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par Hassan El-Khansa, correspondant
Le gouvernement libanais et le Hezbollah sont confrontés à plus de pression qu’auparavant et la population civile fait encore les frais des attaques israéliennes, étant donné la reprise des hostilités à haute intensité depuis le début de la guerre contre l’Iran.
La reprise des hostilités
Israël commet des violations quotidiennes du cessez-le-feu signé en novembre 2024. Le Hezbollah n’avait pas riposté pendant plus d’un an, étant sous une pression record pour son désarmement et ayant subi un coup fatal. Cela a permis à Israël de se comporter en une brute qui s’en tire sans conséquences.
Le 2 mars dernier, le Hezbollah tire une première salve de roquettes vers Israël. L’actuel secrétaire général du Hezbollah, le cheikh Naïm Qassem, avait affirmé que cela ne constitue pas une revanche pour l’assassinat du Guide suprême iranien, mais une première riposte contre les violations quotidiennes du cessez-le-feu par les israéliens depuis plus d’un an désormais.
L’armée israélienne envoie un ordre d’évacuation à l’entièreté de la population civile de la banlieue de Dahieh, fief du Hezbollah à majorité chiite, ainsi qu’à de nombreuses régions au sud du pays. Le Liban est alors confronté à la plus grave crise de déplacés internes de son histoire moderne, Dahieh étant quasiment vide de toute âme humaine désormais. Des campements de tentes se forment dans les rues de Beyrouth, de nombreuses familles ne pouvant se réfugier dans des écoles ou dans des logements à un coût exorbitant. Demeurant dans des tentes, les déplacés doivent composer avec une précarité sévère, faisant face aux difficultés de l’hiver : pluie, inondations, et le froid. Jusqu’à 1,2 millions de libanais sont à risque d’insécurité alimentaire sévère, et des maladies se développent parmi les déplacés.

La barbarie israélienne affecte les populations les plus vulnérables. Jusqu’à présent, un campement de déplacés à Beyrouth et de nombreux villages ont été bombardés, certains étant même complètement rasés. Les affrontements directs entre le Hezbollah et les troupes israéliennes ont repris. L’armée israélienne continue à bombarder de manière indiscriminée des civil.e.s, militaires non offensifs, des journalistes, des secouristes et des infrastructures à travers le pays. Le nombre de morts dépasse les 2000 âmes. Les troupes israéliennes ont désormais poussé encore plus profondément dans le territoire libanais qu’avant la reprise des hostilités.

Le 8 avril, l’aviation israélienne mène une centaine de bombardements en l’espace de 10 minutes à travers le Liban, y compris en plein cœur de la capitale libanaise, Beyrouth, prétextant cibler le Hezbollah. Le résultat a été de 357 morts civiles et plus de 1000 blessé.e.s.
Le Liban fait désormais face à un chaos jamais vu depuis la fin de la guerre civile, naviguant à travers une crise économique, sociale et sécuritaire sévère.
Le désarmement du Hezbollah, ce dilemme infini
La volonté de désarmer le Hezbollah au sein du paysage politique libanais avait débuté dès la seconde moitié des années 2000, en raison de divers événements marquants. La guerre qui a débuté en 2023 a poussé ce projet à un nouveau paroxysme. Les États-Unis et Israël désirent parvenir à désarmer le Hezbollah plus que jamais auparavant. Les appels internes qui viennent de la droite libanaise sont aussi plus intenses que jamais auparavant, continuant à dire que les actions du Hezbollah constituent une violation de la souveraineté libanaise et que ceux-ci compromettent la sécurité du Liban.

Deux séances de négociations ont déjà eu lieu entre l’ambassadrice libanaise et l’ambassadeur israélien à Washington en avril. Celles-ci ont suscité de fortes réactions parmi la société civile libanaise, puisque leur gouvernement traite officiellement l’entité sioniste comme un État ennemi et que tout lien avec l’État hébreu est illégal. Depuis, une trêve est entrée en vigueur mais n’a pas été respectée par Israël. Le Hezbollah a fortement condamné ces négociations.
Des manifestations ont eu lieu devant le siège du gouvernement à Beyrouth, appelant à la démission du premier ministre libanais Nawaf Salam. Accusé d’être un traître et un collaborateur avec Israël, les manifestants lui reprochent de chercher à désarmer le Hezbollah et de permettre des négociations avec Israël sans pour autant mettre davantage de pression contre les agressions israéliennes continues.
Le Liban pris dans un cycle infernal
Malgré la prétention d’Israël de cesser les attaques lorsque le Hezbollah sera complètement désarmé, le Hezbollah et de nombreux citoyens libanais craignent le risque auquel le Liban s’expose si cela arrive. En effet, de nombreux libanais s’inquiètent de la possibilité qu’Israël puisse en profiter pour occuper le Liban de manière permanente ou forcer un accord de paix ou d’armistice injuste. L’État hébreu est réputé pour son manque de respect des cessez-le-feu, ainsi que pour la violation de la souveraineté libanaise à plusieurs reprises depuis les décennies précédentes.

