le président argentin Javier Milei, avec qui Hernández aurait soi-disant tenu un appel téléphonique décrit comme « très fructueux ». L’objectif déclaré : « extirper le cancer de la gauche » d’Amérique latine.
L’authenticité des enregistrements a été soumise à une analyse judiciaire au moyen du logiciel Phonexia Voice Inspector, spécialisé en biométrie vocale, dont les résultats ont été publiés avec l’intégralité des enregistrements. Hernández, pour sa part, a nié sur son compte X que cette voix soit la sienne.
Le Honduras comme pièce sur l’échiquier mondial
Parmi les concessions mentionnées figurent l’élargissement des ZEDE — des zones économiques spéciales qui impliquent une cession effective de souveraineté territoriale —, la construction d’une nouvelle base militaire à l’image de Palmerola, un canal interocéanique au profit de l’entreprise General Electric, ainsi qu’une législation sur mesure pour des entreprises technologiques américaines en matière d’intelligence artificielle.
Les passages les plus troublants de la fuite pointent dans une direction encore plus sombre. « S’il faut tuer des gens pour que nous puissions être tranquilles, cela sera fait », propos attribués à Hernández. Plus loin : « Le Honduras a besoin de force, de logistique, de sang pour pouvoir attaquer et extirper le cancer de la gauche du Honduras et de toute l’Amérique latine. » Des déclarations qui, si elles venaient à être confirmées, constitueraient non seulement un scandale politique, mais une confession publique de disposition au crime d’État.
Les réactions internationales
La présidente Claudia Sheinbaum a attribué la machination à la « droite internationale » et a assuré qu’elle ne ferait aucune « brèche » dans son gouvernement. Le président Gustavo Petro a été plus direct et a publiquement remis en question, sur les réseaux sociaux, les raisons pour lesquelles Netanyahu aurait « payé pour libérer un grand trafiquant de drogue » dans le but de déstabiliser la Colombie et le Mexique.
Des médias comme La Jornada du Mexique, Página 12 d’Argentine, Al Jazeera, Euronews et Infobae ont couvert l’affaire. Les autorités honduriennes n’ont annoncé aucune enquête officielle, et dans aucun pays de la région des poursuites judiciaires n’ont été engagées à la suite des fuites.
L’affaire n’est pas seulement hondurienne. Elle est un miroir qui reflète les tensions structurelles d’un continent où la démocratie demeure un combat contre l’argent, la désinformation et la violence selon ces enregistrements.
La Colombie : le front le plus exposé de cette bataille
Les enregistrements mentionnent explicitement le pays comme cible de la « cellule d’information » planifiée depuis les États-Unis. La Colombie s’approche d’élections présidentielles où Iván Cepeda Castro et sa colistière, la dirigeante autochtone nasa Aída Quilcué, incarnent la continuité du projet de changement amorcé par Gustavo Petro. Leur programme de paix totale, de transition énergétique et de reconnaissance des droits des peuples autochtones et paysans représente précisément le type d’alternative qu’on cherche à neutraliser avant qu’il n’accède au pouvoir. Le premier tour se termine le 31 mai. La désinformation ne connaît aucun repos.
C’est pourquoi la communauté internationale ne peut se limiter à observer le jour du vote. Les organismes de surveillance électorale ont la responsabilité de surveiller également les écosystèmes informationnels, de retracer le financement des médias numériques et de détecter les campagnes coordonnées de manipulation.
L’Hondurasgate expose les fragilités des démocraties latino-américaines face aux nouvelles formes de guerre informationnelle et de pression géopolitique. La défense de la souveraineté ne dépend plus uniquement des frontières physiques ou des capacités militaires. À une époque dominée par les algorithmes, l’intelligence artificielle et la manipulation numérique, elle exige une citoyenneté critique, un journalisme indépendant, la transparence institutionnelle et une culture de l’information. La question que soulève cette affaire est jusqu’à quel point les démocraties d’Amérique latine sont prêtes à leur résister.







