Mario Gil Guzman, correspondant

Les États-Unis, historiquement connus pour leur diplomatie de la guerre, réitèrent leurs agressions contre le Venezuela, établissant un précédent dangereux. L’Amérique latine, un territoire qui cherche à vivre en paix, vient d’être bouleversée. Les réponses ne vont pas tarder à apparaître : au-delà des communiqués de rejet émanant des gouvernements, des mouvements sociaux et des organisations via différents réseaux, les actions diplomatiques vont se mobiliser, ainsi que les manifestations et les dénonciations populaires et juridiques des faits.

C’est un précédent aussi parce qu’il donne l’exemple à la Russie et à la Chine de pouvoir changer le régime en Ukraine ou à Taïwan, sans égard au droit international. Bien évidemment, ça ne date pas d’aujourd’hui. Le génocide en Palestine en témoigne, tout autant que le soutien constant à Israël dans sa politique de colonisation et de ses différentes actions militaires tout autour du Moyen-Orient. L’objectif est semblable à celui qui vient de se passer au Venezuela : conserver le contrôle des ressources naturelles et la capacité d’influence d’Israël et É.-U. en Asie.

Les raisons premières de l’intervention des États-Unis

Mais quelles sont les possibles raisons de l’agissement de l’empire ? Le Venezuela détient encore les plus grandes réserves mondiales de pétrole, dépassant même l’Arabie Saoudite, alliée historique des États-Unis. Chavez avait posé un acte qui affecta fortement les intérêts des pétroliers : il établit que les multinationales étaient les bienvenues, mais jamais en tant qu’actionnaires majoritaires. Les ressources stratégiques resteraient majoritairement propriété de l’État, comme c’est le cas partout en Occident. Cette histoire, que l’on connaît bien, rend très inconfortables les élites occidentales, qui voient d’un mauvais œil les pays du Sud s’autodéterminer.

Après la mort de Chavez, Maduro changea la direction de la compagnie pétrolière Petróleos du Venezuela (PDVSA). Sa lutte contre la corruption des élites de gauche et de droite lui coûta cher. Obama, prix Nobel de la paix, établit des mesures plus strictes pour asphyxier l’économie vénézuélienne. La crise apparut, provoquant des centaines de milliers de personnes migrantes d’abord vers les pays voisins, puis plus loin, dus à la perte d’accès à la consommation et à la dévaluation de l’économie.

Les médias internationaux construisirent alors l’image de Maduro — une personne issue de la classe populaire et du syndicalisme, toujours le plus loyal garde du corps de Chavez — en la transformant en celle d’un idiot, d’un dictateur. Non pas à cause d’élections passées, mais bien parce que l’opposition et ces mêmes médias n’ont jamais reconnu les élections favorisant le gouvernement de gauche.

Maduro doit alors confronter une multicrise qui commence en 2013 avec la chute des prix du pétrole. Le président, alors récemment au pouvoir, décide de confronter la crise Iavec leur peuple, dans un contexte de pression internationale et nationale, avec des manifestations de rue violentes. Les élites de droite tentent un coup d’État la même année, mais il résiste. Par la suite, une fois passée cette période, le gouvernement Maduro commence à faire des réformes au plan économique pour pallier la crise pétrolière.

Après 2021, l’économie commence à remonter. Le Venezuela passe des accords avec la Chine pour vendre son pétrole en yuans, et avec la Russie en roubles et aujourd’hui avec les BRICS, contournant ainsi le système de paiement SWIFT des banques occidentales.

Malgré que les investissements du gouvernement dans l’agriculture commencent à porter leurs fruits, que la reprise de l’industrie pharmaceutique et des activités minières se manifeste, le silence de Maduro sur le résultat des élections de 2024 a offert une occasion à la droite d’accentuer la pression intérieure et internationale sur le gouvernement, comme auparavant avec Guaido ou Leopoldo Lopez. Maduro a voulu faire barrage à la conquête du pouvoir par la droite assasine, puisque le candidat Edmundo Gonzalez de droit faisait partie des la stratégie de É.-U. du plan Condor, plan pour exterminer la gauche en Amérique latine, soutenue par Trump et les régimes réactionnaires en Amérique latine.

Dans un monde plus multipolaire, les États-Unis perdent le contrôle sur la monnaie, l’énergie et le marché international. L’empire a peur. La crise devient chaque fois plus forte et sa stratégie de guerre ne génère plus assez de revenus pour satisfaire les oligarchies. Alors que jusqu’ici les gouvernements de l’empire étaient coordonnés dans leur politique impérialiste — monétaire, réformes structurelles néolibérales, création de dépendance par la dette, etc. —, la guerre et le saccage prennent une nouvelle forme. Cette fois, Trump agit sans se soucier des conséquences, sans respecter ses alliés historiques, en se moquant des règlements internationaux de façon assumée. L’extrême droite dans le monde en fait autant. L’Amérique latine redevient une priorité avec son cabinet, incluant Marco Rubio, traditionnellement anti-gauche depuis Miami, et d’autres personnages néfastes pour la démocratie et les peuples du monde.

L’affaire Epstein dévoile l’implication directe de Trump dans le trafic de filles et la pédophilie. La pression est immense, l’attaque était imminente, et la question reste en suspens : y a-t-il eu une négociation ? Y a-t-il une nouvelle négociation concernant les relations avec le Venezuela, le pétrole et le dollar ? Quelle est la suite ?

La nécessaire mobilisation anti-impérialiste

Quoi qu’il en soit, une agression contre un pays souverain ne peut pas passer comme si de rien n’était. La mobilisation populaire est nécessaire, pour dire non à la politique belliqueuse et impérialiste des États-Unis et pour demander que Maduro soit relâché.

Le chaos que proposent les États-Unis a des effets néfastes sur la vie, l’économie populaire, les femmes, l’environnement et d’autres enjeux centraux du monde d’aujourd’hui. Le rejet de cette attaque est urgent, tout comme la mobilisation constante pour construire d’autres économies et d’autres formes de relation, loin de l’autocratie, du patriarcat et du capitalisme.