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Claire Comeliau, correspondante
Le 24 avril dernier, l’État de droit a encore subi une attaque à Tunis, avec la suspension soudaine, pour un mois, de la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme (LTDH). Cette décision des autorités tunisiennes s’inscrit dans la continuité de la gouvernance liberticide de Kaïs Saïed qui persiste et se durcit même ces dernières années.
Démantèlement du pluralisme politique
Depuis 2021 et le « coup de force constitutionnel » du président tunisien, c’est l’arbitraire qui gouverne le pays. Les principales décisions des autorités sont manifestement destinées à la destruction de toute opposition ou contestation politique, en témoignent les attaques frontales contre l’Union Générale Tunisienne du Travail qui avaient ébranlé Tunis en août 2025. Un régime hyper-liberticide se met en place : démantèlement du pluralisme politique avec emprisonnement des opposants, censure médiatique, hyper-présidentialisation, attaques envers le syndicalisme et les droits des travailleuses et travailleurs… Kaïs Saïed continue sans relâche ses politiques autocratiques où toute instance démocratique est asphyxiée et tout contre-pouvoir étranglé.
Suspension arbitraire de la LTDH
Dans la lignée de ces dernières politiques antidémocratiques, les autorités tunisiennes ont donc annoncé le 24 avril dernier la suspension pour un mois de toute activité de la LTDH. Cette association, fondée en 1976, est la doyenne de la Ligue des droits de l’Homme en Afrique et dans le monde arabe, symbolisant le pluralisme politique et la résistance de la société civile contre les dérives autoritaires. Elle a pour objectif la défense et le respect des droits de l’homme en Tunisie et a joué un rôle central dans la transition démocratique du pays pour lequel elle a reçu le prix Nobel de la paix en 2015.
Le gouvernement justifie cette décision par d’hypothétiques irrégularités administratives relatives à des financements étrangers et soutient donc agir au nom de la protection de la souveraineté nationale, un argument déjà avancé à maintes reprises pour justifier l’interruption des activités d’organisations ou de syndicats. Ces justifications peinent à convaincre la communauté internationale, témoin de l’évolution inquiétante de la démocratie tunisienne ces dernières années. Il paraît évident que Kaïs Saied a pour seule ambition de renforcer sa main de fer sur le pouvoir et qu’il tente de le faire sous couvert de protection de la souveraineté nationale.
Attaque contre la société civile
La société civile est la première victime de cette décision qui entrave les libertés fondamentales. La justice tunisienne aussi en fait les frais. S’il est devenu évident que les autorités ne se soucient pas du respect des lois et que le pouvoir judiciaire n’est maintenant plus indépendant, cette suspension reste fondamentalement illégale sur le plan juridique. Le Décret-loi 88 par exemple, relatif aux associations s’en trouve, complètement transgressé, puisqu’il stipule que « Le présent décret-loi garantit la liberté de constituer des associations, d’y adhérer, d’y exercer des activités et le renforcement du rôle des organisations de la société civile ainsi que leur développement et le respect de leur indépendance. » Au niveau international, cette suspension enfreint aussi de nombreux engagements de la Tunisie en matière de libertés fondamentales, comme l’article 21 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques aux Nations Unies, ratifié par la Tunisie et adopté en 1966.
D’ailleurs, les membres de la LTDH ont immédiatement réagi dans un communiqué en condamnant fermement la décision des autorités de geler les activités de l’association. Ils rappellent la violation flagrante de la constitution que constitue une telle décision qui, de surcroît, s’inscrit dans un climat de répression politique et d’étranglement de toute activité syndicale ou d’organisation engagée.
Appel au soutien de la LTDH
Dans son communiqué, la LTDH appelle aussi toutes les associations et les composantes démocratiques et progressistes de la société civile à s’unir au nom de la défense de l’association, de la liberté et des droits humains.
Au niveau international, le Président de la Fédération Internationale pour les Droits Humains (FIDH) Alexis Deswaef dénonce l’attaque contre la société civile tunisienne et exprime son soutien indéfectible à la LTDH. Il rappelle que la lutte pour les libertés est une responsabilité collective et exprime ainsi sa gratitude et sa reconnaissance envers celles et ceux qui choisissent de donner leur voix pour la justice et la défense de la dignité et des droits. Pour que ceux-ci ne faillissent pas, pour qu’aucun compromis ne soit nécessaire, chaque acte de solidarité compte : il est donc de notre devoir de dénoncer cette offensive contre les libertés fondamentales qui s’inscrit dans une nouvelle dérive autoritaire.









