Ali Rasouli, Radio Zamaneh
En 2025, l’effondrement économique et la guerre ont brisé le socle de la propagande de la République islamique, à savoir la sécurité, laissant un régime qui semble intact mais creux, comme un cadavre maintenu au pouvoir.
Pour la République islamique, les difficultés de 2025 ont commencé dès le premier jour. En novembre, lorsque Donald Trump a été réélu président des États-Unis pour un second mandat, l’inquiétude s’est installée, un mois seulement après l’assassinat à Beyrouth de Sayyed Hassan Nasrallah, le charismatique chef du Hezbollah.
Au cours du premier mois de 2025, l’homme qui avait ordonné l’assassinat de Qassem Soleimani est revenu au pouvoir. Ce seul fait a suffi à resserrer l’étau autour du dossier nucléaire iranien et à rendre tout accord avec les États-Unis et les trois États européens encore moins probable qu’auparavant. À la fin du premier mandat de Trump, en 2020, le Guide suprême avait déclaré qu’il avait été « chassé de la Maison Blanche dans la honte et envoyé aux oubliettes de l’histoire ». Cette prédiction s’est avérée fausse. Trump est revenu à la Maison Blanche pour un second mandat avec une politique bien plus agressive que lors du premier.
Mais les autres éléments ne sont guère plus réjouissants, voire sont plutôt sombres. Par exemple : le 1er janvier 2025, si vous marchiez dans la rue Ferdowsi à Téhéran et décidiez d’acheter des dollars, chaque dollar vous coûterait environ 80 000 tomans. Un mois plus tôt, il en coûtait 70 000, et six mois auparavant, environ 45 000. On a l’impression qu’un siècle s’est écoulé depuis cette époque. Non, seuls dix-huit mois difficiles se sont écoulés.
À la fin de l’année 2025, le dollar avait dépassé les 130 000 tomans, et certaines prévisions pessimistes parlent d’un dollar à 250000 tomans d’ici la fin de 2026, tandis que les optimistes prévoient entre 180 000 et 190 000 tomans.
Mais peut-être que le dollar n’est pas le bon point de départ.
Une année qui a commencé par des pénuries d’énergie
Le quatrième jour de l’année 2025, le gouvernement a coupé le gaz à un grand nombre d’industries et d’usines pétrochimiques. La pénurie de gaz hivernale s’est à nouveau manifestée, de manière plus intense qu’auparavant. Les conflits liés aux pénuries de gaz et d’électricité, ainsi qu’à l’incapacité de remplir les réservoirs des centrales électriques pendant l’été, se sont intensifiés. Ironiquement, le cycle des coupures et des rétablissements de gaz n’a pris fin qu’avec l’arrivée des beaux jours. Mais une fois le temps redevenu clément, le problème a refait surface sous deux autres angles : l’électricité et l’eau.
« Préparez-vous à hisser le drapeau au sommet »
Si l’on ne prend en compte que l’eau, l’électricité et le gaz comme indicateurs et que l’on met le reste de côté, 2025 a été une année de faillite : vidange des barrages, assèchement du lac d’Ourmia, coupures d’électricité en été, rationnement de l’eau et des centaines d’autres histoires du même genre. Mais si l’on ajoute d’autres indicateurs, le tableau s’améliore-t-il pour autant ? Une inflation supérieure à 50%, la faillite des fonds de pension et de la sécurité sociale, un déséquilibre budgétaire affectant la moitié du budget de l’État, l’expansion de l’extrême pauvreté… Tout cela s’ajoute à la faillite de l’eau, de l’électricité et du gaz.
Les années précédentes, si vous écriviez sur ces indicateurs économiques et décriviez ce qui se passait, l’appareil de sécurité et de propagande de la République islamique vous accusait de « noircir le tableau ». Les événements de 2025 sont allés si loin que même eux ne prennent plus la peine de répéter les discours paranoïaques du gouvernement qui externalise ses propres problèmes internes vers les puissances étrangères.
La promesse d’« atteindre le sommet » a été faite il y a seulement trois ans, et ce n’est pas un cadre moyen d’un ministère ou d’un organisme public qui l’a faite. Le Guide suprême de la République islamique, son « esprit omniscient », a déclaré avec une grande confiance : préparez-vous et préparez les drapeaux qui seront hissés au sommet.
Une traduction plus précise en anglais serait peut-être : préparez-vous à la réussite, à la victoire, à une percée historique – préparez-vous à hisser le drapeau au sommet. Mais en 2025, cette rhétorique semblait venir d’une autre planète.
Peut-être Ali Khamenei avait-il vu l’image à l’envers – confondant le haut et le bas – et c’est pourquoi sa promesse s’est avérée creuse.
« Au moins, nous avons la sécurité »
Au cours des deux ou trois années qui ont précédé 2025, la République islamique a également appris à utiliser un nouveau discours chaque fois que les critiques à l’égard de ses performances économiques s’intensifiaient : nous avons peut-être tous ces problèmes, mais au moins nous avons la sécurité.
En 2025, même ce « au moins, nous avons la sécurité » s’est évaporé. À l’aube du 13 juin, Israël a attaqué l’Iran. Il a tué un grand nombre de commandants du CGRI et d’autres commandants, ainsi que des scientifiques nucléaires. Il a frappé et détruit la télévision d’État, des bases de missiles, des sites nucléaires, des installations de production de missiles, des systèmes de défense aérienne et tout ce qu’il pouvait atteindre. Pendant douze jours, ses avions ont sillonné le ciel iranien. À Téhéran, le chef d’état-major général, dont le décret de nomination était à peine sec, a survécu au bombardement de son quartier général secret, mais il a été retrouvé et tué en plein jour, au cœur de la capitale. Le Guide suprême s’est réfugié dans un bunker et a disparu pendant une longue période. Même plusieurs mois plus tard, il reste davantage dans son abri que dans sa résidence officielle.
