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par Lyna Zorgane, correspondante

Des centaines d’étudiant·es de cégeps et d’universités ont envahi le centre-ville de Montréal le vendredi 27 mars pour clore une semaine de grève nationale lancée par la Coalition de résistance pour l’unité étudiante syndicale (CRUES). Leur cri : le réseau d’enseignement supérieur québécois est en train de s’étouffer, faute de financement. Mais ce que personne dans la foule ne disait tout haut  et que les chiffres disent très clairement, c’est qu’ils n’étaient pas seuls.

À Belgrade, les mouvements étudiants bloquaient encore récemment les universités depuis novembre 2024. En 2026. des étudiant.es portugais.es de l’enseignement supérieur ont manifesté à Lisbonne pour des logements plus abordables, la fin des frais d’inscription et plus d’aide sociale. Ce vendredi-là à Montréal, pendant que les pancartes oscillaient sous le soleil de mars, une onde mondiale traversait les universités de la planète. Partout, la même équation : les gouvernements coupent, les étudiant·es descendent dans la rue.

Les gouvernements du monde coupent!

Les chiffres donnent le vertige. Selon l’UNICEF, l’aide internationale à l’éducation prevoit une chute de  de 3,2 milliards US d’icila fin 2026 , soit une baisse de 24 % par rapport à 2023, et trois pays donateurs suffisent à expliquer 80 % de ces coupes. Résultat : 6 millions d’enfants supplémentaires pourraient se retrouver hors de l’école d’ici la fin de l’année, et au moins 290 millions d’élèves à travers toutes les régions du monde risquent de voir la qualité de leur éducation décliner.

Aux États-Unis, l’administration Trump a signé un décret pour fermer le département fédéral de l’Éducation. Avant même ce coup de grâce, l’agence avait annoncé une réduction de sa main-d’oeuvre de près de moitié. Entre novembre 2024 et novembre 2025, le nombre d’employé.es du département a chuté de plus de 50%. Des centaines de millions en financement ont été gelés à des universités comme Columbia, du jour au lendemain.

En Europe, même tendance. Aux Pays-Bas, le gouvernement a planifié des coupes de plus d’un milliard d’euros dans l’enseignement supérieur et la recherche, provoquant des mobilisations massives à La Haye, Utrecht et Leiden, milieux étudiants, professeurs, banques et maires confondus. En Italie, le budget 2026 du gouvernement Meloni a priorisé les dépenses de défense au détriment des services publics, incluant l’éducation, déclenchant des manifestations dans plusieurs villes depuis octobre 2025.

Et au Portugal, trois jours seulement avant la manifestation montréalaise, des centaines d’étudiant·es défilaient à Lisbonne de la Rossio jusqu’au parlement, scandant que l’enseignement supérieur devenait inaccessible aux plus pauvres.

Belgrade, le cas le plus radical

Si une image résume la colère étudiante mondiale en 2025-2026, c’est peut-être celle de la Serbie. Tout a commencé avec l‘effondrement d’un auvent de gare à Novi Sad en novembre 2024 ou il y a eu 16 morts, symbole d’une corruption d’État généralisée.

Les mouvements étudiants ont alors bloqué les facultés à travers tout le pays, en demandant notamment une augmentation de 20 % du budget de l’enseignement supérieur. Le 15 mars 2025, plus de 300 000 personnes ont rempli les rues de Belgrade dans ce qui est considéré comme la plus grande manifestation de l’histoire moderne de la Serbie. Le mouvement ne s’est pas arrêté depuis.

Retour place Dorchester

Dans ce contexte mondial, ce qui s’est passé à Montréal vendredi n’est pas un événement local. C’est un maillon d’une chaîne qui s’étend de Lisbonne à Belgrade, de Jakarta à Bogotá. Selon le Carnegie Endowment for International Peace, des manifestations contre des mesures d’austérité ont secoué en 2025 la Belgique, l’Indonésie, la France, la Slovaquie, la Roumanie et l’Argentine, entre autres. L’organisation Scholars at Risk a documenté 395 attaques contre des chercheur·es, étudiant·es et institutions dans 49 pays entre juillet 2024 et juin 2025.

Au Québec, les revendications de la CRUES sont concrètes : réinvestissement dans les infrastructures, réforme de l’aide financière aux études, rémunération des stages. Déjà une première victoire : les frais institutionnels imposés aux doctorant·es de l’UQAM ont été annulés après pression du mouvement. D’autres assemblées de reconduction sont prévues. Un appel à la grève sociale le 1er mai circule.

La CRUES a obtenu une première victoire à l’UQAM. Les doctorant·es paieront moins. C’est concret, c’est réel. Mais pendant ce temps, l’UNICEF compte 6 millions d’enfants de plus qui risquent de ne plus aller à l’école. La victoire est locale. Le problème, lui, ne l’est pas.

La Génération Z est la plus diplômée de l’histoire. Elle est aussi la première à entrer dans une économie qui lui offre moins qu’à ses parents. Ce paradoxe-là, aucun piquetage ne le résout en une semaine.