Depuis la reprise des hostilités, le gouvernement israélien affirme garder son occupation au sud du Liban jusqu’à ce que le Hezbollah ne constitue plus une menace, comptant établir une « zone tampon » qui s’étendrait jusqu’au fleuve Litani, soit 30 km au-delà de la frontière. L’armée israélienne s’engage dans une stratégie de destruction massive des infrastructures au sud du Liban, considérant celles-ci comme des infrastructures servant à des « fins terroristes ». Des ponts qui relient le sud au reste du pays sont détruits, paralysant alors des habitants. Les déplacés craignent ainsi de voir leur territoire subir une occupation prolongée et de ne pas pouvoir retourner à leurs demeures dans un avenir rapproché. Même à la suite d’un éventuel retrait, la population reviendra dans une région ayant subi des dommages écologiques et infrastructurels sévères.
Toutes ces inquiétudes s’inscrivent dans un contexte où la mission des Casques bleus au sud du pays arrive à sa fin cette année. L’armée libanaise étant tâchée de désarmer le Hezbollh et de prendre le contrôle complet du sud, les craintes ne sont que renforcées, cette dernière n’ayant pas des marges de manœuvre assez fortes. L’armée libanaise s’est retirée de plusieurs villages au sud du pays, renforçant les craintes quant à sa capacité de défendre le territoire.
Le sectarisme, une longue querelle de l’histoire du Liban
Le pays du Cèdre est connu pour sa mosaïque confessionnelle, comptant diverses branches du christianisme et de l’islam pratiquées parmi sa population. Le système politique libanais se base sur un fragile équilibre des pouvoirs entre ces différentes confessions. Les tensions sectaires avaient déjà atteint un tel niveau que le pays avait été plongé dans une guerre civile pendant plus d’une décennie. Des rivalités confessionnelles quant à la vision du pays et de multiples formes du nationalisme libanais sont permanentes dans la politique libanaise.
La guerre actuelle force un déplacement de la population qui entraîne les gens d’une confession à s’installer sur des territoires occupés par des personnes qui pratiquent d’autres cultes. C’est ainsi que d’anciennes tensions ressurgissent. Dans des communes à majorité chrétienne du Mont-Liban, des altercations ont donc lieu entre des locaux et des déplacés.
Pour une majeure partie de la communauté chiite, le Hezbollah est considéré comme une résistance légitime. Tandis que dans la communauté sunnite et chrétienne maronite, des sentiments hostiles y sont présents. Depuis le siècle passé, la mouvance de la droite chrétienne libanaise soutient que le Liban devrait se tenir à l’écart des conflits régionaux et ne devrait pas permettre à des acteurs non étatiques de mener des opérations armées depuis son territoire. Par ailleurs, la droite sunnite s’oppose au Hezbollah dans un contexte de rivalité sunnite-chiite.
Le 5 avril dernier, un responsable du parti des Forces libanaises, un parti pourtant hostile au Hezbollah, et sa femme sont morts à la suite d’un raid aérien israélien sur leur demeure. Pour les Forces libanaises et ses partisan.e.s, cet incident ne constitue qu’une autre preuve de la nécessité de désarmer le Hezbollah le plus vite possible. Ils considèrent que le conflit déborde jusqu’à des régions à majorité chrétienne qui ne désirent pas être impliquées dans les guerres régionales.
Les ordres d’évacuation de l’armée israélienne font preuve de sectarisme. De nombreux villages chrétiens proches de la frontière ont reçu une exemption d’évacuation, sous prétexte que ceux-ci n’ont pas de probabilités d’abriter des combattants du Hezbollah. D’ailleurs, les résidents de nombreux villages chrétiens refusent de quitter malgré les ordres d’évacuation, craignant de subir un nettoyage ethnique. Encore une fois, une partie de la population fait davantage les frais d’un conflit qu’une autre en raison de sa confession religieuse.
L’unité nationale du pays est considérablement menacée. Les discours « nous versus eux » sont entendus plus fortement qu’auparavant, la question de l’arsenal du Hezbollah ayant toujours causé des divisions parmi la société libanaise.
Trois décennies après la fin de la guerre civile, le sectarisme n’a jamais totalement disparu de la politique et de la société libanaise même si le peuple libanais peut être uni à certains moments.








