Le rôle pervers du Canada dans le « Core Group » sur Haïti

0
479
source Wikicommons

Yves Engler, extraits d’un texte paru dans Canadian Dimension,  21 octobre 2021

À l’insu de l’opinion, le Canada fait partie d’une alliance coloniale et impériale secrète en Haïti connue sous le nom de « core group » – composée d’ambassadeurs d’Allemagne, du Brésil, du Canada, d’Espagne, des États-Unis, de France et de l’Union européenne – qui a aggravé la crise politique du pays et fait passer des élections dénoncées par des missions d’observation indépendantes comme frauduleuses.

Le Core Group a fortement façonné les affaires haïtiennes depuis que les troupes américaines, françaises et canadiennes ont aidé au renversement du gouvernement élu du pays en 2004 et ont installé une force d’occupation des Nations Unies. Le Core Group a également supervisé l’érosion de la vie politique haïtienne, comme en témoigne l’enlèvement de 16 missionnaires chrétiens américains et un canadien. Cinq jours plus tôt, 100 Haïtiens avaient été enlevés en une matinée dans le quartier de Martissant à Port-au-Prince et en juillet, le président de facto a été assassiné à son domicile avec la participation de membres de son gouvernement.

Dans Reconstruire Haïti : Entre l’espoir et le trident impérial, l’ancien représentant spécial de l’Organisation des États américains (OEA) en Haïti, Ricardo Seitenfus, détaille le rôle du Core Group. Seitenfus suggère que le Core Group « a décidé qui serait le prochain président d’Haïti avant même la tenue des élections » en novembre 2010.

Le groupe restreint a discuté de l’expulsion du président en exercice René Prevál du pays quelques jours après le premier tour des élections, que les puissances étrangères avaient imposé, malgré le tremblement de terre dévastateur de janvier 2010 et l’épidémie de choléra qui s’en est suivie. Le chef de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH), Edmond Mulet, a donné 48 heures à Préval pour quitter le pays, rapporte Seitenfus.  Ce à quoi « Préval a répondu à Mulet en disant ‘il n’est pas [deux fois le président évincé Jean-Bertrand] Aristide, mais qu’il est Salvador Allende’ » – le premier président socialiste du Chili, décédé dans le sillon du coup d’État en 1973.

Plus tard, le Core Group a fait pression pour faire de Michel Martelly le président. Partisan des coups d’État de 1991 et 2004 contre le président élu Jean-Bertrand Aristide. Martelly s’est entouré d’anciens duvaliéristes et chefs d’escadrons de la mort arrêtés pour viol, meurtre, enlèvement et trafic de drogue. Le Core Group a soutenu Martelly tout au long de son mandat, même après qu’il n’ait pas réussi à organiser des élections. En réponse à la dissolution du parlement en janvier 2015, le groupe a exprimé « sa confiance dans le fait que l’exécutif… agira avec responsabilité et retenue ». En réalité, Martelly a régné par décret pendant un an et ses voyous ont violemment perturbé les élections législatives d’août 2015.

Par la suite, le Core Group a aidé Martelly pour imposer Jovenel Moïse comme son successeur lors d’élections qui ont provoqué des émeutes. Alors que des manifestations de masse éclataient contre la corruption et l’austérité de Moise en juillet 2018, le Core Group l’a défendu et a condamné les manifestants pour « avoir cherché à provoquer la démission des autorités légitimes ».

Lorsque le représentant spécial des États-Unis en Haïti a démissionné pour protester contre la politique de Washington envers ce pays, Daniel Foote a fait allusion à l’intervention antidémocratique du Core Group au profit d’Ariel Henry.

Fait à noter, les interventions de Solidarité Québec-Haïti appelant le Canada à se retirer du Core Group ont eu un impact limité lors des dernières élections fédérales.  Le NPD a explicitement appuyé la participation canadienne au Core Group tandis que l’ancienne diplomate des Affaires mondiales devenue chef du Parti vert, Annamie Paul, a ignoré le sujet. Rien ne justifie que le Canada participe à cette alliance ouvertement impérialiste. Tous les Canadiens de conscience ont une dette de solidarité envers le peuple haïtien. Nous devons exiger qu’Ottawa se retire immédiatement du Core Group.