HAÏTI : DICTATURE, RÉPRESSION ET RÉSISTANCES (revue de la semaine 22-29 mars 2021)

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Hérold Constant, 29 mars 2021

Dossier Petit-Bois : libération de 15 des 17 prisonniers politiques arrêtés pour « tentative de coup d’état »

Après leur arrestation dans la nuit du 6 au 7 février 2021 sous prétexte de « tentative de coup d’état », 15 des 17 prisonniers politiques restants ont été enfin libérés le 24 mars dernier. « 48 heures après l’arrêt-ordonnance de la cour d’appel de Port-au-Prince ordonnant la libération des personnes accusées de complot contre la sûreté intérieure de l’État, elles ont finalement été libérées, suite à une décision de cette cour rendue en leur faveur » (Le Nouvelliste,26 mars 2021). Il faut noter que ces personnes ont été retenues en prison alors que le principal concerné, le juge de la cour de cassation nommée Yvickel D. Dabrésil a été libéré depuis le jeudi 11 février. Cependant, plusieurs dizaines d’autres prisonniers politiques du régime de facto restent encore derrière les barreaux dans divers centres pénitenciers du pays. La fondation « Je Klere » spécialisée dans la défense des droits humains souhaite des éclaircissements sur les récentes évasions dans les prisons civiles d’Haïti, notamment aux commissariats de Croix des Bouquets et des Gonaïves.

La Police Nationale d’Haïti (PNH) en processus d’effondrement ?

Durant ces dernières années, la Police Nationale d’Haïti connait une énorme crise interne. Après l’échec de l’opération qui a conduit à la mort de plus 5 policiers à Village-de-Dieu (12 mars), la situation a empiré. Car, selon certains policiers, cette opération a été planifiée avec légèreté et manque de professionnalisme. Jusqu’à présent, le corps de ces policiers assassinés est encore en possession des gangs armés. Cette situation a soulevé la colère du groupe « Fantom 509 », qui, en signe de protestation a organisé des plusieurs manifestations dans les rues de la capitale. À l’occasion d’une leur manifestation, le gang armé dénommé G9 a partiellement pillé et incendié l’entreprise Universal Motors dirigé par un des opposants du régime en place, la direction de PNH allait pourtant accuser les policiers protestataires de « Fantom 509 » de la responsabilité de cet incident. Le dernier mouvement du lundi 22 mars a occasionné la mort d’un autre agent dans le camp de la PNH. En signe de représailles, sans une enquête approfondie, la direction de l’institution a émis des avis de recherche internationale contre des policiers suspectés d’appartenir à « Fantom 509 ». Ainsi, le 27 mars passé, l’ancien porte-parole du syndicat de la PNH a été arrêté chez lui.  Cela a provoqué une grande panique dans le centre-ville de Port-au-Prince, où la population a érigé des barricades enflammées. Selon l’historien Georges Michel, « la PNH est au bord du gouffre ».

Résistances au projet dictatorial du régime PHTK

Face à la crise socio-économique et politique actuelle du pays, mais aussi de corruption généralisée, la communauté des jésuites d’Haïti a exhorté dans une note publique les forces vives de la nation à se mettre debout « pour refaire la geste de 1804 et lancer ainsi ce vaste mouvement de renaissance nationale qui redonnera espoir et dignité à notre peuple ». Elle a aussi appelé les acteurs internationaux à prendre des « décisions appropriées, dans le strict respect des principes démocratiques fondamentaux, pour aider à sauver ce pays ». L’ancien sénateur Steeven Benoit accuse le régime en place de la violation systématique de la constitution et a appelle la population à la résistance.

De concert avec divers secteurs de la société civile, l’opposition politique a annoncé trois journées de mobilisation contre la dictature de Jovenel Moise (28, 29 & 30 mars) à l’occasion de la 34e anniversaire de la constitution de 1987, violé par ce dernier en restant au pouvoir après la fin de son mandat. Avec l’appui des organisations progressistes, la diaspora haïtienne a aussi lancé une journée une journée de mobilisation internationale (USA, Canada, France, etc.) contre la dictature en Haïti (29 mars). Du côté d’Haïti, une importante foule a défilé dans les rues de la capitale lors de la première journée (28 mars). Le Figaro et AFP (28 mars 2021) rapportent que « Des milliers d’Haïtiens ont manifesté dimanche dans la capitale pour dénoncer le projet de référendum constitutionnel porté par le président et pour critiquer la communauté internationale qui soutient le pouvoir en place, accusé d’imposer une nouvelle dictature ». La manifestation a démarré avec des milliers de protestataires venus de plusieurs quartiers populaires de la région métropolitaine de Port-au-Prince pour réclamer le départ immédiat de Jovenel Moise.

Préoccupation de la communauté internationale concernant la situation d’Haïti  

Dans une déclaration rendue publique le 24 mars 2021, le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU) « exhorte les autorités haïtiennes à « opposer d’urgence une réponse coordonnée, pour montrer qu’elles sont déterminées à remédier à la détérioration des conditions de sécurité dans le pays », (Extrait, AlterPresse, 24 mars 2021).

Économie et société 

La misère qui sévit en Haïti actuellement est intolérable (Éditorial Haïti Liberté, 24 mars 2021). La corruption s’installe au plus sommet de l’État. … Malgré les mesures de stabilisation de la Banque Nationale d’Haïti (BRH), la monnaie nationale continue de perdre de la valeur par rapport au dollar américain. « Sur les six premiers mois de l’exercice fiscal en cours, la gourde a perdu 18,87% de sa valeur. Entre le 30 septembre 2020 et le 23 mars 2021, le taux de référence est passé de 65,9193 à 78,3574 gourdes » (Extrait, Le Nouvelliste, 26 mars 2021). Le 27 mars 2021, il fallait 79,17 gourdes pour un dollar us. Entre temps, la Banque de la République d’Haïti (BRH) prépare un virage vers une monnaie numérique. Face à la dégradation des conditions de vie,  des « ouvrières et ouvriers du Parc industriel Caracol se préparent à entamer une grève à partir du lundi 29 mars 2021 pour protester contre certaines mesures prises par les patrons à l’encontre de leurs droits », (Extrait Haïti Liberté, 24 mars 2021).