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Shaïl Abdoulhoussen et Ronald Cameron

Chaque année depuis 1994, la Journée mondiale de la liberté de la presse est célébrée le 3 mai. Proclamé par l’Assemblée générale des Nations Unies, cet événement vise à rappeler aux gouvernements qu’ils sont dans l’obligation de respecter la liberté de la presse et la liberté d’expression. Cette journée est également l’occasion de célébrer les principes fondamentaux de la liberté de la presse, de l’évaluer à travers le monde, de défendre l’indépendance des médias et de rendre hommage aux journalistes qui ont perdu leur vie dans l’exercice de leur profession. Or tout indique qu’elle est fortement menacée…

Entre criminalisation du journalisme, pressions politiques, crise économique des médias ainsi que violences et conflits, la liberté de la presse constitue aujourd’hui un enjeu démocratique essentiel.

Plus de la moitié des pays bafoue la liberté de la presse

Chaque année, Reporters sans frontières» (RSF) établit un portrait de la situation dans le monde. L’ONG de défense de la liberté de la presse depuis plus de 25 ans établit un palmarès suivant un classement en fonction de leurs situations : «bonne», «plutôt bonne», «problématique», «difficile» ou «très grave». Or le score moyen «n’a jamais été aussi bas. Plus de la moitié des pays du monde (52 %) sont en situation “difficile” ou “grave” pour la première fois dans l’histoire du classement», alors qu’ils n’étaient qu’une minorité (13,7 %) en 2002.

Le classement de RSF évalue les pays selon le cadre légal, le critère de sécurité et les contextes politique, économique et socioculturel. Le cadre légal est le facteur le plus critique en 2026 en raison de l’usage de lois restrictives par certains gouvernements pour restreindre la liberté d’informer. C’est au nom de la lutte contre le terrorisme que les gouvernements font un usage abusif de certaines lois contre les journalistes.

Une répartition inégale dans le monde

À la tête du classement de 2026, on retrouve la Norvège, qui occupe la 1re place pour la 10année consécutive, en deuxième les Pays-Bas suivis de l’Estonie, du Danemark, de la Suède, de la Finlande et de l’Irlande. Ces pays ont comme points communs des institutions démocratiques solides, un haut niveau d’éducation, un cadre légal qui est protecteur envers la population et des médias qui sont relativement stables.

Cependant, même si l’Europe reste la région où la liberté de la presse est la mieux respectée, il existe des exceptions qui ne jouissent pas de ce niveau de liberté.

Les États-Unis, sous la présidence de Donald Trump, sont passés de la 57e à la 64e place en raison du positionnement de leur président face aux médias. Le président Trump a de nombreuses fois attaqué directement les journalistes et la presse. Un phénomène qui s’est également propagé dans plusieurs pays voisins comme l’Argentine de Javier Milei ou le Salvador de Nayib Bukele qui ont enregistré un recul significatif de la liberté de la presse.

La criminalisation du journalisme s’est également renforcée : le contournement du droit de la presse et le dévoiement de lois d’exception ont atteint un niveau élevé notamment en Israël, en Inde et en Égypte. Depuis le 1er janvier 2026, 13 journalistes ont été tué.es.

La France et le Canada maintiennent leur position

La France et le Canada s’en sortent plutôt bien. La première consolide son cadre légal en restant à la 25place depuis 2025. Les journalistes sont néanmoins toujours touché.es lors des manifestations avec les violences de la part de la police. Le Canada quant à lui, à la 20e place, maintient aussi sa position en matière de protection de la presse surtout à l’international, mais il lui reste quelques points où il peut s’améliorer notamment en ce qui concerne la couverture médiatique des droits des peuples autochtones et des litiges fonciers (RSF).

Le Moyen-Orient, en tête de liste pour le nombre de journalistes tué.es en 2025

Dans son rapport 2025, la Fédération internationale des journalistes (FIJ) indique que 128 journalistes ont été tué.es en 2025. De ce nombre, 74 le furent au Moyen-Orient et dans le monde arabe, ce qui représente 58 % de tous les professionnel.les des médias tué.es dans le monde et les trois quarts, soit 56, sont de Palestine!

La FIJ, qui fête son 100e anniversaire cette année, avait recensé 122 décès en 2024, dont 14 femmes, et 516 journalistes emprisonné.es. Il s’agissait d’un sommet jamais atteint depuis qu’elle prépare le recensement annuel. Or 2025 est un nouveau sommet, alors que le rapport rend compte de 128 décès, dont dix femmes, et 533 journalistes emprisonné.es : la Chine se distingue comme le plus grand geôlier au monde.

Soutenir la liberté de la presse

Au vu de ces chiffres, soutenir le travail des journalistes dans les régions de conflits est un geste humanitaire. Or, soutenir la liberté de la presse est aussi un geste politique. Il s’agit véritablement d’un enjeu de démocratie. Dans le contexte de l’accroissement des conflits et de la répression de la liberté d’expression, la solidarité avec les journalistes devient un geste de défi contre les pouvoirs oppressifs et dominants sur la planète.

La situation au Québec et au Canada ne se compare pas avec celle de ces pays. Néanmoins, le journalisme engagé et indépendant, celui qui va au-delà de la neutralité des médias dominants et qui prend parti, sans verser dans le prosélytisme, doit être soutenu.