Réélection de Sassou Nguesso, 82 ans, pour un cinquième mandat avec 95 % de voix

Le président Sassou Nguesso en tournée en République du Congo le 14 août 2024 @ ArnoBOUJIKA, CC0, via Wikimedia Commons

par Sérigne Sarr, correspondant à Dakar

Le président de la République du Congo, Sassou Nguesso, 82 ans, vient d’être réélu le 17 mars dernier pour un cinquième mandat avec 95 % de voix et plus de 85 % des personnes votant! IMPECCABLE. Il est dans la droite ligne de ses homologues régionaux Nguema de Guinée Équatoriale, Kagame du Rwanda, Biya du Cameroun, Mugabe de l’Ouganda et de tant d’autres qui ont disparu à la tache comme Sekou Toure en Guinée, Houphoet-Boigny en Côte d’Ivoire, Dos Santos en Angola, Bongo au Gabon, Deby au Tchad, Mobutu au Zaïre, Mugabe au Zimbabwe dont certains nonagénaires. La liste est loin d’être exhaustive.

Quelle belle et enthousiaste démocratie congolaise ou presque toute la population vote «librement» en masse pour le candidat sortant Sassou Nguesso tellement elle est heureuse : eau et électricité en abondance, écoles, hôpitaux et universités excellents, réseau routier remarquable. Cette photo idyllique n’est malheureusement pas celle de la réalité eu égard aux importants investissements effectués depuis tant d’années au cours des différents plans quinquennaux de développement. La conséquence : une dette mirobolante dont le pays n’arrive pas à se défaire tel le scotch du capitaine Haddock. L’Indice de Développement humain (IDH) reste faible (0,56).

Il faut reconnaître que les institutions internationales et multilatérales comme les partenaires bilatéraux n’ont pas reconnu les efforts faits par le président Sassou et ses différents gouvernements tout au long de cette brillante histoire politique. Au contraire ce petit pays riche en pétrole et en forêts, peu peuplé, se devait d’être au summum des indicateurs de développement, mais la corruption à tous les échelons a ruiné ce pays. Il est vrai que les appartements et résidences à Paris et New York sont hors de prix et comme «la famille» s’est considérablement agrandie, elle a creusé les déficits budgétaires.

«Le peuple congolais», comme disaient les responsables politiques marxistes post-indépendance recyclés aujourd’hui en capitalistes, est satisfait et le montre lors de chaque élection présidentielle en renouvelant sa confiance au président Sassou. Officiellement, il dirige ce pays depuis 1979, bien qu’il ait pris antérieurement des «responsabilités» politico-militaires jusqu’à l’assassinat du président Mariam Ngouabi, son frère d’armes et père spirituel.

En 1991 survinrent, un peu partout en Afrique francophone, des conférences nationales et la grande bataille démocratique qui eut lieu au Congo propulsa un opposant, Pascal Lissouba, à la plus haute fonction de l’État. Pour récupérer le pouvoir et avec l’aide de son ami le président français Chirac et de son voisin angolais Dos Santos, Sassou fit capoter l’action de son successeur. On assista à une guerre civile effroyable entre clans ethniques aux dénominations les plus étonnantes : cobras, Cocoys, ninjas, Zoulous entraînant la mort de plus de deux mille personnes combattantes et des destructions importantes de bâtiments et d’équipements sur fond de guerre du pétrole pour récupérer la rente financière d’ELF.

Depuis le calme règne et l’opposition se tient coi, élection présidentielle après élection présidentielle. La condamnation en 2016 à 20 ans de prison des deux principaux opposants Makoko et Salissa a servi de leçon : ils avaient eu la malencontreuse idée de protester contre les modifications constitutionnelles tendant à rendre le pouvoir encore plus présidentiel sans limites d’âge et voulu se présenter à l’élection présidentielle. Le président Sassou a quadrillé son pouvoir avec quelques vieux camarades fidèles du parti et des membres de sa famille : enfants (il en aurait reconnu plus d’une vingtaine), frères, sœurs, cousins, cousines, neveux «nièces et conjoints ont été placés à des postes clefs et rémunérateurs du pouvoir pour verrouiller le système. Cela fait beaucoup de monde à entretenir.

Empêtré en France depuis longtemps dans des affaires judiciaires concernant des biens immobiliers «mal acquis», le président Sassou, adepte des dépenses hors budget pour financer le train de vie de l’état et surtout le sien, est embourbé depuis toujours dans des plans sans fin de redressement des finances publiques avec des dettes cachées. Les déficits sont impressionnants et les bailleurs de fonds n’ont cessé de combler les trous malgré des remises de dettes ou même des effacements. Rien n’y fait et le Congo continue à vivre largement au-dessus de ses moyens, ses amis chinois ayant contribué aux renflouements moyennant d’importantes contreparties minières restées secrètes.

La victoire a eu cependant un goût amer, car dès le lendemain de sa proclamation, le FMI a rappelé au «nouveau/vieux président» l’informant que les indicateurs financiers étaient mauvais suite au relâchement budgétaire : dette publique de 97 % du PIB alors que les règles de la CEMAC la fixe à 70 %, arriérés de paiement de près de 2 milliards € avec un risque élevé de défaut de paiement, le tout dans une faible croissance. Notant la toujours forte dépendance au pétrole, le FMI a quand même «salué les engagements des autorités à rétablir la discipline budgétaire».

Ne riez pas, car à chaque revue, c’est toujours le même refrain depuis une vingtaine d’années et il n’y a pas de raison que cela s’arrête, tant que le président Sassou sera au pouvoir.