tiré d’Haïti magazine du collectif Dèyè Mòn Enfo
Depuis le 30 avril — après neuf jours de grève le mois dernier menés par des employé.es d’usines de Port-au-Prince et de Ouanaminthe, qui comptent parmi les plus importantes du pays — le gouvernement accepte enfin de s’asseoir avec certaines fédérations syndicales et associations paysannes afin d’envisager une hausse du salaire minimum.
«Après la décision du gouvernement [début avril] d’augmenter le prix de l’essence, les ouvriers et ouvrières ont senti qu’ils ne pouvaient plus absorber la hausse du coût de la vie», explique Télémarque Pierre, coordonnateur général de la fédération ESPM-Batay Ouvriye, joint au téléphone hier matin, juste avant une autre journée de négociations avec le gouvernement.
Forte croissance de l’inflation
Depuis le début de la guerre entre groupes criminels et autorités, il y a cinq ans, l’inflation annuelle oscille autour de 30 %. Le salaire minimum, lui, n’a pas augmenté depuis 2022 : 685 gourdes par jour, soit un peu plus de 7 dollars canadiens (ou 5 dollars US).

La mobilisation s’est ouverte par trois jours de grèves dans les usines, à la mi-avril, suivis de trois jours de grèves, entre les 20 et 22 avril, et enfin de trois autres jours de grèves et de manifestations les 29 avril, 30 avril et 1er mai, journée internationale des travailleuses et des travailleurs (fériée en Haïti).
Le gouvernement a proposé aux employé.es des usines, lors des négociations qui ont débuté cette semaine, un salaire minimum journalier de 1 000 gourdes (un peu plus de 10 dollars canadiens, ou 7,60 USD). Ce n’est pas suffisant, affirme M. Pierre. Vu la montée vertigineuse du coût de la vie, les syndicats demandent plutôt 3 000 gourdes par jour.
«1 000 gourdes ne peuvent pas répondre aux besoins de base pour se nourrir», explique le syndicaliste. À titre de comparaison, 1 000 gourdes suffisent à peine à payer un plat de riz et de viande acheté dans la rue à Port-au-Prince.
En Haïti, le salaire minimum est fixé par le gouvernement selon une grille selon le type d’emploi. Cette proposition de 1 000 gourdes par jour s’appliquerait aux emplois de base des usines. Dans les catégories moins rémunérées, le gouvernement propose de faire passer le salaire des travailleuses domestiques de 350 à 500 gourdes et celui des agent.es de sécurité de 615 à 925 gourdes.
Pour un salaire minimum de 3 000 gourdes par jour (30 $ CA – 20 Eu)
Ces négociations se tiennent avec le ministère des Finances et le ministère des Affaires sociales et du Travail, dans les bureaux du Fonds d’assistance économique et sociale (FAES).
«Les revendications des travailleurs et travailleuses sont : un salaire minimum plancher de 3 000 gourdes, sans nouvelle augmentation de tarifs; la baisse le prix du gaz; et que tous les employé.es révoqués arbitrairement et illégalement aux usines de CODEVI soient réintégrés, dans le respect de la liberté syndicale.»
Une cinquantaine de responsables syndicaux et d’employé.es lors de la grève auraient en effet été mis à la porte par des usines de Ouanaminthe à la suite des manifestations.
«On lance un appel à tous et toutes: restez mobilisé.es, conclut-il. Nous menons des concertations pour que les syndicats adoptent une position officielle sur les propositions du gouvernement.»
Les usines des zones franches de Port-au-Prince (SONAPI) et de Ouanaminthe (CODEVI) produisent des biens pour Haïti, mais surtout pour l’Amérique du Nord, comme, à titre d’exemple, des t-shirts à bas prix.










