Quelle alternative face aux visions dominantes de Carney et Rubio ?

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Par Thierry Parisi Bienvenue, correspondant

À l’heure des crises globales, deux visions occidentales du monde s’affrontent. Dans leurs discours respectifs prononcés récemment, Marco Rubio, le 14 février à la Conférence de Munich sur la sécurité, et Mark Carney, le 20 janvier au Forum économique mondial de Davos, incarnent cette opposition, révélant un enjeu décisif pour l’avenir collectif. Quelles propositions pour qu’un autre monde soit possible?

De Davos à Munich : reconfiguration de l’ordre mondial et affirmation de la puissance

Marco Rubio expose à Munich la vision de l’administration américaine pour la relation transatlantique, dans un discours qui apparaît comme une réponse directe à celui de Mark Carney au Forum économique mondial de Davos. Son discours s’articule autour de trois pôles : la réindustrialisation de l’Occident, la souveraineté nationale et le renforcement des alliances européennes.

Il dénonce « la fin de l’histoire » comme une illusion issue de l’après-guerre froide, marquée par la croyance en la victoire définitive du libéralisme. Il critique une mondialisation néolibérale qu’il juge déséquilibrée. Et en conformité avec la doctrine MAGA, il affirme que des ressources excessives ont été consacrées à un « culte climatique », à travers « des politiques énergétiques qui appauvrissent nos peuples ».

Son projet repose sur une réforme de l’ordre international libéral par :

      • La réindustrialisation,
      • Le renforcement militaire,
      • La souveraineté énergétique,
      • Le développement technologique.

Il défend une coopération stratégique centrée sur les intérêts occidentaux, tout en limitant « les migrations de masses » et en rejetant l’idée d’un « monde sans frontières ». Son discours insiste sur le rôle central du leadership américain dans la gestion des crises internationales, ce dernier souhaitant maintenir une posture hiérarchique vis-à-vis du reste du monde.

Davos : pragmatisme et continuité du libéralisme

À Davos, Carney propose une vision distincte en apparence. Il évoque le rôle des puissances intermédiaires dans la construction d’un ordre fondé sur les droits humains, la solidarité, le développement durable et « l’intégralité territoriale de tous les États ».

Il affirme vouloir conjuguer principes et pragmatisme. Pourtant, cette posture s’inscrit dans une continuité. Il insiste sur la nécessité de « vivre dans la réalité » et de « demeurer fidèle » aux valeurs occidentales, en acceptant « le monde tel qu’il est, sans attendre qu’il devienne celui que nous aimerions voir. »

Cette approche se traduit par :

  • La création de nouveaux cadres commerciaux,
  • Le renforcement des économies nationales,
  • « La mise en œuvre d’investissements de mille milliards de dollars dans les domaines de l’énergie, de l’intelligence artificielle et des minéraux critiques ».

Malgré une rhétorique de transformation, cette vision perpétue le libéralisme économique et la mondialisation néolibérale, sans ouvrir sur un ordre véritablement alternatif.

Une convergence dans le maintien du système

Malgré leurs divergences, les deux discours présentent des points communs. Tous deux prétendent réformer le système tout en en préservant les fondements. Ils élaborent des stratégies économiques et commerciales qui maintiennent des rapports inégalitaires entre pays riches et pays pauvres.

D’un côté, Rubio privilégie une intensification du capitalisme industriel et stratégique. De l’autre, Carney défend une adaptation du système existant par des mécanismes régulés et des investissements massifs.

Entre l’ordre international fondé sur les droits évoqués à Davos et le repli national affirmé à Munich, une même limite apparaît : l’incapacité à rompre avec les logiques de puissance. Dès lors, il devient nécessaire de dépasser ces cadres pour construire un monde réellement fondé sur la solidarité entre les peuples, la justice sociale et le respect du vivant.

Quelle place pour l’altermondialisme ?

Face aux discours portés par Mark Carney et Marco Rubio, le mouvement altermondialiste se retrouve confronté à deux visions qui enferment le monde dans le même cadre. Rubio défend un capitalisme affirmé, centré sur la puissance industrielle, la souveraineté nationale et le repli stratégique. Sa vision repose sur la réindustrialisation, le contrôle des frontières et la primauté des intérêts nationaux, consolidant un ordre hiérarchisé où l’économie et la puissance militaire passent avant la solidarité internationale. Carney, en revanche, propose une adaptation du système par la régulation et la coopération internationale, mais sans remettre en cause la mondialisation néolibérale. Dans les deux cas, le capitalisme reste la norme.

C’est précisément cette impasse que l’altermondialisme cherche à dépasser. Son slogan emblématique « Un autre monde est possible ! » synthétise l’espoir d’un monde plus juste, solidaire et durable.

Finalement, aucun des deux discours ne peut être véritablement envisagé : ni celui de Rubio, qui mise sur le capitalisme, le repli national et la primauté de la puissance, ni celui de Carney, qui se limite à ajuster un système néolibéral dépassé et destructeur. Les deux perpétuent les mêmes logiques de profit et de domination que le mouvement altermondialiste refuse. L’enjeu reste clair : imaginer et construire un monde alternatif, solidaire, juste et durable, dans lequel ni les États ni le capital ne décident du futur de toutes et tous.

Discours :