Les élections législatives hongroises, un vrai test pour la démocratie

Manifestation contre Orban dans les rues de Budapest, le 15 mars dernier.
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Un article de Claire Comeliau 

Mise à jour !

Au lendemain de l’élection hongroise, les résultats sont sans appel : Viktor Orban n’obtiendra pas de nouveau mandat en dépit de l’appui des Etats-Unis et de la Russie. La victoire de Péter Magyar est écrasante et rassemble 138 sièges remportés sur 199 avec 53,06% des voix contre 55 sièges pour le Fidesz. Le taux de participation est significatif et constitue avant tout une grande victoire démocratique. Près de 79,56% des électeurs sont allés voter, avec une mobilisation particulièrement élevée chez les jeunes : un record historique pour le pays depuis la chute du bloc de l’est en 1990. Face à une population hongroise plus que jamais mobilisée et désireuse d’alternance politique, Viktor Orban n’a pas eu d’autre choix que de s’incliner et de reconnaitre sa défaite. Le sort de la Hongrie est dorénavant entre les mains de Péter Magyar, face à une population aux attentes élevées en faveur de renouveau démocratique.

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Le 12 avril prochain, 7.8 millions de hongrois et hongroises sont invités à élire la chambre unique de leur parlement, composée de 199 membres et de son Premier ministre. Cette date pourrait bien marquer l’histoire du pays qui subit la main de fer de Viktor Orban depuis près de seize ans. Les derniers sondages indiquent que le Fidesz d’Orban arriverait en deuxième position, 9 points derrière le parti d’opposition Tisza de Peter Magyar.

Une démocratie illibérale

Depuis une quinzaine d’années, le pouvoir est concentré dans les mains de Viktor Orban qui multiplie les dérives illibérales et ne cesse d’entraver la démocratie et l’État de droit pour renforcer la centralisation du pouvoir et le conserver. Depuis 2017, l’indicateur démocratique du pays a baissé de 10 points selon Freedom House, avec un score général de 65/100 en 2026. La suppression du second tour lors des élections législatives par exemple, rend plus ardues les alliances entre partis d’opposition et le pluralisme politique en fait les frais. Orban ne s’en cache pas et affirme publiquement qu’il compte bien gouverner le pays jusqu’en 2030. La perte d’indépendance de la justice au détriment du pouvoir législatif et exécutif lui octroie ainsi une plus grande marge de manœuvre.

La politique chrétienne nationaliste-conservatrice du Fidesz est liberticide : elle s’échine à restreindre le droit à l’avortement, les droits des personnes LGBT+ ou encore celui des binationaux qui courent le risque d’une suspension de leur citoyenneté hongroise. Allant au-delà de la restriction des libertés individuelles, Orban est aussi devenu un véritable prédateur pour la liberté de presse en imposant des restrictions et des pressions sur les journalistes et les médias indépendants. Reporters Sans Frontières tire d’ailleurs la sonnette d’alarme : 10e sur 180 pays en 2006, la Hongrie est descendue à la 68e place dans son classement mondial de la liberté de presse en 2025.

Élément perturbateur de l’UE

Depuis 2010, on assiste à un essoufflement de l’État de droit en Hongrie, pourtant membre de l’UE depuis 2004. Si l’UE fut bâtie sur la base d’accords économiques, elle a développé des valeurs qui lui sont propres au fil du temps, et l’État de droit est maintenant une condition pour y rentrer. La position pro-russe d’Orban vis-à-vis de la guerre en Ukraine est aussi en pleine contradiction avec la majorité des autres nations européennes. Il est donc devenu évident que le pays ne pourrait plus y prétendre aujourd’hui. À ce propos d’ailleurs, la Commission européenne et le parlement européen n’ont pas manqué de condamner régulièrement les dérives autoritaires du pays.

Le recours à l’article 7 du Traité de l’Union européenne peut conduire à la privation du droit de vote d’un État au conseil de l’UE si celui-ci présente des risques de violation des valeurs de l’Union européenne listées dans l’article 2, ce qui est le cas de la Hongrie de Viktor Orban. L’unanimité étant requise pour mener à bout cette procédure, Orban compte sur le soutien de l’Italie de Giorgia Meloni, de la Slovaquie de Robert Fico et la Tchéquie d’Andrej Babiš pour bloquer le processus. Les autres extrêmes droites européennes telles que le RN français, l’AFD allemande, le VOX espagnol, le FPO autrichien ou le PVV néerlandais soutiendront, elles aussi, Orban lors de ces prochaines élections.