Les personnalités militaires et politiques ne furent pas les seules victimes de l’attaque israélienne. Des citoyen·nes ordinaires ont également perdu la vie. Le mythe selon lequel « le Guide a éloigné l’ombre de la guerre de l’Iran » et « nous combattons en Syrie pour assurer notre sécurité à l’intérieur de nos frontières » s’est effondré en quelques heures. La vie des personnes ordinaires n’a pas été épargnée.
Trois jours avant la fin de la guerre, les États-Unis sont également entrés en guerre. Les trois principales installations nucléaires iraniennes, dont la construction avait coûté 500 milliards de dollars selon Mohammad Javad Zarif, ont été détruites par des bombes américaines anti-bunker.
Effondrement brutal
Au cours de ces douze jours, la République islamique a été confrontée à une situation qu’elle n’avait jamais connue, même dans ses pires cauchemars : un effondrement brutal, c’est-à-dire la possibilité d’un effondrement du système politique à la suite d’attaques visant ses propres dirigeants.
Vivre dans l’ombre de l’effondrement n’est certes pas nouveau pour le régime, mais pas de cette manière. Tout au long de son existence, la République islamique a craint l’effondrement. Pendant plus de quatre décennies, elle a traité presque toutes les formes d’opposition, à tous les niveaux, comme une menace pour la sécurité nationale et comme un projet de « renversement ». L’organisation politique, professionnelle, syndicale et partisane ; la publication de livres et de revues ; les cercles de lecture ; la visite des tombes des victimes de massacres : tout cela a été qualifié de tentative de « renversement ». Même si un·e étudiant·e publie un magazine en noir et blanc tiré à 300 exemplaires critiquant le Guide suprême ou des fonctionnaires de rang inférieur, l’appareil sécuritaire « fond comme un aigle » sur cet·te étudiant·e pour empêcher la tentative de « renversement ».
L’aigle sans griffes
Les agences de renseignement de la République islamique, si nombreuses et variées qu’elles ressemblent à un coffret de crayons Staedtler de 24 couleurs, ont pendant des décennies fait étalage de leur sécurité et de leur puissance, tout en tuant, en forçant à l’exil ou en réduisant au silence même les dissident·es les plus isolé·es.
En 2025, ce « jeu de l’aigle » et cette prétention à la « sécurité et au pouvoir » ont perdu leur couleur du jour au lendemain. Que s’est-il passé ? Oubliez la sécurité du peuple : la République islamique n’est même pas capable de protéger son propre dirigeant et les commandants du CGRI. Le roi était nu.
Peut-on avoir autant de crayons de couleur dans une boîte sans qu’aucun d’entre eux n’ait une pointe taillée ? Oui : aucun n’avait de pointe. Les gens avaient déjà dit que l’appareil de sécurité et de répression du régime fonctionnait principalement en fabriquant des dossiers contre les plus démuni·es, en fanfaronnant dans des ruelles désertes, mais entendre est une chose, voir en est une autre.
Nous n’avons pas besoin d’aborder le dossier nucléaire ou le mécanisme de rétablissement des sanctions pour compléter le tableau de la République islamique en 2025. Ce que nous avons déjà suffit.
Après la fin de la guerre des douze jours, Abdullah Ganji, une personnalité médiatique proche du CGRI et du Guide suprême, a invoqué le discours de Khamenei à l’occasion du Nowruz de 2020 pour attribuer les échecs du régime aux djinns, une classe d’êtres surnaturels dans les traditions islamiques et arabes. Il a écrit :
« Un phénomène étrange ! Après la récente guerre, des papiers contenant des talismans avec des symboles juifs ont été trouvés dans certaines rues de Téhéran… Il y a des années, le Guide suprême a déclaré que les pays ennemis et les services de renseignement occidentaux et hébreux utilisaient les sciences occultes et les djinns pour l’espionnage. »
Maintenant que même les djinns sont entrés dans l’histoire, il est peut-être approprié de terminer dans le langage familier de la République islamique, en rappelant l’histoire du prophète Salomon et de son armée de djinns.
Le palais de Salomon
Azrael, l’ange de la mort, vint au palais de Salomon et lui ôta la vie alors qu’il se tenait debout, face à sa ville peuplée de djinns et d’humains, appuyé sur son bâton. Selon le Coran et les textes religieux, Salomon exploitait les djinns autant qu’il le pouvait, et ces êtres malheureux aspiraient à être libérés. Pendant un certain temps, le corps sans vie de Salomon resta debout, face à la ville dont les habitant·es s’étaient plié·es à ses ordres. Le doute s’est répandu parmi les djinns et les humains : pourquoi Salomon ne s’assoit-il pas, ne mange-t-il pas, ne boit-il pas, ne bouge-t-il pas ? Pourtant, personne n’osait s’approcher de lui pour voir ce qui s’était passé. Sous le regard fixe de Salomon, bien qu’il fût sans vie, elles et ils continuaient à travailler et craignaient le cadavre, jusqu’à ce que, comme le dit le Coran, les termites reçurent l’ordre de ronger son bâton, et que le corps tombe face contre terre.
Résumons maintenant en une phrase ce qui est arrivé au régime cette année en utilisant la même histoire : Azrael a pris la vie de la République islamique en 2025, bien que son cadavre ne soit pas encore tombé ; dans le palais du pouvoir, un cadavre s’appuie sur un bâton, fixant la ville d’un regard vide. Le doute s’est installé dans le cœur des gens, et on peut entendre le bruit des termites qui rongent.








