L’automne dernier, près d’un millier de personnes et d’organisations ont signé un texte paru dans le journal Le Devoir. Il dénonçait la montée de l’autoritarisme et les dérives des gouvernements. Il appelait à faire front lors de la manifestation du 29 novembre.
Ce printemps, nous lâcherons la main de personne. Devant l’urgence, il n’est plus possible de dissocier nos luttes ; notre réponse doit être radicalement solidaire. Le 3 juin prochain, sera lancé la Mosaïque des résistances lors d’un événement qui accueillera plusieurs invité·es, dont Naomi Klein. Ce nouveau réseau se propose notamment de contribuer au éveloppement des convergences des luttes. Pendant la journée, se tiendront des ateliers et des formations avec des camarades de partout dans le monde pour mieux organiser nos luttes et se solidariser.
Signez l’appel à la convergence d’ici le 10 mai
Comme première action, la Mosaïque des résistances invite à signer un appel à la convergence dès que possible (à titre individuel ou au nom de votre organisation), ainsi qu’à participer aux différentes actions, rencontres et mobilisations prévues à partir de ce printemps (la liste sera mise à jour régulièrement). On trouvera aussi un appel à propositions pour proposer des activités dans le cadre de la journée d’actions et de mobilisations du 3 juin prochain. Voici le texte de l’appel.
Personne ne lâche la main de personne* :
un appel à la convergence – Mosaïque des résistances
Ce printemps, des associations pour la défense des droits, des coalitions, des organismes communautaires et de solidarité internationale, des syndicats, des écologistes, des artistes et d’autres citoyen·nes appellent la population à se joindre massivement à un mouvement large pour faire front à la montée du fascisme et de l’extrême droite.
Notre monde ne va pas bien. Les crises se multiplient et se conjuguent, qu’elles soient sociales, économiques, écologiques, sanitaires ou politiques. Pendant que la planète brûle, les décisions et les actions de nos gouvernements nous poussent vers de nouveaux points de bascule, de plus en plus critiques, irréversibles.
Il est minuit moins une. Le communautaire est à boutte, les syndicats sont en révolte, les mouvements féministes s’inquiètent de l’avancée de la misogynie et de l’islamophobie, les peuples autochtones constatent un recul dans la reconnaissance de leurs droits et de leur souveraineté, les groupes pour la justice migrante se mobilisent contre une montée de politiques xénophobes, les écologistes se butent à une vague de dérégulation, les personnes 2ELGBTQI+ s’inquiètent de la recrudescence de manifestations transphobes et homophobes, et les organismes de solidarité internationale se voient suspendre leurs maigres financements.
Chaque jour, les glissements s’accélèrent : transgression de la démocratie, saccage du filet social, démantèlement des contre-pouvoirs, piétinement du droit international, destruction des territoires et du vivant.
Des inégalités obscènes
Depuis des décennies, le capitalisme néolibéral approfondit les inégalités sociales, économiques et territoriales et enrichit les plus nanti·es. À l’heure actuelle, une poignée d’ultrariches (soit 0,001 % de la population mondiale) contrôlent trois fois plus de richesse que la moitié de l’humanité. Selon l’Observatoire québécois des inégalités et le Centre canadien des politiques alternatives (CCPA), les vingt et un·e chef·fes d’entreprise les mieux payé·es du Québec gagneront 236 fois plus que le salaire annuel moyen en 2026.
À mesure que l’État se désengage et impose ses mesures d’austérité, les services publics s’appauvrissent, l’accès aux soins de santé se rétrécit, la crise du logement et de l’itinérance s’aggrave, les personnes vivant des injustices sont abandonnées. De plus en plus de Québécoises et de Québécois ont du mal à joindre les deux bouts.
Devant le mécontentement populaire, les pouvoirs politiques font des personnes migrantes et des minorités les boucs émissaires des crises sociales en créant une stratégie de diversion qui vise à maintenir ces inégalités. En même temps, ils encouragent l’exploitation de leur travail à de mauvaises conditions et à de bas salaires et sacrifient ainsi, couche par couche, les populations les plus précaires.