La stratégie Magyar

Depuis quelques années, l’économie de la Hongrie se porte mal. En témoignent une augmentation des prix de 50% depuis 2020, la dégradation du pouvoir d’achat, de pair avec une corruption en hausse. C’est dans ce contexte que Peter Magyar, principal opposant d’Orban, a gagné en popularité sur la scène politique hongroise. Dissident du Fidesz, il est déterminé à reprendre les rênes de la gouvernance par les urnes le 12 avril prochain. Son parti, le Tisza, base son programme sur la lutte anticorruption, la restauration de l’État de droit et de la liberté de presse dans le pays. Député européen au sein du Parti Populaire Européen (centre droit), Peter Magyar est décidé à renouer avec l’Union européenne.

Sa campagne électorale pro-active avec son « Tour de la Hongrie en 80 jours » lui a permis de rapidement gagner en popularité. Il arpente énergiquement les zones rurales et les petites communes délaissées et multiplie les forums citoyens à travers la Hongrie pour mobiliser la population, présentant l’élection sous l’angle d’un référendum contre Orban, peu importe la couleur politique.

Quel électorat derrière Magyar ?

Pourtant, la ligne politique de Magyar reste assez similaire à celle d’Orban. En effet, il n’a quitté le Fidesz qu’en 2024 et peut donc espérer récupérer une bonne partie de l’électorat conservateur, lassée d’Orban. Mais il reste aphone quant aux questions concernant les minorités sexuelles et prévoit de poursuivre la politique radicale contre l’immigration illégale menée par Orban. Et s’il affirme vouloir mettre fin à la dérive de la Hongrie hors de l’Union Européenne, il s’opposera à toute procédure accélérée d’adhésion de l’Ukraine.

La grande majorité de l’électorat de gauche et des libéraux est face à un dilemme : Vote de cœur ou vote de raison ? Devrait-on s’en remettre à Magyar, seule figure capable de détrôner Orban ?  Ceux qui décident de donner leur voix au Tisza se rangent derrière la rhétorique « Tout sauf Orban », sans grandes illusions.  La plupart espèrent malgré tout que la nomination de Magyar entraînera une brise de renouveau démocratique pour la Hongrie susceptible de redonner vie au pluralisme politique, devenu aujourd’hui inexistant.

Mobiliser la peur pour se maintenir au pouvoir                     

Gouverner par la peur est souvent la stratégie adoptée par les gouvernements autoritaires pour conserver le pouvoir. Face à la menace de perdre sa mainmise sur le pays, Orban est fidèle à cette méthode et fonde sa campagne sur l’instrumentalisation des peurs existentielles des gens.

Fervent adepte et défenseur de la théorie du « grand remplacement », qu’il utilise pour alimenter la peur du déclin démographique ou culturel, il en a organisé un sommet international à Budapest en 2021. Cette théorie reprise par l’extrême droite chrétienne présente l’immigration, l’avortement et les minorités sexuelles comme une menace existentielle pour la population de culture judéo-chrétienne.

Orban attise également la peur de la guerre et la haine de l’Ukraine en assurant que si Magyar est élu, la Hongrie entrera à son tour dans la guerre qui se déroule à l’est. Son discours vise à faire percevoir l’Ukraine comme une plus grande menace que la Russie.

La question des ingérences étrangères

La question des ingérences étrangères plane aussi sur cette élection. L’administration MAGA soutient Orban de fait, Trump appelant explicitement la population hongroise à voter pour le Fidesz.

La Hongrie est le seul ami européen de la Russie et son cheval de Troie dans l’UE.  Preuve en est l’échange téléphonique récemment révélé entre le ministre des Affaires étrangères hongrois et son homologue russe à propos de la sœur d’un oligarque russe. Poutine a tout intérêt à ce qu’Orban se maintienne au pouvoir face à un opposant pro-européen. Des soupçons d’ingérence russe ont déjà été mis au jour par le journaliste d’investigation hongrois Szabolcs Panyi sur VSquare.org, média d’Europe centrale, et le Kremlin aurait une équipe basée dans l’ambassade russe de Budapest opérant pour maintenir Orban au pouvoir. En réponse à cette révélation, les autorités ont décidé de porter plainte contre le journaliste pour « espionnage », ce qui reflète le piètre niveau de la liberté de presse du pays.

Le gouvernement Orban, de son côté, n’hésite pas dénoncer des supposées opérations d’ingérence de l’Ukraine initiées par Zelensky. La désinformation et l’utilisation de l’intelligence artificielle en ligne par le Fidesz fait aussi partie intégrante de la campagne électorale du 12 avril prochain pour décrédibiliser l’opposition.

Malgré les sondages favorables au Tisza, la partie est loin d’être gagnée pour l’opposition hongroise et les cartes sont encore en jeu. La fin du règne d’Orban permettrait à la Hongrie de s’engager à nouveau dans un renouveau plus démocratique après seize ans de dérives autoritaires. Elle permettrait à l’Europe de regonfler son moteur démocratique face à la Russie et de faire savoir au monde qu’une autre voie est possible face aux pouvoirs autocratiques.