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Par Thierry Parisi Bienvenue
À quatre ans de l’échéance de l’Agenda 2030 des Nations unies, le bilan s’annonce déjà préoccupant. Le manque d’ambition des politiques mises en place, combiné à la détérioration générale de la conjoncture internationale, compromet sérieusement l’atteinte des objectifs de développement durable.
Adopté en septembre 2015 par l’Assemblée générale des Nations unies, l’Agenda 2030 a été présenté comme un grand plan d’action pour la justice sociale et environnementale. Il devait mobiliser les États autour de cinq grands piliers, soit : les personnes, la Terre, la prospérité, la paix et les partenariats.
Un retard alarmant
À moins de cinq ans de son échéance, l’Agenda 2030 accuse un retard important. Le rapport 2025 des Nations unies confirme que les progrès sont largement insuffisants et qu’une part importante des cibles n’est pas en voie d’être atteinte, certaines ayant même régressé depuis 2015. Selon les données disponibles que rappelle le dossier préparé par le CÉTRI (2026), des progrès modérés ont été réalisés pour 35 % des 137 cibles des ODD mesurées, les avancées sont insuffisantes pour 47 % d’entre elles et une régression est constatée pour les 18 % restants par rapport à la base de référence de 2015.

Malgré les promesses officielles, les chiffres sont alarmants : plus de 700 millions de personnes vivent encore dans l’extrême pauvreté, plus de 750 millions souffrent de la faim et plus de 2,3 milliards font face à l’insécurité alimentaire. Par ailleurs, les températures ont dépassé 1,5 °C en 2024, plus de 120 millions de personnes ont été déplacées de force et la dette des pays à faible et moyen revenu a atteint 1 400 milliards de dollars en 2023. Ces informations attestent de l’inefficacité d’un système qui ne traite pas les racines des crises alimentant les inégalités, la dépendance financière et la détérioration de l’environnement.[1]
De l’aveu même de l’ONU (2023), cinq raisons expliquent ces retards :
- Pandémie de COVID-19, qui a inversé des progrès sur la pauvreté, la santé et l’éducation.
- Multiplication des conflits armés et tensions géopolitiques.
- Crise climatique et perte de biodiversité.
- Hausse des inégalités mondiales, notamment entre Nord et Sud.
- Manque massif de financement pour les politiques environnementales.
Une mise en œuvre impossible?
En dépit de la « vision transformationnelle » annoncée en 2015, la mise en œuvre des ODD reste facultative pour les différents gouvernements dans le monde. Ils choisissent librement leurs stratégies, leurs indicateurs et la manière de rendre compte des résultats, sans mécanisme d’examen indépendant contraignant.
D’autre part, les ODD se présentent comme un outil de transformation mondiale. Cependant, ils évitent de s’attaquer aux logiques du capitalisme mondial qui alimentent les crises climatiques, les inégalités, l’exploitation et les injustices sociales. En ne remettant pas en cause les structures économiques dominantes, ils risquent de détourner l’attention et les ressources des changements systémiques indispensables tout en prolongeant le statu quo.
Les défis d’ici 2030
Un changement en profondeur s’impose. Nos modèles économiques et politiques ne répondent plus aux défis sociaux et écologiques actuels. Les institutions internationales manquent de vision et de leadership. Les décisions sont de plus en plus partagées avec des acteurs privés, ce qui affaiblit la priorité donnée à l’intérêt public et à la responsabilité démocratique.
Alors que les crises mondiales s’aggravent (inégalités croissantes, conflits armés, changement climatique et déclin accéléré de la biodiversité), des solutions réalistes sont disponibles. Des projets prometteurs existent déjà, tels que le renforcement de la réglementation des marchés financiers, la justice fiscale, la lutte contre les paradis fiscaux, l’autonomie alimentaire, l’agroécologie, l’amélioration des conditions de travail et l’accroissement de la participation citoyenne.
Avec un engagement politique réel et des moyens suffisants, ces orientations pourraient contribuer à une transformation systémique durable. La période actuelle ouvre une opportunité importante de repenser nos priorités collectives et de replacer l’intérêt général au cœur des décisions.
En approche de 2030, il est devenu impossible d’ignorer que le capitalisme freine la réalisation des Objectifs de développement durable. Tant que les règles économiques continueront de privilégier le profit au détriment du bien commun, les engagements resteront insuffisants. Il est donc urgent d’envisager des solutions concrètes : repenser les priorités budgétaires, renforcer la régulation des marchés, réduire l’emprise des intérêts privés sur les décisions publiques et soutenir des modèles fondés sur la justice sociale, la durabilité et la coopération.
La fragilité actuelle du multilatéralisme peut offrir une occasion en or pour les peuples de renforcer leurs revendications sur la scène internationale, de plaider en faveur d’un véritable changement de paradigme et de participer à la reprise du contrôle de la sphère publique. Le défi est clair : profondément transformer la gouvernance économique, financière et politique mondiale pour qu’elle serve l’intérêt général, avant que l’année 2030 ne soit atteinte sans résultats tangibles.
Références : Pour en savoir plus
Texte officiel initial de l’ONU
Évaluation à mi-mandat de l’ONU
- CETRI 2026 Quid des ODD, les Objectifs du développement durable, Alternatives Sud, 33, Édition Syllepse.
Dossier préparé par le Centre Tricontinental de Bruxelles
[1] . Shalmali Guttal, L’incapacité des ODD à transformer le monde, dans Alternatives sud « Quid des ODD, les Objectifs du développement durable », CETRI et Édition Syllepse, vol. 33-2026, p. 86-88.








