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Par Hassan El-Khansa
Le pays du soleil levant voit une nouvelle droite émerger au sein de son paysage politique. Tensions avec la Chine et la Corée du Nord, vieillissement de la population, crise du coût de la vie, et augmentation de l’immigration ont favorisé la montée éclair en popularité de cette droite et de l’extrême-droite. De nombreux électeurs s’y tournent désormais, y trouvant une solution quant à leurs inquiétudes et frustrations.
Un rappel d’histoire
Vers la fin du 19e siècle, le Japon connaît une expansion impériale inédite dans l’histoire de l’Asie : conquêtes militaires de ses voisins, colonisation, exploitation des ressources naturelles, crimes de guerre, exploitation sexuelle des femmes coréennes. Puis la Seconde guerre mondiale et les frappes nucléaires américaines ont conduit l’Empire à capituler. Le Japon subit alors un changement de sa politique imposé par les États-Unis. De nombreux criminels de guerre ayant été condamnés, le pays ne possède désormais une armée que pour la défense de son territoire.

Bien que le Japon ait reconnu officiellement ses crimes de l’époque impériale, un double discours parmi la politique japonaise persiste. Les visites de politiciens au sanctuaire Yasukuni où figure les noms de responsables de l’armée impériale condamnés pour crimes de guerre, le révisionnisme historique et la xénophobie persistante envers les coréens, témoignent du fait que l’archipel n’a jamais complètement délaissé ses tendances nationalistes.
L’élection de la Thatcher japonaise
Principal acteur de la vie politique japonaise, le Parti libéral-démocrate (PLD), a été au pouvoir de manière quasi ininterrompue depuis près de sept décennies désormais. En tant que parti politique ancré dans la droite traditionnelle japonaise, il porte au pouvoir une figure plus conservatrice que jamais auparavant : Sanae Takaichi. Surnommée « la dame de fer japonaise », en référence à Margaret Thatcher et à son image de fermeté, elle devient la première femme à accéder au poste de première ministre en 2025. Elle est d’ailleurs membre du Nippon Kaigi, une organisation d’extrême-droite visant à combattre tous les discours considérés infames sur les crimes de l’époque impériale et qui défend des valeurs ultraconservatrices.

Sa campagne a misé sur les thèmes clés de la droite japonaise, tels que la défense face à la Chine et la Corée du Nord, le renforcement du « Japan First », plaçant les intérêts nationaux au premier plan, la lutte contre l’inflation et la protection du pouvoir d’achat des citoyens, ainsi que la méfiance envers l’immigration. Depuis son arrivée au pouvoir, la première ministre japonaise cherche activement à renforcer les capacités militaires de son pays. Elle a également bénéficié du soutien interne de la faction conservatrice de son parti, s’inscrivant dans la continuité idéologique du précédent Shinzo Abe.
Un nouveau parti
N’ayant fait que grandir au fil des dernières années, le mécontentement de la population japonaise contribue à l’émergence de nouveaux partis qui sont ancrés encore plus à droite. Fruit du désenchantement envers le Parti libéral-démocrate et la politique traditionnelle, le Sanseito, un nouveau parti d’extrême-droite à la couleur orange voit le jour en 2020. Il est fondé par Sohei Kamiya, qui est un ancien cadre du PLD et un ex-militaire.
Grâce à de la désinformation sur la COVID-19 et la vaccination sur les réseaux sociaux, le parti connaît une poussée fulgurante dès ses débuts. Adaptant une stratégie de populisme numérique pendant un confinement, le parti parvient à atteindre de nombreux électeurs jusqu’alors peu politisés, surtout jeunes.

