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par Phoebé Boisclair-Fleury, correspondante
Dans le cadre de la sixième édition des Rendez-vous Gérin-Lajoie, l’Institut d’études internationales de Montréal (IEIM) de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et Un seul monde ont convié les intéressé.es le 15 avril dernier à un événement intitulé Alliances et résistances pour les droits des femmes : regards croisés sur les résiliences féministes haïtiennes, palestiniennes et autochtones d’Amérique latine qui se tenait à l’UQAM.
L’événement s’est tenu sous forme de panel modéré par Julie Théroux-Séguin. Les panélistes, Marie-Claude Savard, Katrina Leclerc, Fernanda Sigüenza Vidal et Eunice Eliazar, nous ont toutes partagé des résumés et explications sur les textes qu’elles ont écrit dans le contexte du blogue Un seul monde.
Un seul monde est un blogue collectif, multidisciplinaire et francophone qui porte sur les stratégies de coopération et les enjeux de développement. Son but est de contribuer au débat sur l’avenir de la coopération et de la solidarité internationales au Québec et au Canada.
Lors du panel, les textes évoqués étaient tous axés sur les droits des femmes dans différents contextes géopolitiques, mais tous sous l’angle de la résolution 1325 de l’ONU sur les femmes, paix et sécurité. Cette résolution, qui préconise de faire participer les femmes à l’établissement de la paix, de mieux les protéger contre les violations de leurs droits fondamentaux et de leur donner accès à la justice et aux services de lutte contre la discrimination a été adoptée par le conseil de sécurité des Nations Unies. Bien que ces résolutions aient marqué l’histoire, leur application n’est pas au point, et c’est ce qu’on voit à travers les interventions des différentes panélistes.
Marie-Claude Savard, avec Eunide Louis, montre dans le texte Au-delà de l’insécurité physique : repenser la violence envers les femmes en Haïti dans une perspective de sortie de crise que l’application des résolutions 1325 n’est pas encore optimale en Haïti et que les actions posées ne répondent pas suffisamment à la réalité des femmes haïtiennes. Selon elles, la protection des femmes ne peut pas se limiter à la sécurité physique : elle exige aussi de lutter contre les causes profondes de la violence et de mieux intégrer les femmes aux espaces de décision. Les autrices soulignent également que la présence des Casques bleus, qui sont censés les aider, a souvent aggravé l’insécurité, notamment en raison de cas de grossesses, d’ITSS et de pratiques sexuelles transactionnelles, alors même que les femmes ont difficilement accès à la justice dans ces situations.
Katrina Leclerc nous invite à réfléchir à la notion d’être allié.es dans son texte Être allié-e-s pour la paix et la sécurité des femmes en Palestine. Elle explique que, dans le contexte de la Palestine, le programme Femmes, Paix et Sécurité de l’ONU ne peut être appliqué efficacement sans écouter concrètement les femmes et les militantes sur le terrain. Être allié.e, ce n’est pas seulement prendre position, mais aussi amplifier les voix palestiniennes, protéger les personnes qui bâtissent la paix et éviter des interventions qui pourraient leur nuire. La communauté internationale se doit d’agir avec prudence dans un contexte politique très complexe, où des initiatives bien intentionnées peuvent parfois exposer davantage les femmes palestiniennes à des risques. Elle appelle à une alliance plus humble, plus active et surtout fondée sur les directives locales, afin de soutenir une paix juste et durable à l’aide d’alliances éthiques.
Fernanda Sigüenza Vidal écrit le texte Les femmes autochtones et la défense du corps et du territoire : convergences Nord-Sud. Réflexions de 9 femmes défenseures communautaires. Elle souligne que la défense du territoire va de pair avec celle des corps, particulièrement dans les luttes menées par les femmes autochtones et les personnes bispirituelles. Elle met en évidence des violences persistantes liées à la colonisation, au racisme, au machisme et à l’exploitation des ressources, tout en rappelant l’importance de la solidarité entre les communautés autochtones du Nord et du Sud. Elle met aussi l’accent sur le rôle essentiel des femmes dans la transmission des savoirs, la résistance collective et la protection des territoires.
La dernière panéliste, Eunice Eliazar, a présenté son texte Vers un bureau d’ONU Femmes à Montréal : diplomatie, alliances, résistances. Elle propose l’implantation d’un bureau d’ONU Femmes à Montréal comme levier pour renforcer la diplomatie féministe et faire avancer plus concrètement l’égalité entre les genres. Elle met de l’avant les atouts de la ville, notamment son rayonnement international, son milieu universitaire dynamique et son réseau d’organisations engagées dans la matière, qui en feraient un lieu stratégique pour porter ce type d’initiative.
À la suite des interventions des panélistes qui ont présenté leurs textes, le panel a terminé sur une courte période de questions du public. La question principale qui fut soulevée était la suivante; ne devrions-nous pas plutôt nous concentrer sur les solutions alternatives citoyennes si les résolutions de l’ONU ne fonctionnent pas encore parfaitement ? La réponse fut partagée par les différentes intervenantes qui avancent que le mélange des deux est la solution la plus optimale, car avec l’ONU, tous les états membres prennent un engagement qu’ils se doivent de respecter sur le droit international, mais il faut le faire en collaboration avec la société civile qui connaît ses besoins particuliers.
Ce que le panel a pu révéler, c’est que de grands efforts sont faits pour assurer la paix et la sécurité des femmes, mais qu’il en reste beaucoup à faire et que l’intégration des femmes dans les espaces décisionnels est primordiale. La collectivité et l’écoute doivent primer quand on en vient à la coopération internationale en matière de droit des femmes. Il est certain qu’en visant des alliances éthiques, il sera possible d’améliorer les choses.








