Italie: Potere al Popolo! de passage à Montréal

De gauche à droite, Salvatore Prinzi, membre fondateur de Potere al Popolo!, Karine Cliche, et Audrey Laurin-Lamothe
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Une trentaine de personnes issues de diverses sphères de la société étaient présentes à la conférence avec Salvatore Prinzi, membre fondateur du parti politique italien de gauche Potere al Popolo! (Pouvoir au peuple!) dans la Grande salle des locaux d’Alternatives le 13 mai dernier. Le panel était accompagné de Karine Cliche, instigatrice du Parti de la rue, ainsi que de Audrey Laurin-Lamothe, professeure en sciences sociales à l’Université York.

Présentation du parti et du fondateur

Prinzi a débuté son intervention par un retour sur son parcours militant, remontant à ses premiers contacts avec des activistes québécois lors des manifestations du mouvement altermondialiste lors du Sommet des Amériques en 2001. Il a évoqué la réalité commune du Canada et de l’Italie qu’il qualifie de pays « occupés » par la politique étrangère américaine.

Il a enchaîné avec l’évolution du parti depuis sa création en 2017. Celui-ci cumule désormais près de 400 000 voix, soit 1% des suffrages et environ 4300 militantes et militants au sein de ses rangs. Le parti ne dispose que de quelques personnes élues localement et représentantes au sein de conseils municipaux. Prinzi critique par ailleurs les défauts du système électoral italien, mentionnant qu’un seuil d’environ 1 million de voix est nécessaire pour dépasser les 3% qui permettent d’accéder au Parlement.

L’impasse de la gauche italienne

Il explique que la gauche est devenue quasiment absente sur le plan électoral et politique depuis les législatives de 2008. Selon lui, l’effritement de cette gauche italienne remonte à l’alliance conclue en 2006 entre le Parti communiste et le centre-gauche néolibéral qui aurait causé une perte de confiance considérable parmi l’électorat italien. C’est ce que Prinzi nomme la « double trahison », soit cette alliance du Parti communiste ainsi que les actions du Mouvement Cinq Étoiles, à qui il reproche d’avoir soutenu de nombreuses politiques de droite malgré une campagne sur un fond de populisme. Il dénonce également la stratégie adoptée par le centre-gauche consistant à adopter une position plus centriste pour bloquer la droite. Pour lui, cela a seulement contribué à l’effritement général de la gauche italienne.

Prinzi dresse également un constat nuancé à propos de la première ministre d’Italie, Giorgia Meloni. Selon lui, l’Italie ne fait pas face à un problème d’extrême-droite, la mobilisation de cette mouvance demeurant très faible. Le véritable problème réside plutôt dans la passivité de la gauche qui ne parvient pas à s’organiser correctement lorsque de nombreux aspects critiques de la société tels que la santé, l’éducation et le logement sont de plus en plus précaires.

L’importance de l’autogestion et du pouvoir par le bas

S’inspirant de Gramsci, il souligne l’exigence de l’organisation dans le but de priver la classe dominante de certains de ses outils de domination, c’est-à-dire de préparer les conditions favorables à des outils d’autogestion. Il adhère aussi à la théorie du pouvoir populaire, soit le pouvoir qui se construit par le bas. Citant José Martí, il dit que « la meilleure façon de dire, c’est de faire ».

Pour Prinzi, le manque de succès du parti parmi les jeunes s’explique par le problème d’un « conformisme généralisé » parmi ces derniers. Nombre d’entre eux acceptent leur situation socioéconomique et survivent grâce au soutien de la communauté, de la famille et de l’Église.

Face à la difficulté d’obtenir un succès électoral considérable, Prinzi reconnaît tout de même l’importance de ne pas lâcher. Revenant sur les crises de 2008, de 2011 et de 2020 en Italie, il estime qu’avec les possibles crises à venir, la nécessité de reconstruire la gauche ne fera que s’accentuer. Des membres universitaires de Potere al Popolo! sont parvenu.es à occuper leurs universités et plus de 500 mobilisations militantes ont eu lieu à travers les villes italiennes. Par ailleurs, son parti a fait de nombreuses apparitions médiatiques malgré un biais favorable des grands médias italiens envers la droite, ceux-ci demeurant les médias les plus suivis par les prolétaires.

Prinzi a insisté sur l’importance des centres sociaux autogérés en Italie pour maintenir la solidarité et le filet social. Plusieurs d’entre eux sont proches de la gauche italienne.

Potere al Popolo! a des liens avec des syndicats dont ceux qui ont mené la grande grève pour la Palestine en septembre 2025. Notant que l’Italie demeure l’un des pays les plus manufacturiers de l’Union européenne, il souligne l’importante présence de ces syndicats parmi les secteurs stratégiques de la logistique, tels que les ports, les magasins de surface et les usines. Dans cette perspective Prinzi avance l’importance de former des alliances pour provoquer un changement. Il mentionne d’ailleurs le fait que l’économie italienne se compose à 98% de petites entreprises contre 2% de grandes entreprises. S’allier à la majorité des travailleuses et travailleurs est la stratégie à adopter pour contrer la bourgeoisie selon lui.

Enfin, il indique que son parti reçoit principalement du soutien dans le Nord du pays, ainsi que dans les grandes villes. Plus récemment, le parti a été confronté à des tensions avec le crime organisé, incluant des affrontements et des incendies de centres sociaux organisés par son parti.