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Gabriel Watson, correspondant

Selon les données récentes de Statistique Canada, le secteur agricole représente 7 % du produit intérieur brut du Canada. Cette proportion, qui peut sembler modeste à première vue, correspond néanmoins à près d’un emploi sur neuf au Canada. Il est essentiel que la production agricole reste solide et indépendante pour servir les intérêts de la population canadienne.

Les tarifs annoncés par Donald Trump, la guerre Russie-Ukraine, la pandémie de Covid-19 et les conflits au Moyen-Orient, notamment le génocide contre la population de Gaza, ont mis en évidence l’importance d’être autonome et de compter sur une production agricole largement indépendante. Pour atteindre cette prospérité, le gouvernement canadien a besoin d’adapter ses politiques face à l’évolution du contexte mondial.

Le système de quotas dans la production laitière

L’industrie laitière est le deuxième secteur agricole en importance. En 2023, elle a contribué à 8.56 milliards de dollars à l’économie canadienne selon Agriculture et Agroalimentaire Canada. Depuis 1972, les productrices et producteurs laitiers sont limités par un système de quotas, un sujet fortement débattu dans la communauté agricole. Ce mécanisme, complexe et souvent méconnu de la population urbaine, est pourtant essentiel pour des fermes comme Crackholm Dairy Farm, dont le propriétaire est le père de Kolton Crack, qui y travaille.

Crackholm Dairy Farm, vue par drone. @crédit photo Valentine Delort, 2026-02-06

« Le système de quotas, c’est ton droit de produire du lait. C’est ce dont tu as besoin pour survivre sur une ferme laitière », soutient-il. Le principe du quota sert à réguler la production laitière selon la demande.

Donald Trump, dans son premier mandat et dans son actuel comme président, a menacé à plusieurs reprises d’imposer des tarifs jusqu’à 250 % contre les produits laitiers canadiens vendus aux États-Unis. Bien que ces menaces ne se soient pas concrétisées, l’appétit de nos voisins du sud est évident.

L’implantation de tarifs majeurs pourrait fragiliser les fermes canadiennes, affaiblir le système de quotas et mettre en péril l’ensemble du secteur laitier. Comme l’explique Kolton : « On ne peut simplement pas supprimer le système de quotas. La stabilité est un enjeu essentiel pour notre survie. »

La concurrence des États-Unis à nos portes

La production laitière canadienne est déjà en compétition avec celle des États-Unis. Les sous-produits laitiers à bas prix provenant des États-Unis représentent une pression constante sur la production au Canada. Selon David Wiens, président des Dairy Farmers of Canada « Les États-Unis bénéficient d’un important excédent commercial dans le secteur laitier avec le Canada, exportant pour 877,5 millions de $ CAN de produits laitiers tout en important que pour 357,9 millions de $ CAN.»

Produits laitiers dans un commerce. @crédit photo Gabriel Watson, 11 février 2026

Savannah Crack, superviseure des opérations chez CrackHolm, fille du propriétaire David Crack et sœur de Kolton, explique : « Ils n’ont pas de prix fixe, alors ils produisent du lait au coût le plus bas possible ». Kolton ajoute à ceci : « À chacune de leurs difficultés, la réponse est la même : trayons plus de vaches. La grange est trop petite? Trayons plus de vaches. La grange est trop grande et trop chère? Trayons plus de vaches! Il y a trop de lait sur le marché? Trayons plus de vaches! Leur seule solution est toujours d’augmenter la production, plutôt que de se demander comment être plus rentables. » Cette surproduction rend le lait américain moins cher que le lait canadien.

L’accès accru de la production des États-Unis au marché canadien, notamment avec une brèche dans l’Accord Canada États-Unis Mexique de 2018, se fait au détriment direct de la production laitière d’ici. En obtenant des parts de marché, cette ouverture affaiblit la stabilité du secteur laitier domestique.

Pour des fermes comme celle de Savannah et de Kolton, cette situation est incompréhensible. Savannah questionne : « Nous importons encore du lait américain. Est-ce qu’on a vraiment besoin de faire ça? Est-ce qu’il n’y aurait pas moyen au moins de produire notre propre lait, ou peut-être même de leur en vendre, à la place? »

Kolton Crack et Savannah Crack au travail, de gauche
à droite. @crédit photo Valentine Delort, 2026-02-06

Diversifier les marchés d’exportation

Pour surmonter cette pression économique, différentes solutions sont proposées par les fermes agricoles. Kolton explique : « Nous voulons élargir les exportations. Nous devrions cibler des pays qui recherchent des produits de qualité et qui ne disposent pas d’une forte production laitière. C’est possible, mais cela exige une stratégie gouvernementale. »

Établir de nouveaux partenariats économiques internationaux pour nos produits agricoles est essentiel pour la stabilité économique future du Canada. Comme le mentionne la Fédération canadienne de l’agriculture, « Le Canada importe plus de la moitié de ses produits agroalimentaires des É.-U. et 60 % de nos exportations agroalimentaires s’en vont chez nos voisins du sud. »

Nous souffrons d’une dépendance économique majeure envers les États-Unis. Pour les Canadiens et Canadiennes, une façon concrète de soutenir notre industrie laitière nationale existe, selon Savannah : « si vous allez à l’épicerie, achetez le produit avec le logo de la vache bleue. Si vous choisissez autre chose, vous consommez probablement du lait américain. » Il s’agit d’une proposition partagée à travers tout le secteur laitier.

David Wiens ajoute « vous pouvez être assurés que vous appuyez un produit canadien ainsi qu’une approche agricole qui renforce nos communautés, notre économie et notre capacité à nous nourrir, aujourd’hui comme pour les générations futures quand la population achète du lait et des produits laitiers locaux. »

Notre gouvernement pourrait s’inspirer des mesures protectionnistes présentement en place dans d’autres pays. Par exemple, l’Allemagne a investi 49 millions d’euros en 2024 dans l’infrastructure de leur industrie laitière, modernisant leurs installations pour permettre de réduire l’utilisation du gaz naturel. Assurément qu’avec les fluctuations de l’économie mondiale, le monde agricole et le gouvernement canadien doivent être prêts à défendre leur agriculture et à s’adapter aux demandes de la population, sinon ils risquent de souffrir d’une pression de la concurrence internationale.