Haïti : depuis le séisme d’août

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Herold Constant, 6 septembre 2021

 

La situation socio-politique après Jovenel Moise

Le 07 juillet 2021, l’ex-président d’Haïti, Jovenel Moise, dont le mandat a pris fin le 07 février 2021, fut assassiné dans sa résidence privée à Pétionville. Selon un rapport du Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH), Jovenel Moise a été trahi par ses propres responsables de sécurité. Après son assassinat, son ex-premier ministre en fonction (Claude Joseph) et celui qu’il a nommé tout juste avant sa mort (Ariel Henry) se sont engagés dans un bras de fer pour le pouvoir. La communauté internationale avait d’abord tranché en choisissant Claude Joseph, avant de l’écarter environ une semaine plus tard pour faire place à Ariel Henry tout en laissant le siège présidentiel vide. Après son installation, ce gouvernement de facto a affirmé qu’il maintenait les principaux projets de Jovenel Moise, qui consistaient à organiser des élections et un référendum pour changer la constitution du pays avant 2022.

Il convient de noter que ces choix successifs ont été faits par le Core Group sans considération des initiatives de concertation des différents secteurs de la vie nationale, amorcées bien avant la disparition de Jovenel Moise. Ce gouvernement de facto est donc imposé au peuple haïtien. Divers secteurs de la société ont plutôt protesté et dénoncé cet acte d’ingérence. Entre temps, les concertations visant à trouver une entente nationale « haïtienne » se sont poursuivies. La semaine passée, plusieurs partis politiques ont signé un accord promouvant le sénateur Joseph Lambert comme président provisoire malgré son passé très douteux.

D’un autre côté, en dépit de l’emprisonnement de quelques dizaines de présumés impliqués (dont une vingtaine de policier), aucune lumière réelle n’est encore faite sur ce crime. Le dossier reste flou. Le doute plane même sur le pouvoir en place, ainsi que les autorités policières et judiciaires. Quelques semaines après avoir été nommé, le premier juge chargé d’instruire le dossier d’assassinat de l’ex-président a dû se retirer de l’affaire sans vraiment donner d’explications valables. Après des jours de tractation, un deuxième du nom de Garry Orélien, bien que peu expérimenté, a été nommé. Comme première action, ce dernier a fait comparaître au cabinet d’instruction le vendredi 3 septembre le coordonnateur de la sécurité de l’ex-président, qui est un des principaux suspects. À noter que dans le cadre de ce dossier, un jeune greffier est déjà assassiné.

Après une courte trêve volontaire (sans une cessation totale) observée en faveur des victimes du séisme du 14 août, les gangs armés recommencent leurs activités de terreur. Le Nouvelliste (02 septembre 2021) rapporte que, le jeudi 02 septembre, des gangs armés ont créé une grande panique dans plusieurs zones de la Capitale pour protester contre l’assassinat du no2 du gang « Krache dife » tué récemment par la police à Delmas 75. Au moins une personne a été tuée dans cette occasion. Le dimanche 5 septembre, on a enregistré au moins deux cas d’enlèvement et une fusillade a encore fait un mort et trois blessés (Le National, 06 septembre 2021). Dans la matinée du 6 septembre, un deuxième haut cadre du secteur bancaire a été encore enlevé à la capitale. Malgré de grosses promesses creuses, le gouvernement en place fait toujours preuve d’inaction. La fédération G-9 exigent d’ailleurs le départ de Ariel Henry.

Le séisme du 14 août : bilan et perspectives

Le 14 août dernier, un séisme de magnitude 7,2 a frappé la côte sud du pays. Même en étant moins meurtrier que celui de 2010, le séisme qui a frappé la côte Sud d’Haïti a causé des dégâts incalculables. Bilan : plus de 2.207 personnes tuées et 344 portées disparues; plus de 130.000 maisons détruites et endommagées. Après cette catastrophe, les instances chargées de protéger et de secourir la population étaient dépassées par manque de préparation, d’expertise, d’équipements et de ressources. Les familles se sont débrouillées seules, solidairement, en développant leurs propres stratégies de sauvetage avec techniques et des équipements rudimentaires.

Après plusieurs de jours sans secours, l’aide humanitaire a finalement été acheminée aux victimes. Plusieurs ONG internationales sont actuellement sur le terrain. Le feu vert provisoire accordé à Martissant par les gangs armés en a été favorable. Toutefois, certains milieux ruraux reculés demeurent encore niés.

Dans la foulée, le gouvernement de facto en place reste très inactif. Mais  les dons et promesses internationaux se multiplient. Outre les 40 millions de dollars bénéficiés dans le cadre du programme « Mécanisme d’assurance contre les risques liés aux catastrophes dans les Caraïbes (CCRIF SPC) », le Venezuela a accordé environ 60 tonnes d’aide humanitaire; le Vatican a octroyé 200 000 Euros; le Canada a donné 5 millions de dollars; l’Union Européenne a promis un don de 3 millions d’Euros. Le gouvernement en place a mis en place un plan étudier les besoins de la population. Mais selon plusieurs observateurs, comme en 2010, il n’y a aucune coordination dans la distribution de l’aide. Ce qui laisse présager un autre échec imminent.

Sources :