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Par Marcelle Imelda Njiki, collaboratrice

Deux grands rassemblements se sont tenus à Montréal sur la Palestine dans lesquels Rima Hassan, eurodéputée de La France insoumise (LFI), était présente en vidéo. Le premier, le 30 mars, portait sur la perspective transnationale de solidarité avec les luttes palestiniennes. Le deuxième, le 31 mars, a abordé les résistances contre la montée du fascisme et de l’extrême droite. Des centaines de personnes se sont mobilisées pour assister aux deux conférences dont les panels étaient composés de grandes figures emblématiques du mouvement pour la Palestine. Au-delà de l’événement, comment poursuivre la solidarité avec la résistance palestinienne?

On retrouvait plusieurs militantes et militants impliqué·es dans les enjeux de la solidarité, d’une part Tara Alami, Aaron Maté, Hatem Bazian, Reem de Palestininan Youth Movement (PYM), et d’autre part, animée par Nima Machouf, on retrouvait Émilie Nicolas, Jonathan Durand-Folco, Haroun Bouazzi et Safa Chebbi. Ces conférences ont permis de mettre l’accent sur un point essentiel de la lutte : l’embargo sur les armes à feu pour mettre fin au génocide en Palestine.

L’embargo sur les armes à feu

Un rassemblement contre l’expédition de pièces d’équipement militaire vers Israël, à Marseille, le 5 juin 2025, au lendemain du refus de dockers de la CGT à Marseille de charger un conteneur rempli de composants militaires à destination d’Israël @ Photo de Christophe SIMON / AFP

Un point culminant de la résistance contre l’État d’Israël est l’embargo sur les armes à feu, y compris sur le matériel technologique prévu pour faire la guerre. C’est une mesure qui vise à imposer une sanction pour toute livraison d’armes à un État ou à des groupes non gouvernementaux explicitement concernés. Le contrôle de l’armement s’inscrit dans une logique de prévention de crimes et d’actes génocidaires.

Pour le réseau Embargo, sur les armes maintenant! le Canada exporte pour plus d’un milliard de matériels militaires vers les États-Unis, des composantes qui se retrouvent ensuite en Israël, par exemple des avions de combat F35 qui contiennent des pièces d’origine canadienne. Aussi le Canada est le sixième acheteur d’armes d’Israël.

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La responsabilité des États de prévenir les actes génocidaires

Rima Hassan, à Marseille, le 21 avril 2024 @ AN2303, CC0, via Wikimedia Commons

Rima Hassan, eurodéputée de La France insoumise, a soulevé, lors de la rencontre du 30 mars, un point sur la responsabilité qu’il incombe à chacun de prévenir les actes génocidaires. De ce fait, il existe une convention censée l’encadrer. Rima Hassan soutient que :

«La Convention sur la prévention du génocide […] n’est pas là pour qu’on puisse attendre que le génocide soit commis et qu’on se mette chacun et chacune à le commenter une fois qu’il est commis.» Il y a donc «une responsabilité en tant qu’élu.es, en tant que citoyen.nes, en tant que gouvernement, à tout faire pour prévenir le génocide dès lors que nous en sommes alerté.es».

Il s’agit en effet de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide adoptée le 9 décembre 1948 par l’Assemblée générale des Nations unies dans sa résolution 260 A (III).

Désinvestissement dans l’économie du génocide

Dans ce même élan, des organismes et des personnes de la société civile dénoncent plus de 27 milliards de dollars investis par la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) dans des entreprises liées au génocide, à l’occupation, à la colonisation et aux violations des droits humains en Palestine. 

Cette campagne de désinvestissement est soutenue par la Coalition du Québec URGENCE Palestine. Elle s’inscrit dans les actions menées contre Israël pour empêcher tout moyen de réarmement. En investissant dans ces entreprises, le gouvernement du Québec rend tous les Québécois et Québécoises complices d’actes génocidaires.

L’appui des étudiant.es de l’Université Concordia, tout particulièrement ceux et celles du réseau Students for Palestine’s Honour and Résistance, dans la lutte contre le désinvestissement des compagnies qui soutiennent le génocide, jouent un rôle dans les luttes de résistance. D’ailleurs, c’est le groupe derrière la conférence du 30 mars : The Struggle continue : fight for the Palestine accros borders.

Ce mouvement étudiant entend mettre davantage de pression sur les politiques à travers des campagnes plus ciblées et plus fortes. Malgré les défis liés aux luttes c’est «surtout sur le soutien du peuple» qu’ils comptent pour surpasser toutes difficultés, mentionnent Ali, conseiller au Students for Palestine’s Honour and Résistance de l’Université de Concordia.

Le secteur des technologies

Au-delà de l’armement classique, il faut aussi regarder le secteur des technologies militaires, notamment la surveillance, les drones et les armes automatisées, qui sont exportées à travers le monde aussi bien par des régimes autoritaires que par des démocraties libérales. D’ailleurs, plusieurs dispositifs technologiques israéliens sont utilisés pour la frontière entre les États-Unis et le Mexique.

Selon Jonathan Durand, essayiste, philosophe et professeur à l’École d’innovation sociale Élisabeth-Bruyère de l’Université Saint-Paul, il y a un décalage profond entre le discours sur l’éthique de l’intelligence artificielle et le développement responsable, et la réalité. Cet usage non éthique de la technologie et le silence médiatique encouragent des géants de la Tech à agir impunément.

« J’ai écrit une lettre ouverte avec une autre cochercheuse, notamment, et les médias ne voulaient pas la reprendre. Donc on avait des faits, on disait : il y a ici, on peut avoir une IA responsable, une technologie, puis là ils… elles ont été où les interventions médiatiques? »

Toujours selon le professeur Jonathan Durand, aux États-Unis, on observe un alignement des grandes entreprises technologiques de Montréal à la Silicon Valley avec l’administration Trump. Ces relations vont plus loin à travers l’établissement de contrats : «OpenAI va servir une citadelle à la guerre en disant : vous pouvez faire de la surveillance de masse, vous pouvez même créer des armes létales autonomes

La lutte continue. C’est depuis 2023, dès le début de la guerre à Gaza, que les acteurs et actrices de la société civile ont lancé cet embargo sur les armes contre Israël. Parmi les pays concernés par les restrictions totales des exportations militaires figuraient le Canada, la Belgique, l’Italie, l’Espagne et la France, sans oublier les États-Unis et l’Allemagne, qui en sont les principaux exportateurs.

L’Afrique du Sud avait également montré son soutien en accusant Israël, devant la Cour internationale de justice, de se livrer à des actes génocidaires contre le peuple palestinien.

Deux poids, deux mesures

Face à l’inertie du système international, une question s’impose : «Que valent encore les grandes déclarations du droit international?», question posée par Nimâ Machouf, animatrice de la conférence du 31 mars, Résistances contre l’extrême droite et le Fascisme.

Dans le contexte de tension actuelle, la société civile transnationale doit, selon Jonathan Durand-Folco, repenser leurs «propres déclarations» de droit international, car il faut le dire, le droit international est «non seulement en crise», mais aussi en «voie d’effritement».

C’est un sentiment partagé par les autres membres du panel du 31 mars. La création du système international tel qu’il existe aujourd’hui sert avant tout les intérêts des grandes puissances. Il est davantage question de volonté politique que de droit international. Quoi qu’il en soit, le système international tel qu’il est aujourd’hui ne pourra pas contribuer à mettre fin à la guerre.