Rapport du Giec : le changement climatique s’aggrave

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Le Giec publie ce lundi 9 août le premier volet de son nouveau rapport d’évaluation sur le climat. Pour les experts de l’ONU, les événements météorologiques extrêmes que nous vivons depuis cet été ne feront que s’amplifier, si rien n’est fait. « Nous sommes entrés dans le dur. Cet été n’est qu’un avant-goût de ce qui nous attend si nous n’agissons pas dès maintenant » », a alerté le climatologue Christophe Cassou.

Mégafeux en Amérique du Nord, en Sibérie, et depuis peu en Turquie et en Grèce. Pluies diluviennes en Allemagne, en Belgique, en Chine ou en Inde. Famine à Madagascar – considérée comme la première de l’histoire moderne a être entièrement causée par le changement climatique. Depuis le début de l’été, les catastrophes liées au réchauffement planétaire se succèdent.
Et les nouvelles sur le front des sciences du climat ne cessent de se faire de plus en plus alarmantes. Dernière en date, la probable disparition du Gulf Stream. D’après des travaux scientifiques révélés le 5 août par The Guardian,  un courant océanique majeur, baptisé « circulation méridienne de retournement atlantique » (Amoc), montre des signaux de déstabilisation « effrayants » aux dires de Niklas Boers, auteur de l’étude.
L’effondrement de l’Amoc aurait des conséquences désastreuses dans le monde entier – ce que les chercheurs dénomment « un point de bascule » ou tipping point en anglais. Il perturberait gravement les moussons dont dépendent des milliards de personnes pour se nourrir, augmenterait les tempêtes et ferait baisser les températures en Europe ou encore ferait monter le niveau de l’océan dans l’Atlantique Nord.
C’est donc dans ce contexte climatique sans précédent que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) a publié ce lundi 9 août le premier volet de son sixième rapport d’évaluation – leur dernier rapport était paru en 2013-2014.
Rédigée par 234 auteurs de 66 nationalités différentes qui ont travaillé pendant plus de trois ans, cette première partie est consacrée aux sciences physiques du climat. Les deuxième et troisième volets du rapport, qui porteront respectivement sur les conséquences du changement climatique et les mesures d’adaptation, seront dévoilés au premier trimestre 2022.
Un dérèglement climatique qui s’amplifie
Les 1 400 pages de ce premier volet qui passent au crible plus de 14 000 articles scientifiques nous renseignent tout d’abord sur l’état actuel du climat.
Premier constat : les experts soulignent qu’il est « sans équivoque » que les activités humaines ont réchauffé l’atmosphère, les terres et les océans depuis 1750, début de la révolution industrielle. L’ampleur, la rapidité et la généralisation des changements du système climatique actuellement observés sont sans précédent. « Chacune des quatre dernières décennies a été successivement plus chaude que toute décennie depuis 1850 », peut-on lire dans le rapport.
Directeur de recherche au CNRS et coauteur de ce rapport, Christophe Cassou explique pour Mediapart : « L’influence humaine explique entièrement le réchauffement planétaire observé pour la décennie 2010-2019. C’est avec certitude la décennie la plus chaude depuis deux mille ans et même probablement depuis cent mille ans. »
Le rapport montre par ailleurs que les émissions de gaz à effet de serre sont responsables d’un réchauffement d’environ 1,1 °C depuis 1850-1900. Et d’ici 2040 au plus tard, la température mondiale devrait atteindre voire dépasser les 1,5 °C de réchauffement.
Des catastrophes naturelles liées au changement climatique
Le Giec a consacré tout un chapitre aux « événements climatiques extrêmes ». Il avance que le changement climatique induit par l’homme affecte de nombreux phénomènes météorologiques d’ampleur et ce, dans toutes les régions du monde.
Depuis leur dernier rapport de 2013-2014, les scientifiques ont encore renforcé leurs preuves que les vagues de chaleur, les fortes précipitations, les sécheresses ou encore les cyclones tropicaux peuvent être attribués à « l’influence humaine ».
« Ce n’est même plus un consensus scientifique mais un fait établi, précise Christophe Cassou. Le changement climatique conduit à des événements climatiques extrêmes plus intenses et plus fréquents. Cela se traduit par exemple par des canicules plus longues et qui surviennent plus tôt ou plus tard que leur saisonnalité habituelle. »
La canicule de 2016 en Asie ou la vague de chaleur de 2020 en Sibérie auraient été impossibles sans le dérèglement climatique d’après les experts. Le Giec estime par exemple qu’une vague de chaleur extrême comme celle qu’a vécue le Canada en juin pouvait avant 1900 se produire en moyenne une fois tous les dix ans. Avec un réchauffement de 4 °C, ces vagues de chaleur arriveront quasi une fois par an.
« Nous sommes entrés dans le dur, et cet été n’est qu’un avant-goût de ce qui nous attend si nous n’agissons pas dès maintenant », résume le directeur de recherche au CNRS.