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Par Shaïl Abdoulhoussen
Le mardi 14 avril 2026, l’Espagne a officiellement annoncé l’adoption de son décret de régularisation qui permettra d’accorder un statut légal à plus de 500 000 personnes sans papiers. Cependant, cette politique ambitieuse visant à renforcer la cohésion sociale espagnole et la croissance économique a fait beaucoup réagir.
Considéré comme le deuxième pays le plus visité au monde, l’Espagne et son président de gauche, Pedro Sánchez ont connu des moments difficiles. Entre le refus d’un budget en 2019, un gouvernement de coalition, une première depuis la fin du franquisme, une division profonde au sein de son propre camp politique ainsi que la montée de la droite (PP) et de l’extrême droite (Vox), l’Espagne est devenue fortement polarisée au fil des années.
Toutefois, toujours en suivant une ligne pro-européenne et progressiste, Pedro Sánchez a mis en avant de forts arguments en faveur des droits de la personne ainsi que des politiques sociales.
Le décret migratoire
Annoncé dès janvier 2026 et approuvé à la mi-avril 2026, le président espagnol a annoncé son plan de régularisation qui pourrait bénéficier à près d’un demi-million de personnes actuellement en situation irrégulière. Il s’agit de l’une des plus importantes régularisations récentes.
Ce décret s’adresse aux personnes en situation irrégulière ayant séjourné en Espagne pendant au moins 5 mois sans interruption avant le 1er janvier 2026. Ils ont jusqu’au 30 juin 2026 pour déposer une demande. Les bénéficiaires devront aussi être dépourvus de casier judiciaire et capable d’attester d’une intégration dans le pays, notamment à travers des attaches professionnelles, familiales ou sociales.
« Il s’agit d’un acte de normalisation, qui reconnaît la réalité de près d’un demi-million de personnes déjà intégrées à notre vie quotidienne. C’est aussi un acte de justice et une nécessité », affirme Pedro Sánchez sur le réseau social X,
Dans un premier temps, ce décret a été conçu pour mettre fin à l’économie souterraine, communément appelée « travail au black ». Cela permettrait en effet de garantir des conditions de travail légales, mais aussi de répondre aux besoins économiques du pays. Dans un deuxième temps, le vieillissement de sa population produit un contexte compliqué dans la société espagnole. Le gouvernement de Pedro Sánchez y voit donc, par le biais de cette régularisation, une solution pour résoudre ce problème. Et dans un troisième temps, le décret répond au besoin de main-d’œuvre dans plusieurs domaines clés comme la restauration, l’agriculture et l’hôtellerie.
Un tournant humanitaire fortement contesté
Malgré cet élan d’humanisme de la part du gouvernement espagnol, ce décret a suscité de nombreuses réactions au niveau local et continental.
Le chef du « Partido Popular » (droite), Alberto Núñez Feijóo accuse le gouvernement de « trahir les piliers de l’européisme » avec la régularisation des personnes migrantes. Selon lui, cette décision va à l’encontre des principes fondamentaux de l’Union européenne et constitue une rupture avec la politique extérieure traditionnelle de l’Espagne et avec la ligne migratoire européenne.
Du côté de l’extrême droite, le chef de « Vox » Santiago Abascal s’est indigné sur X en se référant à Pedro Sánchez : « Il déteste son propre peuple et part à la recherche d’un nouveau peuple pour pouvoir rester au pouvoir. »
À l’échelle européenne, plusieurs élus de la droite et de l’extrême droite française sont contre cette décision. Entre l’eurodéputé François-Xavier Bellamy du Parti populaire européen qui qualifie ce plan de « danger pour toute l’Europe », Éric Ciotti, ex-président des Républicains qui affirme que c’est une « trahison européenne » ainsi que les interventions de Marine Le Pen et Laure Lavalette, ce décret migratoire humaniste est au centre des débats.
Le débat dépasse ainsi les frontières espagnoles. Reste à savoir si ses voisins européens suivront cette inspiration humaniste.









