Maghreb-Machrek : l’idée de révolution

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Joseph Daher, Solidarités, 12 février 2021

L’éruption des soulèvements populaires dans la région du Moyen Orient et Afrique du Nord (MOAN) il y a maintenant 10 ans a lancé une décennie de résistances à travers le monde, défiant l’ordre capitaliste et autoritaire dans lequel nous vivons. L’étincelle du soulèvement populaire a commencé en Tunisie, puis s’est rapidement étendue à l’Égypte et au reste de la région du MOAN. Cela a conduit au départ de plusieurs dictateurs (Ben Ali, Moubarak, Khadafi et Ali Abdallah Saleh) qui gouvernaient depuis des décennies.

Sans aucun doute, la plus grande réussite des soulèvements populaires a été de ramener l’idée de révolutions dans l’horizon des possibles. Ces soulèvements ont rappelé que seules les masses développant leur propre potentiel de mobilisation pourront réaliser le changement à travers leur action collective. C’est l’ABC de la politique révolutionnaire, mais cette idée avait été largement discréditée au cours des dernières décennies dans de larges sections de la gauche.

Cette volonté de changement radical par en bas a dépassé la région du MOAN pour résonner dans diverses régions du monde, notamment l’État espagnol (Mouvement des Indignés) et les États-Unis (Occupy Wall Street), ainsi que d’autres États d’Afrique subsaharienne comme le Burkina Faso (contre la hausse des prix et la répression) et de nombreux autres pays.

Tout comme l’éclatement des processus révolutionnaires régionaux a eu des conséquences massives à l’échelle régionale et mondiale, les réactions brutales contre les aspirations des classes populaires de la région du MOAN sont venues des pouvoirs locaux, régionaux et des acteurs impérialistes. Ces acteurs, malgré leurs différences et rivalités, avaient néanmoins le même objectif : mettre fin à l’espoir de libération et d’émancipation suscité par les classes populaires de la région.

Les échecs d’un certain nombre de soulèvements à cause de la violence des contre-révolutions n’ont pas empêché, à la fin de 2018 et 2019, une « deuxième vague » des processus révolutionnaires au Soudan, en Algérie, au Liban et en Irak. Deux nouveaux dictateurs sont renversés après 30 ans de pouvoir, tandis que les classes dirigeantes néolibérales confessionnelles au Liban et en Irak ont été défiées.

Cette « deuxième vague » s’est produite au milieu d’une montée des mobilisations populaires massives à travers le monde. De nombreux mouvements de protestations contre l’autoritarisme se mettent en place à Hong Kong et en Catalogne, tandis que de l’Amérique du Sud au Moyen-Orient, des manifestations massives et des grèves ont éclaté après l’introduction de nouvelles mesures d’austérité et de nouvelles taxes, augmentant encore davantage le coût de la vie. Des grèves et des manifestations féministes massives ont été organisées pour lutter contre les offensives réactionnaires attaquant les droits des femmes des États-Unis à la Pologne.

En 2020, c’est le mouvement de Black Lives Matter qui a secoué l’ordre capitaliste et raciste étasunien, et les grèves climatiques massives qui continuent de s’organiser presque partout dans le monde.

Le déclenchement des processus révolutionnaires de la région du MOAN au cours de la dernière décennie fait partie des événements majeurs et révolutionnaires de l’histoire humaine. La première vague de révoltes en 2011 a marqué l’ouverture d’une époque inachevée de révolutions et de contre-révolutions au MOAN qui nous concernent toutes et tous.

Nos destins sont liés.

Joseph Daher

https://solidarites.ch/journal/382-2/quand-lidee-de-revolution-est-devenue-tangible/