Amazon : champion du lobbyisme et de l’exploitation

300 personnes étaient au rendez-vous du Gala du Prix du lobby 2026 d'ATTAC-Québec au Club Soda vendredi le 17 avril dernier.
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Un article de Claire Comeliau  

Recevoir un prix n’est pas toujours glorifiant : ce vendredi 17 avril, lors du Gala organisé par Attac Québec, la multinationale Amazon s’est vu décerner le prix du lobby de l’année, pointant du doigt l’influence toujours plus grande des multinationales sur les décisions publiques et les mécanismes d’exploitation qui leur sont sous-jacents.

Le prix du mépris

Cette année, aux côtés d’Amazon concourraient aussi SAP, Bayer, Brookfield et Live Nation qui se distinguent par leur capacité d’influence qui s’exerce aux dépens d’un véritable équilibre démocratique. Quatre critères de sélection ont été retenus pour les départager : la présence et les actions sur le territoire, influence sur les charges publiques, influence sur l’opinion publique et dans les publications scientifiques et utilisation des institutions publiques. L’année dernière, c’est le géant minier Glencore qui avait remporté ce prix.

Si la transnationale Amazon s’impose aujourd’hui comme une actrice naturelle dans nos quotidiens, ce prix rappelle que l’entreprise est aussi devenue une entité politique à part entière et qu’elle exerce une forte influence sur la société civile.

Exploitation du personnel et répression des droits sociaux

Cette possibilité de commander le matin et de recevoir le soir n’est pas anodine bien qu’elle fasse partie du quotidien de nombreuses personnes. Derrière cette rapidité se cachent une organisation et des mécanismes plus que brutales.

Dans ses entrepôts, les conditions de travail sont régulièrement dénoncées : cadence élevée, surveillance constante, taux de blessure important. En bref, tout pour bafouer les droits des travailleurs et travailleuses.

En complément s’ajoutent des stratégies antisyndicales qui ont éclaté au grand jour au Québec au début de l’année 2025. Les sept centres de tri et entrepôts d’Amazon au Québec ont soudainement fermé afin d’éviter une syndicalisation de son personnel entrainant la perte de plus de 2 000 emplois. Cette décision unilatérale en dit long sur les méthodes employées pour bloquer toute tentative de négociation de la part des travailleurs et travailleuses.

Pour autant, Amazon n’a pas réellement quitté le Québec, mais a plutôt déplacé son centre de gravité : en abandonnant ses opérations logistiques directes au profit de la sous-traitance, l’entreprise réduit sa visibilité sociale tout en maintenant ses activités commerciales sur le territoire.

Un essor fulgurant au cœur des systèmes économiques

Entreprise multinationale états-unienne fondée en 1994, Amazon n’est plus seulement un site de commerce en ligne et en quelques décennies, l’entreprise s’est transformée en véritable infrastructure.

Elle compte plus de 1,5 million d’employé.es répartis dans ses centaines de filiales à l’échelle mondiale et son chiffre d’affaires annuel a atteint les 574 milliards $ US en 2024. La multinationale s’est imposée dans des secteurs clés : logistique, divertissement, publicité, mais surtout infonuagique — défini comme « un mode de traitement des données d’un client, dont l’exploitation s’effectue par Internet, sous la forme de services fournis par un prestataire » — avec Amazon Web Services.

C’est justement cette diversification qui lui octroie sa place au cœur de l’économie mondiale et de nombreuses petites et moyennes entreprises dépendent désormais de ses services pour exister en ligne. Dans la même dynamique, des institutions publiques elles-mêmes s’appuient sur ces services pour gérer leur système ou encore stocker leurs données et Amazon s’insère alors au cœur même de l’appareil étatique.

En créant des relations de dépendance, Amazon infiltre d’autant plus toutes les sphères de la société et devient difficile à contourner.

Infiltration dans les institutions publiques

La position dominante d’Amazon s’étend à la sphère politique et touche bien plus que la seule économie. Au Canada, Amazon entretient une activité de lobbyisme effrénée. Le rapport d’ATTAC Québec dénonce la mobilisation d’un grand nombre de lobbyistes et la croissance des interventions auprès des institutions publiques dans le but d’influencer les politiques et législations liées au numérique et aux technologies.

Les données du registre fédéral confirment cette présence : Amazon Web Services mène des démarches auprès du gouvernement sur des enjeux de cybersécurité, contrats publics, de réglementation numérique… Ces interventions sont souvent réalisées dans l’intention d’obtenir des contrats publics dans le domaine de l’infonuagique.

Et la stratégie fonctionne. Au Canada, de nombreux services d’Amazon sont déjà intégrés aux infrastructures publiques et plusieurs ministères voient leurs données et certains services hébergés par Amazon Web Services et ses solutions infonuagiques. En infiltrant des infrastructures numériques de l’État, Amazon devient un acteur central dont les services deviennent difficiles à remplacer. La situation devient inquiétante quant à la capacité des pouvoirs publics à rester maitre de leurs outils et de leurs données.

Le symbole de la surconsommation

Outre les enjeux économiques et politiques, Amazon interroge aussi sur des enjeux éthiques se plaçant comme le modèle par excellence de l’incitation à la surconsommation.

La livraison rapide, devenue banale, repose en réalité sur l’exploitation de la main-d’œuvre et engage des impacts environnementaux non négligeables. L’instantanéité du service et la promesse de la vitesse de la livraison, sans parler du prix en dessous du marché, encouragent une consommation immédiate, quasi automatique et non réfléchie où acheter devient un réflexe et où le consommateur ou la consommatrice est déconnecté.e des conséquences.

Il est important de rappeler qu’Amazon n’est pas un cas isolé et que la multinationale incarne une transformation plus profonde. L’influence de certaines entreprises devient conséquente et elles redéfinissent parfois les règles.

Le prix du lobby de l’année a aussi pour but de lever le voile sur un système dans lequel le pouvoir des multinationales s’étend largement au-delà de ce que l’on voit : conséquences sociales et environnementales, influence des lobbyistes dans les décisions publiques… Il est fondamental de se mobiliser contre ce système pour une justice fiscale, sociale et écologique !