Crédit Photo: Pool Moncloa Fernando Calvo - Domaine public

par Isabel Cortés, correspondante

Nous ne pouvons pas permettre que les relations de pouvoir se construisent sur la menace dirigée contre chaque nation prise séparément. Telle fut la prémisse centrale avec laquelle le président de la Colombie, Gustavo Petro, est arrivé à Barcelone pour participer à la IVe Réunion en défense de la démocratie, un forum qui, entre le 15 et le 18 avril 2026, a réuni des responsables politiques de plus de 40 pays dans la capitale catalane. Son message était clair : « La réponse à la pression autoritaire ne peut pas être individuelle. Elle doit être collective. »

La rencontre, créée en 2024 par les présidents Pedro Sánchez et Luiz Inácio Lula da Silva, a tenu cette édition en parallèle avec la Mobilisation progressiste mondiale, convoquée par l’Internationale socialiste, le Parti des socialistes européens et l’Alliance progressiste. Le résultat fut la plus grande concentration de dirigeants progressistes du monde depuis le début du siècle.

Lula, Sheinbaum et Petro : les trois piliers du progressisme latino-américain

Dans l’ordre habituel: Yamandú Orsi, président d’Uruguay, Claudia Sheinbaum, présidente du Mexique, Gustavo Petro, président de la Colombie et Luiz Inácio Lula da Silva, président du Brésil @ Crédit photo: Présidence de la Colombie – Domaine public

Parmi les dirigeants présents, les analyses convergent pour identifier trois figures ayant maintenu des positions claires et cohérentes : Claudia Sheinbaum, Lula da Silva et Gustavo Petro. Tous trois partagent un parcours marqué par la fermeté face aux pressions externes et par un programme orienté vers le Sud global.

Sheinbaum a profité du sommet pour promouvoir une déclaration conjointe contre toute intervention militaire à Cuba et a proposé que le Mexique soit l’hôte de la prochaine édition en 2027. Son discours a ravivé la mémoire des peuples autochtones comme fondement politique : « Il existe des mémoires qui ne se conquièrent pas et des racines qui ne se déracinent jamais. » Sa présence à Barcelone a également marqué sa première visite officielle en Europe en tant que présidente, interprétée comme un geste de normalisation avec l’Espagne.

Lula da Silva a prononcé le discours le plus applaudi de la journée. Avec une intensité manifeste, il a interpellé directement les membres permanents du Conseil de sécurité : « Au nom de Dieu, respectez vos obligations de garantir la paix dans le monde, convoquez une réunion et mettez fin à cette folie de guerre. »

Au-delà de l’alliance Ibéro-Amérique : une rendez-vous du Sud global

La présence de Cyril Ramaphosa, président de l’Afrique du Sud, a constitué le fait géographique le plus marquant de cette édition. Promoteur de la plainte contre Netanyahu devant la Cour pénale internationale, Ramaphosa a relié le programme du forum à la politique étrangère de l’Union africaine ainsi qu’à la reconnaissance du génocide en Palestine, qu’il a qualifié de conséquence de « l’émergence de nationalismes à vision étroite ».

La déclaration conjointe de l’Espagne, du Brésil et du Mexique contre toute intervention militaire à Cuba, ainsi que l’engagement de renforcer l’aide humanitaire à l’île, ont tracé une ligne claire dans la politique étrangère progressiste. Le choix de tenir la prochaine rencontre au Mexique en 2027 consolide l’architecture informelle, mais croissante, de ce cycle de sommets. « Le temps de l’internationale ultradroite est arrivé à sa fin. », a affirmé le président espagnol Pedro Sánchez.

Programme commun : impôt sur les plus riches et encadrement technologique
Parmi les points de convergence, deux ont particulièrement retenu l’attention : la nécessité d’imposer un prélèvement mondial sur les plus grandes fortunes et la régulation des grandes plateformes technologiques.

Sánchez a forgé le terme « techno-oligarques » pour désigner les propriétaires des réseaux sociaux et les a avertis qu’il ne sera pas permis de tirer profit au détriment de la santé mentale des jeunes. Sheinbaum a insisté sur une proposition déjà présentée au G20 : consacrer 10 pour cent des dépenses mondiales en armement à un programme global de reboisement. « Au lieu de semer la guerre, semons la paix et la vie. »

Colombie et Espagne : plus que de la diplomatie

Dans le cadre du sommet, le président Petro a tenu une rencontre bilatérale avec le président Sánchez afin d’aborder les menaces qui pèsent sur le projet démocratique mondial, mais aussi des questions concrètes liées au programme économique bilatéral. Il ne s’agit pas d’un lien mineur : l’Espagne est aujourd’hui le deuxième pays investisseur en Colombie, une relation qui reflète l’approfondissement de liens allant au-delà de la langue commune.

Les résultats économiques confirment ces échanges. L’expérience des gouvernements progressistes du Mexique, du Brésil, de l’Espagne et de la Colombie a permis à ces nations de dépasser la moyenne de croissance mondiale, tout en s’accompagnant d’une réduction notable des inégalités sociales et de progrès significatifs dans la lutte contre la faim et la pauvreté. Ce ne sont pas de simples paroles : ce sont des données concrètes.

Une réponse à l’ère Trump, sans le nommer

Bien que la majorité des interventions aient évité de mentionner directement le président Donald Trump, compte tenu notamment que plusieurs délégations refusent l’étiquette « anti-Trump », les références implicites ont été constantes. Les critiques de la guerre en Iran, les appels au respect du droit international et le rejet de l’unilatéralisme ont constitué un message structuré que les spécialistes interprètent comme un contrepoids délibéré aux politiques de la Maison-Blanche. On connait ceux qui mettent en danger la démocratie, ont-ils laissé entendre, Sanchez incluant Poutine aux Trump et Netanyahu.

Le sénateur démocrate Chris Murphy a été parmi les rares à ne pas faire preuve d’ambiguïté: il a qualifié Trump de « plus grande menace pour la démocratie depuis la guerre civile ». Le gouverneur Tim Walz a été encore plus direct: « Nous avons un président qui engage une guerre sans menace, sans plan et sans armes nucléaires. Cela est du fascisme, il faut le nommer. »

Lors de la clôture, le président de l’Espagne a conclu avec une phrase qui a fait le tour des médias du continent : « Ils ont tenté à maintes reprises de nous faire avoir honte de nos idées et de notre histoire, mais cela se termine aujourd’hui à Barcelone : le 18 avril 2026, la honte change de camp. »

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Isabel Cortés
Isabel Cortés est journaliste colombienne avec plus de 14 ans d’expérience en journalisme d’investigation et en conseil pour les publications scientifiques. Son parcours s’est concentré sur la défense de la liberté de la presse, des droits humains et la promotion d’un journalisme indépendant et à impact social. Jusqu’en 2023, elle a occupé le poste de Directrice numérique de la Corporation des Journalistes du Valle del Cauca en Colombie, où elle a dirigé des stratégies visant à renforcer la profession journalistique et à promouvoir un environnement informationnel plus juste, libre et sécurisé pour les journalistes et celles et ceux qui défendent les droits humains.