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Par Hassan El-Khansa, correspondant

Le réseau transnational Solidarité internationale contre le fascisme (Global Solidarity Against Fascism – GSAF) a tenu sa première rencontre à Montréal sur le thème Réfléchir les solidarités transnationales contre l’extrême droite et le fascisme les 1er et 2 juin derniers. Des délégué.es de différents endroits de la planète ont témoigné mardi en fin de journée du combat dans leur région en conclusion des discussions.

Animée par Vanessa Gordon, enseignante en science politique au collège Dawson et co-présidente d’Alternatives et co-organisée avec le Centre des travailleuses et des travailleurs immigrants (CTI) de Montréal, le panel était composé de Mostafa Henaway du CTI, Herman Kumara du Sri Lanka, un intervenant d’origine indienne, Daniel Cara de la Campagne nationale pour le droit à l’éducation au Brésil, Maria Helen Dabu, originaire de Philippine et secrétaire générale de l’Association pour l’éducation de base et des adultes d’Asie du Sud-Est,  et le soudanais Magdi El Na’im vivant en Suède.

La situation des travailleuses et des travailleurs migrants depuis l’élection de Carney

Mostafa Henaway du CTI critique le gouvernement de Mark Carney qu’il l’associe à une « intégration du Canada à l’empire américain » et à un virage néolibéral sans précédent. Il décrit une situation migratoire marquée par une baisse considérable de la population étudiante étrangère, un accroissement de la précarité de millions de personnes issues de l’immigration et un système à deux vitesses au Canada.

Henaway dénonce la loi C-12 qui resserre le droit à l’asile et élargit les pouvoirs du gouvernement en contrôle migratoire. Elle entraîne aussi une hausse historique des déportations du Canada et des discours anti-migrants. Il évoque une tentative de « plaire à Trump » de l’administration Carney. Le responsable du CTI conclut en appelant à la solidarité avec la population migrante.

La dégradation de l’écosystème au Sri Lanka

Herman Kumara, président du National Fisheries Solidary Movement (NAFSO) au Sri Lanka, témoigne de la dégradation environnementale de son pays liée aux activités humaines. Il revient sur le tsunami de 2004 et la création de « zones tampons », ayant entraîné l’expulsion de la population au profit du tourisme. Il critique ensuite les ravages environnementaux et sociaux de l’aquaculture, de l’extraction de sable et du tourisme, dans le cadre « l’économie bleue » de la Banque mondiale.

Kumara souligne la répression de l’opposition dans le contexte post-guerre civile, tout en notant la persistance de mobilisations et de discussions avec les autorités gouvernementales. Il termine en insistant sur l’importance de repousser les projets de développement industriel et de miser sur une économie écologique.

L’Inde et la montée du nationalisme hindou

La personne intervenante d’origine indienne s’est concentrée sur la montée de l’hindutva, une idéologie visant à faire de l’Inde une nation exclusivement hindoue, renforcée par l’élection de Narendra Modi et la crise du capitalisme selon elle. Elle identifie les Dalits, les femmes, ainsi que la population musulmane, comme étant les groupes les plus marginalisés de la société indienne, affectée par la mouvance hindutva, s’appuyant sur leur précarité pour mener à bien sa démagogie.

L’intervenante mentionne que les législations discriminatoires envers les minorités et le monde du travail n’ont fait que se multiplier depuis l’arrivée au pouvoir de Narendra Modi. Elle évoque tout de même la large mobilisation du milieu agricole. Malgré la répression du gouvernement de la société civile, la détermination de monde paysan a poussé le gouvernement à abandonner les lois qui venaient à l’encontre de leurs intérêts.

Elle signale la présence de secteurs parmi la diaspora qui soutiennent l’hindutva. Issus des classes supérieures, ils rêvent de faire de l’Inde une « nouvelle nation capitaliste hindoue ». Sur le plan international, elle qualifie l’alliance entre les États-Unis, Israël et l’Inde de Modi comme un « axe du mal ».

