
Amir Khadir, tiré de son blogue.
La guerre d’agression en cours est terrifiante. Netanyahu et le lobby sioniste dictent la conduite de Trump; l’Iran a été attaqué alors que les négociations étaient sur le point de réussir; la guerre est très meurtrière et coute très cher aux gens du monde entier. Tout ça est d’une violente évidence.
Mais le reste est assez compliqué. La situation est confuse et va, hélas, se dégrader encore davantage. Rares sont celles et ceux qui prétendent comprendre toutes les dimensions de cette horreur. Je n’ai pas cette prétention en tout cas sauf celui de savoir que l’intervention étrangère tout autant que le régime va détruire des vies et causer d’immenses ruines.
Dans tout ça, la guerre et le fascisme cherchent aussi à détruire un tas d’autres choses : les nuances, le réel sans la propagande, la parole des victimes… peut-on sauver un peu de ça de la destruction?
Ça pourrait aider en tout cas si on veut comme moi condamner l’agression étrangère, sans donner de munitions à la propagande du régime iranien qui cherche à cautionner une répression qui est tout aussi meurtrière que la guerre.
La population iranienne subit au moment même où je vous écris une guerre intérieure d’une terreur inédite. Les bombes qui sont larguées sur leurs têtes doublent ces souffrances et la terreur (voir un témoignage parmi d’autres, relayés par un site proche du parti Tudeh, le PC iranien qu’on ne peut soupçonner d’être à la solde ce celui-ci ou de celui-là… «la guerre nous a blessés davantage et n’aide en rien à lutter contre le régime»).
Il y a donc un dilemme pour les progressistes : condamner la guerre serait-il un appui à la dictature? Condamner la dictature serait-il un cautionnement pour l’intervention étrangère?
En vertu de quelle considération serait-il impossible de condamner les deux? Le dilemme se reflète aussi dans les positions des partis de gauche en occident qui nous représentent.
J’ai pris quelques exemples : Québec solidaire, les Démocrates socialistes aux É.-U., La France insoumise — LFI, Podemos, Parti du travail de Belgique — PTB, Die Linke et le BSW. Tous ces courants condamnent l’agression israélo-américaine contre l’Iran (voir tableau à la fin).
Québec solidaire et Die Linke sont les seuls à articuler avec la même clarté les deux condamnations — la guerre étrangère et la dictature intérieure. BSW et le PTB, dans un «réflexe campiste» par défaut, tendent à traiter la répression de la République islamique comme un problème de second rang, voire à l’éviter. Et il y a les autres un peu entre les deux.

Le dilemme ne serait-il pas plus simple à résoudre si on prêtait l’oreille aux premiers concernés, le peuple iranien? Prêter l’oreille à la volonté populaire est une tâche plus difficile en temps de dictature et de censure. Mais il y a certes une sagesse de s’en remettre alors à l’opposition, aux diasporas, à tout ce qui n’est pas dans le périmètre des pouvoirs dont la parole est avant toute propagande.
Les monarchistes, qui se sont alliés à Israël, exercent une grande hégémonie actuellement dans la diaspora. Ça ne se reflète pas avec la même ampleur dans ce qui provient de l’intérieur, du mouvement populaire (syndicats, mouvement étudiant, mouvement des femmes, réseaux associatifs, mais l’influence des médias financés par Israël et l’Arabie Saoudite est indéniable, sans parler de VOA et de la BBC.
Ensuite il y a tout le bloc de l’opposition indépendante et le vaste courant qui a émergé comme mouvement Femmes-Vie-Liberté qui peut constituer une source légitime et fiable pour prendre le pouls du réel.
Écouter les premiers concernés pourrait nous éviter aussi un certain paternalisme, assez répandu même dans les cercles progressistes… On pourrait mieux se prémunir de ces «regards qui s’opposent à ce qui devrait être une politique de l’attention». Une «politique de l’attention» à la réalité des souffrances et des luttes des peuples au secours desquels on aspire à manifester son appui.
Pour en savoir plus
- Khadir, Amir 2026 — Cartographie de l’opposition iranienne et leur position sur l’intervention étrangère, 17 mars 2026
- Khadir, Amir Il nous faut dire non à la guerre et non à la dictature!, Le Devoir, 16 mars 2026
- Frieda Afary, La guerre des États-Unis et d’Israël contre l’Iran : quelle approche adopter pour une gauche socialiste attachée à ses principes ?, Conférence en Afrique du Sud. 15 mars 2026.
- Bifan Sun, Ni guerre ni régime : les Iranien·nes réclament une voie démocratique – Pivot, 12 mars 2026
- Laila Abed Ali, Iran : malgré la guerre, la résistance des femmes continue, Journal d’Alter, 11 mars 2026
- Khadir Amir, 2026 Une troisième voie contre la guerre et la dictature, 10 mars 2026
- Le Media 24/7, Iran: La crise humanitaire est-elle déjà là ? vidéo YouTube, le 7 mars 2026
- Owen Jones, What’s the Iranian left saying about the mass protests?, BattlesLines, 9 janvier 2026








