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par Charline Caro, correspondante
Lors des élections municipales de mi-mars, les partis de gauche se sont livrés à d’intenses combats médiatiques et politiques, refusant parfois de s’allier au risque de faire gagner la droite et l’extrême droite. À un an des élections présidentielles, plusieurs appellent les partis de gauche à l’union, mais les ruptures semblent plus fortes que jamais.
« J’appelle à constituer un véritable cordon sanitaire pour isoler La France insoumise et la tenir à l’écart des institutions », a récemment déclaré Jordan Bardella, le chef du parti d’extrême droite du Rassemblement national (RN), en vue des élections municipales.
Dans le cadre des élections municipales qui se sont tenues à la mi-mars, les appels à faire barrage à La France insoumise (LFI) se sont multipliés, du centre à l’extrême droite. « Aucune voix pour LFI », défendait Bruno Retailleau, le chef du parti de droite Les Républicains. « LFI est hors du champ républicain », soutenait l’ancienne première ministre macroniste Élisabeth Borne.
Ces formules, loin d’être nouvelles, étaient auparavant destinées au RN, un parti fondé notamment par des néonazis, que la grande majorité de la classe politique refusait de laisser prendre le pouvoir.
Ces déclarations sont révélatrices de la tendance politique à l’œuvre depuis plusieurs années en France, soit celle de la diabolisation de la gauche « radicale », voire de la gauche, au profit de la normalisation des idées et des partis d’extrême droite.
Dans les semaines qui ont précédé ces élections, l’espace politico-médiatique s’est emparé de deux évènements pour achever la relégation de LFI à un parti antirépublicain.
Le premier, celui de la mort du militant d’extrême droite Quentin Deranque, frappé par des militante·s antifascistes associé·es à LFI lors d’une rixe à Lyon, a été interprété par une grande partie des médias et des responsables politiques comme la preuve que LFI était un mouvement violent. Toutefois, « si on fait un bilan sinistre des décès causés par les radicaux depuis 1986, la gauche a tué six personnes, la droite 59 », rapportait l’historien Nicolas Lebourg à Libération.
Le second, est une « blague » de Jean-Luc Mélenchon, le chef de LFI, qui s’est amusé de la prononciation du nom de Jeffrey Epstein par les médias, qui le prononceraient « Ep-stine » et non « Ep-staïne », laissant entendre que ces derniers cherchent à masquer la judéité d’Epstein et ses rapports avec Israël. Les accusations d’antisémitisme ont alors déferlé contre LFI, dont les membres sont régulièrement rendu·es coupables de ce délit pour leur position en faveur de la Palestine, mais aussi pour ce genre de dérapage de leur chef.
« Aucun·e dirigeant·e politique de gauche qui prétend défendre un programme antiraciste fort ne devrait faire des blagues de ce genre », écrit la journaliste Rockaya Diallo. Si la déclaration de Mélenchon est, selon elle, condamnable à juste titre, elle regrette néanmoins que l’antisémitisme structurel du RN soit lui passé sous silence. Aux élections municipales, près de 25 candidat·es et colistier·ères du RN avaient déjà tenu des propos antisémites, et une centaine avaient tenu des propos racistes, selon un décompte réalisé par le média Bon pote.
Des gauches en opposition
Dans ce contexte, les autres partis de gauche ont été frileux, voire opposés à s’allier à LFI pendant les élections municipales, durant lesquelles les alliances sont souvent utilisées pour remporter des mairies. Le chef du Parti socialiste (PS) Olivier Faure a appelé ses candidat·es à ne pas conclure d’ententes avec leurs collègues insoumis·es.
« Ce n’est pas notre histoire, ce n’est pas notre tradition. Pour moi, ils [LFI] ne sont pas de gauche. Nous sommes la gauche. Nous sommes la gauche qui peut gagner. Nous sommes la gauche républicaine », a déclaré Raphaël Glucksmann, potentiel candidat à l’élection présidentielle de 2027, et président du parti Place publique qui réunit des socialistes et d’ancien·nes macronistes.

Dans les médias, les alliances entre LFI et les autres partis de gauche ont régulièrement été qualifiées de « dangereuses », « nocives » ou même « toxiques ».
Sur le terrain, les choses ont toutefois été plus nuancées, alors que les candidat·es aux mairies sont libres de s’allier à qui que ce soit, au-delà des consignes données par les chef·fes nationaux·ales. Certain·es ont effectivement refusé de s’allier avec des candidat·es LFI au second tour, risquant de voir gagner un·e candidat·e de droite ou d’extrême droite grâce à la division de l’électorat de gauche. D’autres ont toutefois noué des ententes, comme à Lyon, entre les écologistes et les insoumis·es, ou à Toulouse, entre les socialistes et les insoumis·es.
Quant aux résultats, la gauche conserve les trois plus grandes villes de France, mais perd certaines villes moyennes au profit de la droite. LFI connaît toutefois une croissance, en s’imposant dans plusieurs villes populaires. De son côté, le RN affiche une progression historique, passant de 22 à 74 mairies.
L’après
Alors que les élections présidentielles se tiennent dans un an, la grande question est de savoir si les gauches resteront irréconciliables, ou si elles pourront s’allier pour favoriser une victoire.
D’un côté, les récentes déclarations fratricides témoignent d’une rupture de plus en plus forte entre les socialistes et les insoumis·es notamment. Les candidats auto-proclamés de ces deux camps, Raphaël Glucksmann et Jean-Luc Mélenchon, se situent sur des lignes antagonistes, alors que l’un se revendique d’une social-démocratie libérale et que l’autre défend une gauche de rupture et antifasciste.
De l’autre, la victoire de la gauche semble compromise si plusieurs candidat·es progressistes s’affrontent à l’élection présidentielle, alors que le RN est crédité de 35 % des intentions de vote, et le bloc central de 20 %. C’est pourquoi une partie de l’électorat et des personnalités de gauche réclament une primaire, qui permettrait d’élire un candidat unique, socialistes, insoumis·es, écologistes et communistes confondu·es. « L’unité est notre seule option pour rassembler l’électorat nécessaire pour gagner la présidentielle », écrit un collectif de personnalités dans une tribune parue dans Libération.
Si elle apparaît aujourd’hui compliquée, l’union des gauches a déjà eu lieu très récemment, notamment lors des élections législatives de 2024, où tous les partis progressistes s’étaient rassemblés derrière des candidatures et un programme unique, remportant 28% des suffrages.







