Amphitéâtre des plénières crédit photo Éric Toussaint CADTM

André Frappier, collaboration

En provenance de 40 pays, 4 000 personnes étaient inscrites à la première Conférence internationale antifasciste qui s’est tenue du 26 au 29 de mars dernier à Porto Alegre dans l’État Rio Grande do Sul au Brésil. Porto Alegre a été choisi pour tenter, vingt-cinq ans après le premier Forum social mondial, de reconstituer une sorte d’internationale antifasciste face à la montée de l’extrême droite dans le monde.

Un forum spécifique pour les responsables politiques et les parlementaires, un nombre impressionnant de 150 activités autogérées, 11 tables rondes thématiques, les quatre jours ont été un événement remarquable de débats, d’échange et d’espoirs de convergences pour la lutte contre le fascisme et l’extrême droite dans le monde. L’appel à la conférence a reçu l’appui de dirigeants et dirigeantes de partis de gauche à travers le monde, et en particulier l’Europe, notamment, Jean-Luc Mélenchon de la France insoumise (LFI) et Olivier Besancenot du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) en France, Jeremy Corbyn et Zahra Sultana de Your Party au Royaume-Uni et Yanis Varoufakis du Front européen de la désobéissance réaliste (MERA 25) en Grèce.

Une importante participation européenne

L’Europe était aussi représentée par des député.es de différentes formations du Parlement européen, tels le Parti communiste portugais, le Mouvement Sumar (Mouvement Rassembler) d’Espagne, le Bloc nationaliste galicien (BNG) ou de la LFI, ainsi que par des délégations de la Quatrième Internationale (QI) et de différentes organisations de la QI venues de Suisse ou du Danemark.

Le Réseau européen de solidarité avec l’Ukraine était également présent ainsi que des groupes antifascistes français : Après, Attac, Le Digue et Jovem Guarda. On retrouvait aussi des parlementaires du Mouvement Sumar d’Espagne, des directions et des parlementaires du Parti des travailleurs de Turquie. La délégation argentine était la plus nombreuse avec près de 200 personnes, composée du comité avec Ventos do Povo et le Mouvement des sans-terre (MST).

Du Royaume d’Espagne, on retrouvait des personnes représentantes de syndicats basques et galiciens. Une membre de la direction de la CUP en Catalogne, Ana Miranda, députée européenne du BNG et Estrella Galán pour le Mouvement Sumar ont été les seules forces de gauche d’envergure nationale présentes au forum en provenance de la péninsule ibérique.

L’organisation Democratic socialists of America en est un autre exemple parlant : une organisation en pleine croissance, au sein duquel le courant Bread & Roses a joué un rôle central. De plus, la présence des jeunes a également constitué une belle et essentielle reconnaissance intergénérationnelle.

La clé du succès de la conférence

L’unité entre le Partido Socialismo e Liberdade — PSOL du Rio Grande do Sul et le Partido dos Trabalhadores — PT de Porto Alegre, à laquelle se sont joints par la suite d’autres groupes tels que le PcdoB (Parti communiste du Brésil), le MST brésilien et Andes, ce dernier étant chargé, avec la Fondation Lauro Campos et Marielle Franco, la Fondation Rosa Luxemburg et un effort du MES-PSOL (MES pour Movimento Esquerda Socialista), d’assurer la structure de la rencontre. La portée internationale n’a été possible que grâce à l’effort global déployé par le Comité pour l’abolition des dettes illégitimes (CADTM), avec le camarade Eric Toussaint à sa tête, pour mettre en relation la IVe Internationale, représentée par des dizaines de sections et de membres.

Le CADTM était représenté par des délégations venues d’Afrique et d’Asie, notamment avec des délégations d’Afrique du Sud, du Mali, du Congo, du Kenya, de Côte d’Ivoire, du Maroc, d’Inde, du Pakistan et des Philippines. Deux autres délégations très spéciales, qui ont mené une bataille décisive pour la défense des principes internationalistes, étaient celles de Russie et d’Ukraine, liées au Réseau de solidarité européenne avec l’Ukraine et à l’opposition marxiste en Russie.

Bien que la délégation ukrainienne n’ait pas eu la parole lors des séances plénières, leur présence — ainsi que plusieurs de l’opposition socialiste russe à la guerre — a été soulignée par les membres du MES, notamment lors de la clôture de la conférence, prononcée par Roberto Robaina, un ex-ministre des affaires étrangères de Cuba, exclu du gouvernement au début des années 2000.

Une nouvelle ère de collaboration au plan international

Le succès de la conférence constitue un progrès et ouvre une nouvelle ère de collaboration entre les partis, les syndicalistes et les individus d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud, ainsi qu’avec les réseaux européens. Trois décisions ont été adoptées à la clôture de la conférence :

  • créer un groupe Google regroupant les participants et participantes à l’atelier — organisations et individus — afin de rester en contact au sujet des camarades, des actualités et des campagnes en Ukraine ;
  • échanger les articles et les rapports que nous rédigerons sur la conférence concernant l’Ukraine ;
  • participer aux réunions mensuelles organisées par l’ENSU à une date convenant aux Amériques, soit le premier samedi de chaque mois.
Après la présentation de la déclaration finale @ crédit photo CADTM

La déclaration finale offre une analyse de la menace fasciste actuelle et de la montée de l’agression impérialiste. : « Nous combattons toutes les formes d’impérialisme et soutenons la lutte des peuples pour l’autodétermination par tous les moyens nécessaires. » La déclaration souligne la nécessité de l’unité malgré les différences :

« Les forces qui combattent la montée de l’extrême droite sont diverses et ont des analyses, des stratégies, des tactiques, des programmes et des politiques d’alliance différents. L’expérience nous enseigne que, tout en reconnaissant ces différences, il est essentiel d’organiser une lutte unie contre nos ennemis. »