Se distinguant par une idéologie ultraconservatrice et ultranationaliste, le parti prône une tolérance zéro envers l’immigration, la relance de la natalité, la remilitarisation du pays, voire le développement d’une capacité nucléaire, et un révisionnisme historique du Japon impérial.
En 2026, le Sanseito compte déjà une quinzaine de sièges à la Chambre basse et haute de la Diète japonaise, ainsi qu’une centaine d’élus municipaux, et cinq élus de préfectures.
L’immigration, les tensions militaires et l’économie
Le Japon est souvent cité parmi les pays ayant l’un des taux de fécondité les plus faibles au monde. Confronté à une population vieillissante, les dernières années ont vu le Japon assouplir sa politique très stricte d’immigration, atteignant un record de plus de 4 millions d’étrangers sur son territoire en 2025, bien qu’étant réputé pour être l’une des sociétés les plus ethniquement homogènes au monde.
La droite japonaise, soucieuse de conserver l’hégémonie culturelle de son pays, préfère investir dans la robotisation et des heures de travail excessives pour ses travailleurs locaux plutôt que de se transformer en une société davantage multiculturelle. Cela, en dépit d’un bas taux de fécondité, ainsi que d’un haut taux de dépression et de suicide parmi sa population active.
Cherchant à concilier les besoins de main-d’œuvre tout en évitant l’intégration sur le long terme, le Japon a d’ailleurs adopté un système de travailleurs jetables par le biais d’un Programme de formation des stagiaires techniques. Ce programme a suscité de nombreuses controverses en raison de ses conditions de travail.
C’est ainsi que la droite japonaise parvient à ce record de popularité, se présentant comme porteuse de solutions face à des problèmes auxquels la classe politique n’a pas agi pendant des décennies.
Disposant d’une armée que pour défendre son territoire, la montée des menaces militaires chinoises et nord-coréennes depuis les dernières années a stimulé un désir de réarmement parmi l’électorat et la classe politique japonaise.
Depuis les années 2020, l’économie nipponne connaît une croissance ralentie, accompagnée d’une dépréciation de sa monnaie, ainsi que d’une inflation qui diminue le pouvoir d’achat.
L’affaiblissement de la gauche japonaise

À la suite d’un gouvernement de centre-gauche de 2009 à 2012, la gauche japonaise a vu sa popularité tomber en flèche, dû à sa mauvaise gestion de la triple crise environnementale en 2011. Le Parti communiste demeure une institution historique, mais qui n’est pas assez fort pour inspirer un changement. Avec que quatre députés à la chambre basse et sept sénateurs à la chambre haute, le Parti communiste et le Reiwa Shinsengumi, un autre parti progressiste n’ayant qu’un député, subissent un cordon sanitaire par la majorité de droite restante de la Diète nationale.
La gauche japonaise continue de soutenir l’amélioration des conditions de travail des travailleurs japonais. Celle-ci s’étant affaiblie et le syndicalisme n’étant pas très idéologique au Japon, ce dernier s’est rapproché progressivement du patronat et du centre-droit depuis les années 2010. Il adopte alors à leur égard une approche plutôt pragmatique, priorisant la stabilité de l’emploi et la négociation plutôt que la confrontation.

Depuis une décennie, la gauche nipponne proteste contre le désir de remilitarisation ayant débuté dès l’administration Abe, dénonçant que cela ne risque que d’aggraver les tensions militaires. Avec la guerre récente contre l’Iran et la quête active par Takaichi de réarmer son pays, les réseaux de la société civile sont désormais de retour pour protester contre la remilitarisation.
Pour en savoir plus :
- Peron-Doise, Marianne. (12 février 2026). Japon : ce que nous dit la victoire de la Première minitre Takaichi aux élections législatives.
- Tamura, Tomoko. (16 juillet 2025). JCP vows fairer taxes, stronger social safety net and a commitment to peaceful diplomacy.
- Xinhua. (9 avril 2026). 30,000 protesters rally in Tokyo against gov’t moves undermining pacifist constitution.
- Watson, Gabriel. (11 mars 2026). L’impact de la démographie au Japon : miroir mondial d’une transition historique.









