La semaine en Haïti (7-13 juin 2021)

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Hérold Constant

Arrivée de la mission de l’OEA en Haïti : le référendum « reporté »

Une mission de l’Organisation des États Américains (OEA), composée particulièrement des représentants du Canada, des États-Unis, du Costa Rica, de l’Équateur et de Saint-Vincent-et-les Grenadines, a eu lieu cette semaine en Haïti du 8 au 10 juin 2021. Sollicitée par le pouvoir de facto, son but officiel serait de faciliter le dialogue en vue d’une solution à la crise sociopolitique actuelle. Dès la veille de son arrivée, ce gouvernement avait annoncé le report sine die du référendum inconstitutionnel qui devait se tenir le 27 juin.

AlterPresse (11 juin 2021) rapporte que « Durant leur séjour, les ambassadeurs ont rencontré le président de facto Jovenel Moïse, des partis et regroupements de l’opposition et des membres de la société civile ». L’apprenti dictateur Jovenel Moïse a confirmé sa rencontre avec ces émissaires à travers des postes sur les réseaux sociaux, en disant : « Je remercie la mission de l’OEA pour sa présence en Haïti, malgré la pandémie. J’en ai profité pour solliciter le support de l’Organisation dans le cadre de l’organisation des élections, notamment sur le plan sécuritaire. L’implication de l’OEA dans le processus sera capitale ». Si une frange de l’opposition politique officielle n’a pas voulu les rencontrer en insistant plutôt sur le départ du présent de facto, une autre l’a fait tout en soumettant un cahier de revendications incluant son départ. Plusieurs autres partis ont dénoncé le fait de n’avoir pas pu participer à ces discussions.

Toutefois, certains acteurs de la société civile considèrent cette initiative comme une perte de temps, car, les émissaires auraient exigé la réalisation des élections durant l’année 2021, alors que les partis politiques de l’opposition pensent que la solution à la crise actuelle passe d’abord et nécessairement par le départ de Jovenel Moise, dont le mandat est bouclé depuis le 7 février 2020. Le but de cette mission se révèle encore moins réaliste quand on considère que, outre l’illégitimité et la moralité douteuse du pouvoir en place, aucune élection crédible n’est possible dans l’état actuel de criminalité généralisée qui règne en Haïti. Il reste à attendre le rapport de cette commission devrait sortir dans deux semaines.

Covid-19 : Multiplication des cas de contamination

Les cas de contamination au covid-19 se multiplient de jours en jours en Haïti. Le 09 juin, le Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP) a indiqué que le pays a connu 2.678 cas et 77 décès depuis le début de la 3e vague. Ce qui représenterait une augmentation de 300%.

Cette hausse gonfle le nombre d’hospitalisation dans les rares centres de traitement de la maladie. Plusieurs centres ont déjà annoncé leur incapacité à recevoir de nouveaux malades. C’est le cas de l’Hôpital Saint-Luc, de l’Hôpital de Canapé-Vert, de l’hôpital Adventiste de Diquini. Pour l’instant, seuls les cas de décès des personnalités publiques sont rapportés. La population peine à respecter les mesures de distanciation physique. « Environ trois semaines après l’annonce du président Jovenel Moise relative à l’arrivée sous peu des vaccins anti-Covid, la population attend encore la disponibilité des premières doses » (Extrait, Le National, 14 juin 2021). Après l’annonce du report du référendum du 27 juin, l’Organisme des droits humains Fondasyon Je Klere (FJKL) appelle à utiliser le budget dans le renforcement des capacités sanitaires et sécuritaires.

Face à la criminalité généralisée : la Police Nationale d’Haïti (PNH) fait un aveu d’impuissance

En ce qui concerne la criminalité, le début du mois de juin est plutôt marqué des affrontements sanglants entre des gangs armés dans la région métropolitaine de Port-au-Prince. Il est difficile de déterminer l’origine de ce conflit. Des rumeurs persistantes évoquent un conflit terrien dans les hauteurs de Pétionville, impliquant un riche homme d’affaire haïtien. De son côté, l’État a failli à sa mission d’arbitrage et de maintien d’ordre. La population civile est laissée à la merci des bandits. Le journal Haïti-Libre rapporte que « Les haïtiens contraint de fuir ces assauts meurtriers à Martissant, se regroupent dans au moins 4 points : le marché-poisson, la place publique à Fontamara, Bizoton à l’église Mont-Carmel et au Centre sportif de Carrefour ». Dans ces camps de réfugiés, la famine et la promiscuité font rage. Aucune mesure de distanciation physique n’y est pratiquée. Seules quelques initiatives de la société civile ont permis à ces personnes de recevoir quelques kits alimentaires. Jusqu’à présent, aucune explication, ni bilan n’est présenté par les autorités étatiques.

La guerre civile a causé des victimes même dans les rangs de la PNH. « Des policiers ont été tués lors d’attaques de groupes armés contre les commissariats de Drouillard et de Portail Saint-Joseph, entre autres. Pas moins de cinq commissariats ont été attaqués par des gangs armés ces derniers jours, a fait savoir le directeur général de la Police nationale d’Haïti. En conférence de presse jeudi, Léon Charles s’est dit révolté face à cette situation et a appelé la population à se révolter contre l’insécurité et les groupes armés » (Extrait, Le Nouvelliste, 11 juin 2021). Le parton de la PNH en a profité pour avouer l’impuissance de l’institution qu’il dirige, en appelant la population à un soulèvement général.

Notons qu’entre temps, plusieurs personnes ont été enlevées durant ces deux semaines de conflit armé, dont certaines sont encore gardées en otage. Durant cette semaine, la Commission épiscopale nationale Justice et Paix (CE-JILAP) a dénoncé ce climat de violence qui tue et chasse de paisible citoyens.