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Nicolas De Bellefeuille, correspondant
Les élections locales du 7 mai dernier au Royaume-Uni ont été l’occasion de mettre au grand jour une réalité qui planait déjà sur le pays depuis l’an dernier : l’effondrement des partis traditionnels, dont celui des travaillistes du premier ministre actuel Keir Starmer et le renforcement de la droite radicale.
Cette élection a laissé place à une montée plus que fulgurante du parti d’extrême droite Reform UK, dirigé par Nigel Farage. En 2024, il n’a pu faire élire que deux conseillers. Mais ce nombre a augmenté de façon exponentielle en 2026, pour atteindre 1454. Un échec cuisant pour les travaillistes qui, eux, ont perdu plus de la moitié de leurs sièges, passant de 2564 à 1068. Portrait d’une élection aux allures de droite.
Nigel Farage fait des ravages

Lui qui a intégré la scène politique en 1992, Farage connaît très bien les rouages de l’extrême droite britannique. D’abord conservateur, il quitte le parti bleu après la signature du traité de Maastricht — auquel il s’oppose — qui donnera naissance à l’Union européenne telle qu’on la connaît aujourd’hui. En réponse à ce traité, il fonde le United Kingdom Independence Party (UKIP) avec d’autres conservateurs. Sans jamais accéder au pouvoir, il a évidemment beaucoup influencé le débat public autour du Brexit. C’est d’ailleurs la ligne directrice de son parti actuel.
En 2016, grâce à son engagement, le « oui » au référendum sur le Brexit, pour la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne l’emporte avec 51,9 % des voix. Après cette victoire, il fonde le Brexit Party en 2019, à la suite d’une scission avec l’UKIP. Ce parti assure une transition dans le processus du Brexit, et arrive en tête aux élections européennes dans le pays.
Il renomme le Brexit Party en Reform UK en 2024, et c’est à ce moment que sa popularité va monter en flèche. Aux élections de la même année, il défait le conservateur Giles Watling dans la circonscription de Clacton. Cette circonscription a un passé de droite radicale, puisqu’il a déjà élu le premier député de l’UKIP à Westminster. Ça le mène en 2026 à l’élection de 1454 députés aux élections municipales.
Travaillistes et conservateurs en perte de vitesse
Nigel Farage a construit son discours en partie grâce à l’impopularité des travaillistes et des conservateurs, ces derniers ayant pourtant dominé l’espace politique depuis un siècle.
D’un côté, les conservateurs misaient sur une baisse de l’immigration, une amélioration des services publics, une baisse du coût de la vie et une prospérité économique post-Brexit. Or, rien de tout cela ne s’est réalisé : l’immigration continue d’augmenter, au point de franchir désormais les nombres à six chiffres, la pandémie de COVID-19 a donné mauvaise réputation aux services publics, et l’économie a subi un ralentissement de six à huit points en 2025, selon le collectif UK in a Changing Europe.
Du côté des travaillistes, le journal The Guardian explique que le discours du premier ministre Starmer a pris un virage à droite dans les dernières années. Là où un certain électorat fidèle a délaissé les rouges, ceux de droite y ont vu une opportunité de rafler des voix et ont préféré se tourner vers un vrai parti de droite, Reform UK en l’occurrence.
Qu’en est-il d’autres partis à gauche?
Bien que ce soit certes un jeu d’échecs constant en faveur de la droite, les partis de la gauche n’ont pas manqué de vivre des changements considérables dans leur histoire.
L’électorat britannique cherche du nouveau depuis le Brexit et considère les plus petits partis comme une potentielle alternative aux Tories et au Labour qui ont régné sur le Royaume-Uni depuis des lustres. Comme le Green Party of England and Wales (affectueusement surnommé les Greens), qui a pu ajouter 441 sièges lors de cette élection pour porter son nombre d’élu.es à 587. Cette progression s’est faite notamment auprès des jeunes dans les villes universitaires.
Jeremy Corbyn, chef du Labour de 2015 à 2020, a créé un nouveau parti Your Party. Ce parti adopte une posture plus à gauche et plus socialiste que le Labour, considéré comme plus au centre gauche et social-démocrate. Malgré qu’aucune de ses vingt candidatures n’ait été élue, Your Party reste à surveiller.
Les libéraux-démocrates, pris en étau depuis toujours, ont profité de la désaffection généralisée des partis traditionnels pour obtenir un petit gain de 155 sièges.
L’importance d’un coup de barre
Ces élections ont non seulement démontré un changement drastique dans l’échiquier politique britannique, elles ont également laissé place à un enracinement important de la droite radicale au niveau local au Royaume-Uni. Il s’agit d’un bouleversement historique qui bouscule le bipartisme britannique traditionnel. Il reste maintenant à voir si la dynamique du Reform UK se transposera à l’échelle nationale.
Dans ce contexte, le développement de nouvelles initiatives à gauche saura-t-il offrir une alternative aux tentations plus réactionnaires de l’électorat britannique? À suivre.