Un autoritarisme galopant
Au Québec comme au Canada, on constate un tournant autoritaire et démagogique. Les projets de loi se suivent les uns après les autres et s’ajoutent à d’autres mesures dictées par une même logique : il s’agit d’affaiblir nos institutions démocratiques et de réduire au silence les voix critiques capables d’exprimer des désaccords légitimes et de défendre les droits. S’attaquant à des droits qu’on croyait acquis, tout un arsenal de lois antisociales et antisyndicales fragilise les conditions de travail, marginalise les populations les plus défavorisées et discriminées, nourrit la peur et favorise la montée d’un climat raciste, discriminatoire et islamophobe. Souvent adoptées sous bâillon, ces politiques détruisent les bases de notre démocratie pour répondre aux intérêts d’élites économiques. Cette tendance s’accompagne d’une nouvelle vague de déréglementations qui vise à accélérer la réalisation de mégaprojets dans les secteurs nucléaire, minier et des énergies fossiles.
Une guerre totale contre la nature
La planète entière est en danger imminent. Aujourd’hui, l’extractivisme — modèle économique qui repose sur l’exploitation industrielle et prédatrice des forêts, des océans et des mines — nourrit un système de plus en plus inégalitaire. Avec une force renouvelée, les entreprises extractives du Canada continuent de faire des ravages partout sur la planète : elles détruisent le territoire et le vivant, brutalisent le corps des femmes, usurpent les savoirs indigènes et donnent le plein contrôle de nos données personnelles aux géants du numérique. Sans égards à la souveraineté des pays concernés, elles exportent les profits et sèment la destruction.
Pilier de la domination coloniale, ce système d’exploitation intensive affecte surtout les peuples autochtones et les populations du Sud global qui, pour survivre, sont forcés à l’exil. Au lieu de reconnaître notre responsabilité envers ces populations déplacées, on répond par une fermeture et une militarisation des frontières.
Une course aux armements
Du génocide à Gaza jusqu’aux attaques contre l’Iran, le Liban et la Syrie, les guerres d’agression menées par Israël et les États-Unis ont provoqué une escalade catastrophique et ont révélé le pire de l’humanité. La fiction d’un ordre fondé sur les règles et le droit ne tient plus : plus que jamais, c’est le pouvoir de la mort qui fait loi.
En dépit de l’opposition populaire, cette logique d’agression sans fin continue d’obtenir l’approbation de nos dirigeant·es qui nous entraînent dans une course inexorable aux armements. En s’appuyant sur la nouvelle Stratégie industrielle de défense du Canada, on détourne des milliards de dollars des budgets pour le climat et le développement social et économique. Alors que l’on continue de faciliter la vente d’armes à des pays accusés de crimes de guerre et de génocide, nos économies se militarisent et nos cibles écologiques reculent. Mis de l’avant par le gouvernement Carney, et salué par le gouvernement du Québec, ce virage dangereux risque de nous plonger dans un nouveau cycle d’austérité, de guerres, de répression et d’agressions où prime le droit du plus fort.
Tandis que l’intelligence artificielle flirte dangereusement avec l’industrie militaire et que les centres de données explosent, les plus grands spécialistes du numérique tirent la sonnette d’alarme sur les risques existentiels de cette technologie.
C’est l’heure de vérité et le temps de converger
Plus de quarante ans de néolibéralisme ont conduit à une fragmentation sociale et à un sentiment généralisé d’impuissance. Or, devant l’urgence, il n’est plus possible de dissocier nos luttes. Aujourd’hui, l’expansion de l’extrême droite et du fascisme appelle à la construction d’un mouvement politique fort et pluriel autour d’une vision de la société qui est émancipatrice, juste, décoloniale, inclusive, féministe et écologique.
Le 29 novembre dernier, nous avons été des dizaines de milliers dans la rue pour dénoncer la montée de l’autoritarisme et les atteintes aux droits de la personne. Ce printemps, nous lâcherons la main de personne. Devant la brutalité de notre époque, nous continuerons de résister, de contester et de nous rebeller. Notre réponse sera radicalement solidaire. Ensemble, nous formerons une mosaïque de résistances pour faire front aux dérives autoritaristes et aux lois réactionnaires de nos gouvernements. Car notre avenir collectif et celui de notre planète en dépendent.
À partir d’avril, une série d’actions et de rencontres jetteront les bases de cette riposte plurielle.
Note:
* Ce titre s’inspire du slogan emblématique porté par les mouvements de contestation après l’élection de Jair Bolsonaro au Brésil en 2018.









