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Laila Abed Ali, correspondante
En présentant sa nouvelle Politique internationale, le gouvernement du Québec affirme vouloir défendre plus ouvertement ses intérêts sur la scène mondiale. Le commerce, la sécurité économique et l’affirmation nationale deviennent alors les priorités de la province au plan international. Si ce virage répond à un contexte plus fragile, il soulève aussi des inquiétudes quant à la place accordée à la solidarité internationale.
Une diplomatie davantage tournée vers les intérêts du Québec
La nouvelle Politique internationale traduit un repositionnement de l’action internationale du Québec dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques et la montée du protectionnisme. Le gouvernement souhaite ainsi donner davantage de moyens au Québec pour défendre ses intérêts à l’étranger et s’adapter à un environnement mondial qu’il juge plus instable.
Concrètement, la politique prévoit de diversifier les partenariats commerciaux, d’attirer davantage d’investissements, de renforcer la présence du Québec sur la scène internationale et de mieux protéger les secteurs considérés comme stratégiques. Cela vient s’inscrire dans une tendance observée dans plusieurs États, où les enjeux économiques et de sécurité occupent une place croissante dans les relations internationales.
Au-delà des nouvelles mesures qu’elle propose, la politique marque également un changement de vocabulaire. L’utilisation explicite de la notion d’« intérêt national » illustre la volonté du gouvernement d’adopter une action internationale plus affirmée, centrée sur la défense des priorités du Québec.
L’économie devient la priorité
Sans surprise, l’économie occupe une place centrale dans la nouvelle politique. Le gouvernement souhaite réduire la dépendance du Québec envers le marché américain, qui absorbe encore la majorité des exportations québécoises. Les tensions commerciales des dernières années ont démontré les risques d’une trop forte concentration des échanges avec un seul partenaire. Le Québec entend donc diversifier ses relations commerciales en renforçant sa présence en Europe, dans la région indopacifique, en Afrique ainsi qu’en Amérique latine.
La politique met également beaucoup l’accent sur les secteurs jugés stratégiques, comme les minéraux critiques, l’intelligence artificielle, les technologies propres, l’aérospatiale ou encore les batteries électriques. L’objectif est autant d’attirer des investissements que de mieux protéger les chaînes d’approvisionnement québécoises dans un contexte international de plus en plus compétitif. La diplomatie économique devient ainsi un outil de développement, mais également un outil de sécurité.
Une présence internationale appelée à se renforcer
Au-delà du commerce, le Québec souhaite également accroître son influence politique. Il prévoit donc de renforcer le réseau diplomatique québécois, déjà composé d’une trentaine de représentations à travers le monde. La province veut également jouer un rôle plus actif auprès du gouvernement fédéral afin que les intérêts du Québec soient mieux pris en compte dans les négociations internationales.
La Francophonie demeure un axe important. On souhaite continuer à promouvoir le français comme langue internationale tout en soutenant la transmission de sa culture. La coopération internationale, quant à elle, n’est pas complètement absente de cette nouvelle vision. Le gouvernement confirme notamment le maintien du Programme de coopération climatique internationale ainsi que son soutien aux organismes québécois de coopération internationale. Cependant, ces engagements occupent une place beaucoup moins importante que dans les politiques précédentes.
Les inquiétudes du milieu de la coopération internationale
C’est précisément ce que souligne l’AQOCI dans sa réaction. L’organisation reconnaît — des éléments positifs, notamment l’engagement envers Haïti, le retour du financement de certains programmes de coopération dont le programme Québec sans frontières, l’attention portée à l’Afrique et la reconnaissance du travail des organismes québécois.
Toutefois, elle estime que la politique manque d’ambition sur plusieurs enjeux majeurs. Selon l’AQOCI, la solidarité internationale ne constitue plus une orientation centrale de l’action du Québec. L’organisation regrette également l’absence d’une approche féministe explicite, alors que plusieurs gouvernements utilisent aujourd’hui cette perspective pour orienter leur politique étrangère.
Elle souligne aussi le peu d’engagements concrets en matière de droits humains, de lutte contre les inégalités ou d’atteinte des Objectifs de développement durable des Nations Unies. Enfin, l’association déplore qu’aucun mécanisme ne soit prévu afin de s’assurer que les entreprises québécoises respectent les droits humains et les normes environnementales dans leurs activités à l’étranger.
Ces réserves illustrent le principal débat soulevé par la nouvelle politique : la volonté de mieux défendre les intérêts du Québec à l’international peut-elle se concilier avec les engagements de longue date de la province en matière de coopération internationale ?
À quoi faut-il s’attendre ?
Cette nouvelle politique marque donc un virage. En réduisant la politique internationale du Québec aux questions économiques et aux intérêts nationaux du Québec, la nouvelle politique s’éloigne plus encore de la philosophie originale de la doctrine Gérin-Lajoie qui constitue le fondement de la politique internationale du Québec et qui se définit comme le prolongement de ses compétences dans la fédération canadienne*.
Dans les prochaines années, il est probable que le Québec multiplie les missions économiques, développe de nouveaux partenariats commerciaux et cherche à accroître son influence auprès de partenaires étrangers. La coopération internationale restera présente, mais elle risque davantage d’être intégrée aux objectifs économiques et stratégiques du gouvernement.
Ce repositionnement reflète une tendance observée dans plusieurs pays, où les gouvernements accordent une importance croissante à la sécurité économique et à la défense de leurs intérêts nationaux.
Il reste donc à voir comment le gouvernement répondra à l’arbitrage entre cette logique d’intérêt national et les valeurs de solidarité internationale qui ont longtemps occupé une place importante dans l’action internationale du Québec. C’est probablement sur cette question que se concentreront les principaux débats au cours des prochaines années.
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*Morin, Claude 1987, L’art de l’impossible : la diplomatie québécoise depuis 1960, Montréal, Éditions du Boréal. p. 30.