L’éducation au Brésil

Daniel Cara, professeur et éducateur brésilien, membre du comité de direction de la Campagne nationale pour le droit à l’éducation et associé au réseau latino-américain CLADE, présente la montée du fascisme au Brésil avec l’expansion des « écoles sans parti ». Il s’agit d’écoles qui se veulent politiquement neutres, des écoles civico-militaires gérées par des militaires, ainsi que de l’éducation à la maison, depuis la précédente administration du conservateur Jair Bolsonaro.

Il note que la montée du fascisme a renforcé les inquiétudes de nombreuses familles conservatrices face à « l’endoctrinement » à l’école. Selon lui, la panique morale à ce propos a mené à l’élection massive de députés et sénateurs de droite au cours des dernières années au Brésil. Il considère que cette reconfiguration du système d’éducation au Brésil a facilité les coupures gouvernementales dans l’éducation, ainsi que la baisse de la démocratie.

Il mentionne que les professeurs au Brésil réclament un financement de l’éducation équivalent à 10 % du PIB. Il insiste sur l’importance de « parler aux gens », surtout dans une société inégale, de droite et patriarcale comme le Brésil. Citant le pédagogue brésilien Paulo Freire, il rappelle qu’« il faut combattre, combattre, combattre ».

Philippines

Maria Helen Dabu, secrétaire générale de l’Association pour l’éducation de base et des adultes d’Asie du Sud-Est (Asia South Pacific Association for Basic and Adult Education -ASPBAE) parle d’un retour du « New Society » depuis l’élection de Bongbong Marcos. Il s’agit d’une idéologie prônant l’ordre et le nationalisme, associée au régime autoritaire de son père, Ferdinand Marcos, qu’elle qualifie de « MAGA philippin ». Elle explique que la promesse de lutte contre le trafic de drogue de l’ère Duterte a contribué à la résurgence de cette idéologie.

Elle souligne l’importance de l’éducation, de la mobilisation, du vote et des engagements diplomatiques pour développer un sens critique et mener des changements sociétaux avec succès. Elle note que l’arrestation de Duterte à la Cour internationale de justice a été possible grâce à un travail efficace de la société civile pour documenter ses crimes.

Le Soudan qui souffre

Magdi El Na’im, de l’Observatoire des droits humains au Soudan (Sudan Human Rights Monitor) est intervenu au sujet de la guerre qui sévit actuellement au Soudan. Il explique que le conflit actuel a débuté comme une contre-révolution à la révolution de 2018. Il indique que la situation actuelle est due au gouvernement soudanais, ayant toléré pendant de nombreuses années les Forces de support rapide (FSR) alors connues sous le nom de Janjawids, le groupe armé auquel il fait face aujourd’hui. Il précise que l’armée contrôle plusieurs secteurs clés de l’économique, telles que les ressources naturelles et les banques et que l’enclenchement de la guerre en 2023 s’inscrit dans un contexte de compétition pour les richesses avec les FSR.

Il mentionne certains développements positifs au sein de la société soudanaise, dont la création de syndicats, notamment pour les femmes travailleuses du thé et les femmes domestiques.

Un fil conducteur commun

Vanessa Gordon fait remarquer le dénominateur commun de la montée mondiale de l’extrême droite : la construction d’un « extérieur », soit la stratégie de désigner un groupe comme étranger, ce qui contribue à un affaiblissement de la démocratie. De plus, elle fait un parallèle entre la situation sous Carney et le Sri Lanka, où les gouvernements se permettent de passer des législations d’urgence lors de contexte sociopolitique anxieux.

Au sein de l’auditoire, un intervenant met de l’avant l’importance de la contre-attaque et de la participation active contre les discours dominants et d’éviter de nourrir l’extrême droite par des aspirations trop progressistes par la gauche.